Crise économique mondiale - Un coup d’épée

À lire la réaction, hier, des marchés asiatiques, européens et nord-américains aux interventions simultanées et corsées des banques centrales dans le but de doper l’économie mondiale, on a l’impression, pour ne pas dire la certitude, que la réaction en question rime pour le moins avec morosité. En fait, pour bien des investisseurs, et non des moindres, l’activisme des banques, et notamment celle de Chine, se résume à un coup d’épée dans l’eau.

Il en a été ainsi parce que les fameux marchés jugent en fait que les gestes posés par les banques de Chine, d’Angleterre, la Banque centrale européenne (BCE), celles du Danemark et, avant elles, du Canada et des États-Unis ne sont pas au diapason de l’aggravation récente de l’économie dans le monde. La plupart de ces établissements ont opté pour une troisième vague d’assouplissements monétaires quantitatifs. En Grande-Bretagne, le retour dans le territoire de la récession a convaincu la banque centrale d’user de la planche à billets en injectant 80 milliards environ.


Fait à noter, les propos qu’a tenus le président de la BCE, Mario Draghi, pour justifier cette autre baisse du loyer de l’argent ont eu l’effet que l’on prête à la douche froide. Un, il a annoncé que la zone euro avait rendez-vous avec la récession technique à la fin du trimestre en cours. Deux, ici et là dans le monde, on a jugé que son intervention était trop timide. Autrement dit, que le contexte dans lequel est plongé le Vieux Continent commandait une baisse de 0,50 % du taux directeur, et non un timide 0,25 %.


La surprise du jour, voire de la semaine, est venue de Chine. Pour la première fois en quatre ans, sa banque centrale a ouvert, pour reprendre l’expression consacrée, les vannes du crédit. En abaissant de 6,30 % à 6 % le taux directeur, les autorités espèrent contrer une grande partie des conséquences néfastes du ralentissement observé. Cette intervention a également eu un effet quelque peu contraire à celui souhaité.


Sachant que la Chine est experte en maquillage de la réalité économique du pays, les acteurs économiques ont conclu ou plutôt ont la certitude que le pays est la proie de maux financiers plus profonds que Pékin veut bien l’admettre. Quoi d’autre ? De fait, la Chine n’est plus en mesure de remplir totalement son rôle de soupape de sécurité de l’économie-monde.


Il va sans dire qu’entre les dérapages financiers de la zone euro, l’extrême lenteur qui singularise l’économie américaine et la décélération qui frappe la Chine, les pays dits émergents ne seront pas en mesure de doper la croissance. Bref, pour reprendre l’analyse de l’économiste Nouriel Roubini, tous les facteurs sont réunis pour le déclenchement de la « parfaite tempête en 2013. »

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2 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 7 juillet 2012 16 h 25

    Et si c'était une prise de profits...?

    Les hausse des valeurs en bourse, sur tous les continents ont été telles, tout au cours de la semaine écoulée, qu'en temps normal, les chroniqueurs auraient parlé de prise de profit, à^peu pre`s normales, vers la fin de la semaine.

  • Richard Fradette - Abonné 8 juillet 2012 11 h 58

    Contrôle

    Les choix pour contrôler l'économie sont risqués et visent le contrôle à court terme. Comme d'habitude, on pellette les problèmes par en avant. Baisser les taux d'intérêts pour favoriser la croissance économique par le biais de l'endettement et de l'investissement privé n'est pas le seul moyen regrettable; il y a aussi les coupures dans les services publics. Cette croissance profite plus aux riches; les inégalités augmentent. Que va-t-on pouvoir faire lorsque les vrais problèmes apparaîtront si nous sommes endettés jusqu'au coup et si l'état n'a plus la capacité d'assurer les services publics ? Le développement humain est menacé. Il est loin le temps où s'était l'augmentation des taux d'intérêt qui servait à contrôler l'inflation trop élevée. Il y a d'autres choix plus évidents et plus viables à long terme pour assurer le développement humain par le biais de l'économie : l'impôts des entreprises et la taxation des transactions financières. Pour cela, il faut plus de pouvoir politique pour 99% de la population qui compte sur un projet de société à long terme. Pourquoi 1% de la population ayant plus de poids dans les décisions politiques voudrait plus d'impôts et plus de taxes pour leurs entreprises et leurs transactions financières ? Il y a une bonne raison : pour le bien commun (l'environnement et les services publics). Comment profiteront-ils de leurs biens privés dans un environnement dégradé, dans une société chaotique ? Personne ne peut s'exclure de la société; l'humain est un être social. L'individualisme dans la recherche de l'accumulation de biens privés, dans le capitalisme, atteint sa limite.