Soins aux réfugiés - Paie ou crève

Quelqu’un est atteint d’arthrose de la hanche ; un médecin recommande le remplacement de celle-ci. Mais au patient de payer la chirurgie, et même le coût du moindre médicament qui, à défaut, pourrait le soulager. C’est dérangeant.

Quelqu’un souffre de démence avancée et il est médicalement démontré qu’il ne peut prendre soin de lui-même, qu’il doit être admis dans un établissement de soins de longue durée. Mais il s’en passera s’il ne peut en assumer les coûts. C’est illogique.


Quelqu’un fait une crise cardiaque, se rend à l’urgence : faute d’argent, on lui refuse les soins. Ou bien quelqu’une, enceinte et sans-le-sou, en est réduite à accoucher seule, dans son logement de misère. Deux cas inacceptables.


Ces leçons d’inhumanité sont pourtant sur le point d’être appliquées ici, dans ce pays si fier de son régime d’assurance maladie. Elles sont tirées du site de Citoyenneté et Immigration Canada qui explique concrètement les modifications apportées dès ce samedi au régime qui, jusqu’ici, assurait les soins de santé des demandeurs du statut de réfugié.


Ah, il s’agit de réfugiés !, fera la foule soulagée. Pas du monde comme nous autres : des gens d’ailleurs, qui se faufilent ici on ne sait trop comment, et ne cherchent qu’à profiter de ce beau, grand et généreux pays. Qu’ils paient, qu’ils crèvent ou qu’ils s’en retournent s’ils ne sont pas contents !


C’est sur la base de ces préjugés que le ministre de la Citoyenneté et de l’Immigration, pour grappiller quelques dollars (moins que le coût d’un F-35 ou de la commémoration de la guerre de 1812), justifie les odieux changements qu’il vient d’apporter au Programme fédéral de santé intérimaire. Celui-ci existe pourtant depuis 1957 et fut la bouée de sauvetage des démunis que sont, par définition, les demandeurs d’asile, arrivés ici parce qu’ils fuyaient la peur ou la guerre.


Le ministre Kenney, démagogue patenté, dit qu’il veut ainsi contrer les illégaux et les profiteurs ; que les réfugiés avaient droit à plus de services que les contribuables canadiens ; qu’il ne coupe pas autant que l’on dit. De gros mensonges et des affirmations douteuses. Les impacts du nouveau régime, eux, seront bien réels et dévastateurs pour du vrai monde déjà fragile.


Ce n’est pas pour rien que dans tout le Canada, les médecins, qui n’en ont pas l’habitude, sont révoltés. Ceux du Québec viennent même d’imposer la marche à suivre au ministre de la Santé Yves Bolduc. Bon sens oblige, ils soigneront les gens malades. À Québec, qui assumera la facture, de s’en prendre à Ottawa.


C’est là une bataille essentielle, et pas seulement pour l’argent. Il faut contrer les vues étriquées d’élus qui abusent de leur pouvoir et mettent littéralement des vies en danger.

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