Élections en grèce - Le château grec

Au terme des législatives, Nouvelle Démocratie (ND) a recueilli près de 30 % des suffrages, Syriza, parti de la gauche radicale qui s’oppose farouchement aux termes de l’accord d’aide financière signé avec les Européens et le FMI, est arrivé en deuxième position avec plus de 27 % devant le Pasok, qui a obtenu plus de 12 % des votes. Ensemble, la ND et le Pasok détiennent 160 sièges sur les 300 que compte le Parlement. Parce qu’ils sont pour le maintien de la Grèce dans la zone euro, ces deux partis sont donc condamnés à l’amorce de négociations.


Si l’on a bien compris les messages formulés lors de la campagne, la renégociation du paquet de soutiens financiers alloués par la Banque centrale européenne, l’Union européenne et le FMI sera justement au coeur des négociations entre ND et le Pasok. Lors de la joute électorale, les chefs de file de ces formations ont fait écho au ras-le-bol anti-européen de la majorité des Grecs en se disant enclins à revenir sur un des points du dossier que l’ex-premier ministre Lucas Papademos avait négligé. De quoi s’agit-il ? Le délai afférent au remboursement de certains prêts.


Les ténors de ces partis souhaiteraient que les créanciers rallongent de deux ans le calendrier fixé en cette matière. Dans leur requête, ils disposent de deux arguments de poids. Il y a une semaine, pas moins de 125 milliards de dollars ont été accordés au gouvernement espagnol pour le renflouement des banques étouffées par la décadence immobilière. À cette somme, c’est à retenir, aucun plan d’austérité n’a été greffé pour une raison qui mérite méditation : l’économie espagnole étant beaucoup plus importante que la grecque, il ne fallait surtout pas l’affaiblir par l’imposition d’une politique janséniste. Et d’une.


Et de deux, il se trouve que Syriza a fait un excellent score. Avec 27 % des voix, la gauche radicale confirme son ancrage dans le paysage politique d’une nation ravagée, il faut bien le rappeler, le souligner, par quarante ans de clientélisme et de corruption qui ont mis le système politique sur la paille. Ainsi que le confiait ces jours-ci le politicologue grec Georges Sefertzis au quotidien Le Monde, « il y a avait des collaborations entre les cadres du Pasok et de ceux de Nouvelle Démocratie, notamment au niveau local pour gérer les mairies, les fonds européens et les syndicats. Quand les différences idéologiques ont disparu, il n’est resté que la gestion des intérêts ».


Toujours est-il que les patrons de ND et du Pasok, s’ils s’entendent évidemment, ne manqueront pas de rappeler que plus de deux millions de Grecs ont donné leurs voix à un parti, Syriza, qui promettait, en cas de victoire, de déchirer le mémorandum signé par les partis traditionnels pour mieux poursuivre une « renégociation véritable et dure » avec les cadres de l’UE. D’autant plus dure qu’Alexis Tsipras a fort bien compris qu’une sortie de la Grèce de l’euro serait plus coûteuse économiquement pour l’Europe que son maintien en plus de provoquer des dommages politiques imprévisibles. Bref, si entente il y a, on le répète, entre ND et le Pasok, alors la pression pour une réorganisation du plan d’austérité sera plus forte. Auprès de qui ? La chancelière Angela Merkel.


À trois jours du vote grec, cette dernière a fait une étrange sortie, étrange parce qu’inusitée. En substance, elle a confié que l’Allemagne ne pouvait pas tout, qu’il ne fallait pas surévaluer ses forces. Comme il faut bien appeler un chat un chat, il faut bien rappeler que l’Allemagne s’est souvent comportée depuis mars 2010 comme si elle pouvait tout. Il faut bien remarquer qu’en traînant la patte, en accordant un prêt, et non un don comme trop souvent on veut nous le faire croire, des mois plus tard, trop tard, Merkel s’est comportée comme si elle pouvait tout. Comme si elle était la reine mère du Vieux Continent. Espérons que le futur gouvernement grec signifiera à Merkel, après François Hollande et Mario Monti, que l’Europe n’est pas une chasse gardée.

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