Conflit étudiant - Le tout pour le tout

Fidèle à ses marques de commerce, la CLASSE a décidé de jouer la campagne électorale à sa manière. Loin des partis politiques plutôt qu’à leurs côtés. Avec des idées plutôt que des slogans. Le risque est grand d’être avalé par la réalité.

Sur l’affiche trônant derrière les coporte-parole de la CLASSE, le titre de la manifestation prévue le 22 juillet est sans équivoque : « Dehors les néolibéraux. » Un message on ne peut plus clair invitant à l’expulsion du parti au pouvoir, mais qui jure avec le discours tenu hier selon lequel, non, pas question de faire de la politique. «Nous n’appuyons aucun parti, mais à l’évidence, nous sommes contre un parti», a dit Gabriel Nadeau-Dubois avec le sourire.


Voilà pour la CLASSE toute la force de l’indépendance de l’organisation, et son apolitisme. Voilà pourtant peut-être aussi sa plus grande faiblesse : en évitant soigneusement de se coller à un parti ou l’autre, et en respectant comme il se doit les limites imposées par la Loi électorale, les étudiants et sympathisants de la CLASSE pourraient contribuer à diviser le vote, préparant ainsi la voie à un retour aux commandes du parti de Jean Charest, qui n’a clairement pas leurs faveurs. C’est un premier pari.


Ils ont beau vouloir rester « loin de la politique » et promettre avec une fraîche candeur une « anticampagne électorale » qui ira au fond des choses, ils feront partie du train électoral, qu’ils le veuillent ou non. Que la campagne soit déclenchée au premier jour ou au milieu du mois d’août, les étudiants et la reprise d’une session interrompue seront au menu, avec tous ces ingrédients : vote de grève, fronde potentielle à la loi 78 et les affrontements qui suivront. Si d’aventure des manifestants se mettaient à courir les caravanes politiques, on nagera en pleine confusion. Le risque d’excéder et / ou d’ennuyer la population avec une ritournelle connue est bien présent.


Sans compter que si la campagne prend des airs de déjà-vu (manifestations, débordements, interventions policières), les libéraux engrangeront des points en maniant les baguettes de la loi et l’ordre. Même si les casseroles ont donné une bruyante impression de ras-le-bol généralisé au Québec, les sondages démontrent que M. Charest a fait le plein d’appuis en s’improvisant contrôleur en chef des excès. Dans la stratégie des étudiants de la CLASSE, qui doit être décidée cette fin de semaine, on devra tenir compte de cet autre pari. Il est important.


Candeur, fougue, idéalisme, effronterie ? Peu importe ce qu’on y décode, la CLASSE a décidé de faire l’inverse d’une campagne électorale. À l’abri du « filtre des médias », ses membres veulent débattre en région par le truchement de conférences populaires. Leur manifeste « Nous sommes avenir » servira de base de discussion. On causera privatisation de l’éducation, mais aussi vente au rabais des ressources, climat de corruption, inégalité hommes-femmes, etc. La réflexion profonde risque d’être engloutie par l’instantanéité propre aux campagnes.


Cibler les régions, c’est un objectif que visent à leur manière les étudiants membres des fédérations étudiantes FECQ et FEUQ, dont l’ambition est de stimuler le vote des jeunes en pointant une vingtaine de circonscriptions dans lesquelles les résultats ont été serrés en 2008. Cette stratégie, si elle permet de rehausser le taux de participation de 40 % des 18-24 ans par rapport à la dernière élection, pourrait changer la donne.


Elle revêt un double avantage : d’abord, d’informer la population par une présence soutenue dans les municipalités visées autrement qu’en chahutant. Ensuite, inviter la jeunesse à pousser l’exercice de la démocratie jusqu’à sa fonction la plus concrète : voter.

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27 commentaires
  • Chantale Laberge - Inscrite 13 juillet 2012 06 h 23

    ptite question...?

    Je l'admets: ce que vous énoncez sur la division des votes peu hélas, se produire. J'ai pu lire quelque part qu'on voudrait mettre une stratégie pour empêcher Jean Charest d'être réélu dans Sherbrooke. Une banale question m'est venue: que fait-on quand le chef d'un parti n'est pas élu? Est-ce ça s'est déjà produit dans le passé? Quelqu'un connait les réponses? Il sera logique d'avouer que quand on n'aime pas un député, ministre ou premier ministre, on peut se permettre de s'en débarasser, démocratiquement ;)

    • Denis Vallières - Abonné 13 juillet 2012 07 h 55

      C'est arrivé à Robert Bourassa en 1985. Bien que le parti libéral ait pris le pouvoir, RB fut battu dans la circonscription de Bertrand. Il s'est fait élire six semaines plus tard dans celle de Saint-Laurent :

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Bourassa

    • Loraine King - Inscrite 13 juillet 2012 08 h 46

      Nul besoin d'être député pour être premier ministre. John Turner fut premier ministre du Canada sans être député.

      Si Charest était défait dans son comté mais que les membres de son parti continuaient de l'appuyer, il pourrait demeurer premier ministre - sans doute chercherait-il à se faire élire dans un autre comté. Par contre, même réélu dans Sherbrooke et avec une majorité parlementaire, Charest pourrait perdre son poste de premier ministre si ses députés décidaient de ne pas l'appuyer. C'est ce qui est arrivé à Thatcher, c'est ce que les ministres et députés libéraux ont songé faire à Chrétien advenant la victoire du OUI en 1995. D'ailleurs, si vous lisez les nouvelles attentivement, vous remarquerez que l'actuel premier ministre anglais passe un mauvais quart-d'heure : plus de 90 de ses députés ont voté contre un projet gouvernemental avant hier.


