Évasion fiscale - Le sans-gêne

Le sans-gêne, pour rester poli, très poli, est un banquier. Après avoir appris, la semaine dernière, que la Banque HSBC excellait dans l’aspiration financière des pellicules de drogue qui tapissent les billets, que Barclays, avec d’autres établissements enclins à la confection de coups malfaisants, manipulait le taux interbancaire à sa guise, que JPMorgan avait enregistré des pertes plus importantes qu’envisagé pour avoir jonglé avec des produits que l’on sait toxiques depuis la crise de 2008, voilà que l’organisme Tax Justice Network (TJN) vient de calculer que l’évasion fiscale totalisait 25 000 milliards d’euros. Soit l’addition des PIB américain et japonais, ou dix fois celui de la France !

Cela paraîtra étrange, voire inapproprié, mais l’énormité des chiffres en présence, et donc des crimes commis, combinée à une relative indifférence a fait penser à cette boutade que Staline formula en présence d’un interlocuteur britannique. La voici : « Je tue une personne, j’en fais un martyr, il devient un héros et je récolte que des ennuis. J’en tue 12 000, je fais des statistiques et je suis tranquille. »


Toujours est-il que l’énormité des chiffres, puisque c’est de cela qu’il s’agit en grande partie, est plus… énorme que ce qui avait été avancé jusqu’à présent. Selon James S. Henry, ex-économiste en chef de la firme de conseils McKinsey et auteur de l’étude publiée par TJN, la méthodologie employée par le FMI, la Banque mondiale et la Banque des règlements internationaux, a ceci de vicié qu’elle pousse à sous-estimer l’étendue des dégâts ou du trou noir de la finance internationale. Bref, d’après Henry, l’évasion avoisine bel et bien les 25 000 milliards, et non les 17 000 avancés par les trois organismes nommés.


La nationalité des banques impliquées confirme, comme si besoin était, que les vrais paradis fiscaux s’appellent Londres, New York, le Luxembourg et la Suisse, plutôt que les îles Vierges ou Caïmans. En effet, les banques en question sont avant tout suisses, américaines, etc. À la faveur du « big bang » financier, mis en oeuvre il y a une trentaine d’années par Ronald Reagan et Margaret Thatcher, et les politiques de baisses des impôts, UBS, HSBC, JPMorgan et consorts se sont attelés à élaborer une panoplie de services « compliqués-complexes » destinés aux élites, aux riches du monde entier, dictateurs comme chefs d’entreprise, trafiquants de drogue sud-américains comme mafieux italiens.


Pour bien mesurer l’ampleur du mal voulu et entretenu par le 1 % les plus riches, les dettes de la Grèce, de l’Espagne, de l’Italie diminueraient énormément si les sommes camouflées en Suisse ou ailleurs étaient rapatriées. Selon les travaux menés par les économistes Paul Krugman aux États-Unis et Thomas Piketty en France, la puissance des banques est aujourd’hui si profonde, si marquée, qu’elles représentent un danger pour la démocratie. Et grâce à qui ? À ces gouvernants qui sont devenus leurs vassaux.

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