Commission Charbonneau - Les frileux

Il est dommage que la commission Charbonneau ait pris fin hier sur des « peccadilles », pour reprendre l’expression employée par Jacques Duchesneau. Le vocabulaire et le ton auront occulté le fond même des révélations. Espérons que cet automne ne sera pas aussi tatillon.

Peut-être que le rôle d’un avocat du procureur général est d’abord de sauver l’image d’un ministère, en l’occurrence celui des Transports ; peut-être que Jacques Duchesneau, témoin-vedette de la commission Charbonneau, aurait pu choisir un autre terme que « squatté » pour qualifier les débuts bringuebalants de son Unité anticollusion (UAC) au sein du MTQ.


Reste qu’on était en droit de s’attendre à une curiosité autre que domestique de la part d’un procureur qui participe à une enquête aussi importante pour le Québec. Oui, bon, d’accord, les enquêteurs ont eu accès à une salle de bains et à une cuisine… Mais n’y avait-il rien d’autre à demander à M. Duchesneau ?


Un exemple, le phénomène du pantouflage, détaillé mardi par celui-ci, n’est-il pas plus dommageable pour la réputation du MTQ que le vocabulaire de M. Duchesneau, puisque c’est l’indépendance même du ministère qui est en cause ?


Encore aujourd’hui, du jour au lendemain, des hauts fonctionnaires peuvent quitter le ministère pour aller travailler chez des firmes de génie-conseil. Sous-ministres adjoints ou directeurs régionaux du MTQ ne s’en sont pas privés dans le passé, comme le fait voir la liste non exhaustive de l’ex-patron de l’UAC. Vu les fonctions qu’ils occupaient au ministère, vu leur connaissance de la machine, vu les pressions qu’ils peuvent y exercer, tout cela est, c’est le moins qu’on puisse dire, gênant. Pourtant, l’avocat du procureur général n’avait aucune interrogation à ce sujet !


Même curieux réflexe de la part de l’avocate du Parti québécois — qui a réussi à cet égard à surprendre même l’état-major péquiste… Pour avoir accès au rapport « bénévole » de M. Duchesneau, elle a choisi la très subtile voie de s’attaquer littéralement à sa crédibilité, écorchant même au passage la commission, qu’elle soupçonnait d’enfreindre « la règle de la délégation des pouvoirs ». Il faut vraiment qu’il agace, ce chiffre de 70 % d’argent sale lancé mardi par l’ex-patron de l’UAC, sur la foi de témoignages consignés dans un document maintenant entre les mains de la commission et que tout le monde a hâte de lire !


Il est vrai que le terme même d’argent sale est à préciser et que 70 % est une donnée forte. Mais ce qui doit nous intéresser ici, c’est la faille dans le système. Ce dont M. Duchesneau parle, c’est d’une réalité sur laquelle le voile est rarement levé. Des connaisseurs du milieu disent pourtant, en coulisse, qu’au municipal, c’est bien plus de 70 % des sommes recueillies qui ne viennent pas des sources officielles.


Et il est tout à fait plausible que de grands pans du financement échappent à l’oeil du Directeur général des élections. N’était-ce pas ce que Québec solidaire avait démontré en révélant, en 2008, que des dizaines d’employés de firmes de génie-conseil avaient servi de prête-noms en matière de financement politique, obligeant après coup le DGE à agir ?


M. Duchesneau exagère ? On le saura quand la commission aura fini ses travaux —lesquels, c’est la bonne nouvelle de cette première phase, sont au moins présidés avec rigueur par France Charbonneau. Et quand on voit l’Unité permanente anticorruption frapper comme hier en Montérégie, dans un dossier qui mêle construction, collusion et politique, on devrait moins s’arrêter aux effets de toge de M. Duchesneau et davantage à ses listes, à ses graphiques et à ses explications. Qui est lié avec qui : c’est le doigt qui trace le lien qu’il faut suivre désormais.

12 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 22 juin 2012 04 h 29

    L'agenda de Jacques Duchesneau

    Qu'avons-nous appris de la part de Jacques Duchesneau de plus que ce qu'il avait écrit dans son rapport officiel? Rien! La nouvelle bombe, c'est le 70%, soit l'effet de toge lancé comme cela, sans préavis, à la commission Charbonneau. Le but: laissé un impression d'une vaste corruption des partis politiques et ceci jusqu'au 17 septembre. L'opération est réussie et la commission est quelque peu ridiculisée ou tassée dans un coin.