      Pour être premier ministre il faut pouvoir prouver à la couronne, GG ou lieutenant-gouverneur, que l'on a l'appui d'une majorité au parlement. Nous vivons dans une démocratie parlementaire : c'est le parlement (les élus du peuple) qui a la primauté sur la couronne.

  • Chantale Laberge - Inscrite 13 juillet 2012 06 h 30

    simples petites question?

    Je dois l'admettre: ce que vous énoncez sur la division des votes peut hélas, se produire. J'ai pu lire quelque part qu'on tenterait de mettre en place une stratégie pour empêcher Jean Charest d'être réélu dans Sherbrooke. Une banale question m'est venue: que fait-on quand le chef d'un parti n'est pas élu? Est-ce que ça s'est déjà produit dans le passé? Quelqu'un connait les réponses? Il sera logique d'avouer que quand on n'aime pas un député, un ministre ou un premier ministre, on peut se permettre de s'en débarasser, démocratiquement ;)

  • Jocelyn Cloutier - Inscrit 13 juillet 2012 07 h 46

    Rien ne laisse croire que la CLASSE vise à s'accaparer du pouvoir politique.

    L'objectif de la CLASSE, Mme Chouinard n'en est pas un proprement poltique. Il ne s'agit d'aucune façon de déloger Charest à court terme pour mettre la main sur la couronne du pouvoir. Ce n'est pas un éternel combat extrême entre les forces du bien et du mal qui se confrontent dans un calendrier régulier aux 4 ans (ou lorsque le pouvoir est menacé).
    Elle veut (CLASSE) une meilleure société avec de meilleurs gestionnaires et une plus grande équité sociale.
    Seuls nos éternels politicailleux peuvent faire croire qu'ils sont en mesure d'apporter de tels changements sociaux le temps d'une campagne électorale.
    Laissons lui la chance de naître et de grandir un peu avant de trop exiger d'elle.

    • Anne-Marie Courville - Abonnée 14 juillet 2012 06 h 32

      Au lieu de critiquer, on doit s'allier à La Classe et discuter de son manifeste et chercher à l'améliorer. Pour une fois qu'on discute d'idées dans notre société au lieu du carré rouge comme le fait Charest. Les revendications étudiantes visent un fonctionnement de notre société comme on l'a vécu lors de révolution tranquille. On a démonisé le gouvernement Lesage et les journalistes de l'époque ont écrit des textes destructifs.
      La Classe nous amène à réfléchir sur notre société et provoque des changements. Travaillons ensemble à bâtir une société meilleure. On critique beaucoup Madame Marois mais pourtant elle représente le changement et travaille avec les étudiants tout en cherchant à comprendre et améliorer notre système. Bravo!

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 juillet 2012 07 h 58

    Agir contre un parti

    Faire campagne contre un parti est aussi une activité politique réglementée par la Loi électorale et réservée aux partis reconnus.

    • Loraine King - Inscrite 13 juillet 2012 09 h 33

      Non, agir contre un parti n'est pas réservé aux autres partis. Quoi que ce soit, on ne vote pas pour des partis. On attaque les politiques ou les individus plutôt qu'un parti. Conmme pour dans ce cas relaté par Le Devoir lors de la dernière campagne :

      http://www.ledevoir.com/politique/canada/320914/si

      Un an plus tard, vote-pray-serve fut reconnu coupable d'enfreinte à la Loi électorale.

      http://www.radio-canada.ca/regions/ottawa/2012/02/

      Mais durant la période électorale c'est bien difficile d'arrêter ce genre d'action. Comme pour le in-and-out, ceux qui font campagne, soit en tant qu'individu ou groupe de pression ou parti politique, doivent se demander si le jeu vaut la chandelle. A voir les résultats, du in-and-out aux groupes de pression, enfreindre la loi vaut la peine - en tout cas cela vous permet d'avoir un siège au Sénat !

    • Sylvain Auclair - Abonné 13 juillet 2012 12 h 26

      Je regrette, madame King. Voici des extraits de la Loi électorale du Québec.

      402. Est une dépense électorale le coût de tout bien ou service utilisé pendant la période électorale pour:
      1° favoriser ou défavoriser, directement ou indirectement, l'élection d'un candidat ou celle des candidats d'un parti;
      2° diffuser ou combattre le programme ou la politique d'un candidat ou d'un parti;
      3° approuver ou désapprouver des mesures préconisées ou combattues par un candidat ou un parti;
      4° approuver ou désapprouver des actes accomplis ou proposés par un parti, un candidat ou leurs partisans.

      413. Pendant la période électorale, seul l'agent officiel d'un candidat ou d'un parti autorisé ou son adjoint peuvent faire ou autoriser des dépenses électorales.

  • Loraine King - Inscrite 13 juillet 2012 09 h 45

    Faire de la politique autrement

    À lire, cette nouvelle dans le G&M ce matin concernant le financement à l'Université Carleton (Ottawa) qui a reçu 15 millions d'un M. Riddell, homme d'affaires de Calgary et un conservateur politiquement très engagé. Selon l'entente entre Riddell et l'Université, la Fondation Riddell a pu nommer trois des cinq membres, dont Preston Manning, sur le comité qui a le pouvoir décisionnel sur le budget, sur le choix des candidats lors de l'embauche des enseignants et sur le curriculum de la faculté de science politique.

    Autrement dit, il n'y a pas que les étudiants qui veulent et peuvent faire de la politique autrement. Et si l'argent demeure le nerfs de la guerre, la balance pencherait plutôt vers une victoire de la droite !

    J'espère que Le Devoir couvrira cette importante nouvelle en français.

    • Jean-Christophe Leblond - Inscrit 14 juillet 2012 19 h 14

      Merci pour cette nouvelle!