Crise de l’euro - Le sursis

Le moins que l’on puisse dire, c’est que Monti a la maîtrise du revers, dans le sens le plus sportif du terme. Prenons le énième sommet de la dernière chance qui s’est déroulé ces jours-ci à Bruxelles. Tout un chacun s’attendait à ce que le plan de croissance proposé par François Hollande soit au centre des délibérations. D’entrée de jeu, c’est le cas de le dire, Monti a signifié qu’il n’était absolument pas question d’avaliser ce plan tant et aussi longtemps que l’on n’aurait pas réglé au préalable un dossier plus urgent. Soit l’ascension à un niveau devenu insoutenable des taux d’intérêt (6,19 %) afférents aux bons du Trésor.


Dans sa démarche, Monti a eu un soutien aussi attendu que naturel : le premier ministre espagnol, Mariano Rajoy. Ce dernier a défendu la requête de son homologue avec d’autant plus de ferveur que l’Espagne n’est pas confrontée au casse-tête de la dette d’État comme l’est la Grèce, mais bien à l’écueil de la dette privée découlant de l’éclatement de la bulle immobilière. En clair, ce sont davantage les banques espagnoles qui ont besoin d’oxygène que l’État.


Toujours est-il que Merkel a fini par céder. Elle qui, pendant deux ans, s’est opposée à toute forme d’assouplissement à court terme pour mieux canaliser les politiques sur le long terme, sur la fédéralisation fiscale et budgétaire, a fini par se ranger au principe de réalité. Il était grandement temps. Mais encore ? L’actuel Fonds de stabilité financière et futur Mécanisme européen de stabilité sera autorisé ces jours-ci à recapitaliser directement les banques à la santé vacillante. Quoi d’autre ? Les fonds de secours pourront acheter des obligations italiennes. Ce faisant, on va permettre à l’Italie de se financer sans qu’elle lance des S.O.S. en direction du FMI et de l’Union européenne.


En contrepartie, et il faut s’en féliciter, Angela Merkel a obtenu la mise en place d’un mécanisme de supervision centralisé des banques dont l’absence symbolise à elle seule combien la création de la monnaie unique a été bancale. Dans une analyse publiée hier dans Project Syndicate sur ce sujet, Daniel Gros, directeur du Centre for European Policy Studies, rappelle et souligne que la BCE a été dans l’obligation de prêter des masses de capitaux sans avoir les moyens de poser un diagnostic sur la santé des banques parce qu’il avait été décidé que leur surveillance devait rester du domaine des États. Or les administrations nationales, de préciser Gros avec raison, ont toujours tendance à minimiser l’étendue des problèmes. À cet égard, l’exemple espagnol est éloquent tant il résume à lui seul l’incongruité qui a distingué, sous bien des aspects, la naissance de l’euro.


En contrepartie (bis), ils ont adoubé le plan de croissance avancé par Hollande. Mais, encore là, la réticence de Merkel pour tout ce qui ressemble de près ou de loin à l’implication de l’État dans l’activité économique sans que l’on ait la certitude que la discipline budgétaire est sur la bonne voie a eu pour conséquence une réduction de la portée du plan Hollande. En effet, celui-ci sera doté d’une somme avoisinant les 200 milliards de dollars. Pour bien des économistes, ce montant est largement insuffisant. En fait, au vu des défis qui se posent aux membres de la zone euro mais aussi de l’Union européenne, ce montant ne permettra pas une sortie ordonnée et heureuse, si l’on peut dire, d’une crise qui perdure, il faut le rappeler avec insistance, depuis 2008.


Hier, les statistiques communiquées ont confirmé que le taux de chômage n’avait jamais été aussi élevé que depuis l’introduction de la monnaie unique en 1999. Pire, on s’attend à ce que ce phénomène perdure pendant longtemps. Peut-être bien que l’euro est en sursis.

À voir en vidéo