    C'est Duchesneau qui mène, se sachant appuyé par une bonne partie de l'opinion publique et les médias. Ainsi va la démocratie québécoise en ce fin de printemps. Duchesneau serait devenu le seul démocrate intègre. Chacun de trembler, de faire le dos rond ou d'applaudir devant le grand homme.


    Michel Lebel

    • Réjean Grenier - Inscrit 22 juin 2012 09 h 27

      "La commission tassée" ben voyons donc monsieur
      le libéral.
      Comme c'est votre habitude, vous dite n'importe quoi.
      Sachez que les québécois ont une grande confiance
      en Me Charbonneau et sa Commission.
      Pas à vous. Jamais.

      Réjean Grenier

    • Michel Lebel - Abonné 22 juin 2012 09 h 55

      @ Réjean Grenier

      L'insulte est l'argument des faibles. Point final!

      Michel Lebel

    • Richard Ferland - Inscrit 22 juin 2012 13 h 47

      Madame Charbonneau a démontré qu'elle a très bien en main la commission. Bravo madame la JUGE.
      Monsieur LEBEL vous auriez peut-être aimé qu"il en soit ainsi , que ce soit m. Duchesneau qui mène la commission.
      Il est clair que le rapport présenté servira à cette commission à faire son travail.

    • Sylvain Lévesque - Abonné 22 juin 2012 16 h 30

      @M.Lebel
      Ainsi on vous insulte! Pourtant, le seul qualificatif que M.Grenier vous a attribué est celui de "libéral".
      C'est vrai que pour bien du monde, ça sonne de plus en plus comme une insulte, cette appartenance...

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 22 juin 2012 07 h 13

    Minable avocasseries.

    Les procureurs ont choisis la voie préféré des avocats, celle des procureurs libéraux de la commission Bastarache, picosser sur des détails pour miner la crédibilité du témoin et cacher l'essentiel.
    C'est pas grave il viendra sûrement comme à la commission Bastarache une autre miss post-it pour révéler le fond de l'histoire.

    Quand le chaudron bouille ça sert à rien de s'assoir sur le couvercle, il va exploser.

  • Catherine Paquet - Abonnée 22 juin 2012 07 h 51

    Une donnée forte...!

    Si Jacques Duchesneau dit vrai un jour, il doit probablement dire vrai un aurtre jour. On a donc entendu son affirmation, encore non prouvée, qui répond à la principale interrogation des citoyens - les finances des partis politiques sont-elles propres? - à l'effet que les partis politiques reçoivent environ 40 millions de dollars par année d'argent "sale".
    Si cette donnée essentielle à tout son travail est plutôt "forte", que faut-il penser du reste de son témoignage et de son rapport et des motifs qui l'ont poussé à renier son serment de confidentialité et à remettre lui-même aux media le rapport qui lui avait été commandé et pour lequel il avait été correctement payé?

    • Sylvain Lévesque - Abonné 22 juin 2012 16 h 35

      Tout simplement que ça ne respecte sans doute pas son contrat, mais qu'au point de vue de la légitimité, ses principaux commettants (le peuple) se sentent bien servis par cette désobéissance.
      Il n'y a que des libéraux pour se plaindre du fait que ce rapport ait été rendu public comme il se devait.

  • René Julien - Abonné 22 juin 2012 08 h 07

    Une commande bien respectée

    Ma lecture des événements démontre sans l’ombre d’un doute que l’avocat du gouvernement avait précisément pour mandat de s’en tenir aux peccadilles et surtout de ne pas aborder le fond, ce qui permet aux libéraux de passer l’été en paix et de déclencher les élections en toute quiétude, juste à temps avant que les travaux de la Commission reprennent.

    Advienne que pourra ensuite une fois qu’ils auront probablement été réélus!

  • Huguette Daigle - Inscrite 22 juin 2012 08 h 12

    Pour une foi

    que quelqu'un ne se laisse pas embobiner par le parti libéral et qu'il est assez honnête pour respecter sa morale.
    Je vois qu'il y a encore des gens pour défendre ce parti qui même avec des arrestations encore hier et qui sont affilliés au P.L.Q je me demande ce que ça va leurs prendrent pour sortir de cette secte.

    Bravo,Mr Duchêneau,vous ne vous êtes pas fait acheter par l'argent.C'est tout en votre honneur.