Élections complémentaires - Jugé sur l’ensemble de l’oeuvre

Le résultat des élections complémentaires de lundi dans Lafontaine et Argenteuil a eu l’effet d’un coup de tonnerre dans le ciel politique québécois. Le degré d’incertitude touchant la réélection du gouvernement Charest lors de prochaines élections générales vient de s’accroître notablement.

Une élection complémentaire, convenons-en, n’a pas valeur absolue de baromètre. C’est néanmoins un indice beaucoup plus certain que les sondages. Dans un tel scrutin, le gouvernement est soumis à l’épreuve du réel. Le jugement rendu lundi confirme que la confiance envers les libéraux est sérieusement érodée. Dans Argenteuil, le gouvernement a été clairement sanctionné avec la défaite de sa candidate, alors que dans Lafontaine, les électeurs ont voté avec leurs pieds par leur abstention.


La surprise de ces deux scrutins tient à l’impression qui s’était imposée voulant qu’Argenteuil soit une forteresse libérale imprenable. S’était aussi imposée l’idée qu’allait prévaloir l’appui donné au gouvernement Charest par une majorité de Québécois dans la crise étudiante. Fausses étaient ces impressions. La réalité est qu’on a jugé l’ensemble de l’oeuvre libéral.


On retrouvait dans ce comté la plupart des enjeux qui ont marqué la gestion du gouvernement Charest, qu’il s’agisse de l’environnement (la gestion de sites d’enfouissement), de la santé (la crise des médecins à l’hôpital de Lachute) ou de la corruption (la démission forcée du député Whissel de son poste de ministre en raison de conflit d’intérêts). Dans une élection générale, le gouvernement Charest ne pourra non plus échapper à son bilan d’ensemble.


Le réflexe devant une telle défaite pourrait être de vouloir se donner du temps. Rien n’oblige le premier ministre Charest à tenir des élections en septembre prochain, comme le veut la rumeur. Légalement, il peut étirer son mandat jusqu’à la fin de 2013. Ce n’est toutefois pas souhaitable.


Deux cas de figure sont possibles. Le premier est la tenue d’une élection d’ici la fin de la présente année. On sera à la fin du mandat traditionnel de quatre ans et les conditions sont réunies pour inviter les Québécois à se prononcer. Ceux-ci le souhaitent. Le Québec vit une crise sociale aux causes diverses dont il serait néfaste pour notre société qu’elle se prolonge indûment.


L’enjeu de cette élection sera bien plus large que le seul sujet des droits de scolarité universitaires qui a servi de bougie d’allumage à cette crise. Il portera sur la vision de développement économique et social de notre société. Un choix est à faire entre le néolibéralisme défendu par le Parti libéral de Jean Charest et la social-démocratie prônée par le PQ. Attendre pour trancher ne pourra qu’exacerber les tensions et accroître la polarisation. Aussi bien, alors, tenir ce scrutin dès septembre.


La seule raison qui justifierait son report en 2013 serait le départ de Jean Charest. Parfois évoqué, il entraînerait une détente du climat social. Ce serait l’occasion pour le Parti libéral d’amorcer un débat interne sur ses orientations qui aujourd’hui apparaît impossible. Le conseil des ministres a fait des choix dans lesquels la polarisation présente du débat le conforte. On ne sent d’ailleurs de sa part aucune volonté d’en sortir. On ne sait quelle serait l’issue d’un congrès au leadership, mais un tel exercice rendrait possible un renouveau des idées et des personnes.


Ce scénario est plus qu’improbable, car il n’y a pas de relève au sein du gouvernement Charest et au sein du Parti libéral. Qui aujourd’hui serait susceptible de remplacer Jean Charest ? Il n’y a pas comme sous le deuxième mandat du premier ministre Robert Bourassa de ministres qui se préparent en coulisse à lui succéder. Cela, Jean Charest en est sans doute conscient. Probablement l’a-t-il voulu ainsi. Raison de plus pour que des élections aient lieu rapidement.

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7 commentaires
  • Jean Duchesneau - Abonné 13 juin 2012 05 h 53

    Stratégie de la terre brûlée!

    Face à la montée du mouvement séparatiste, l'intéligencia fédéraliste a programmé la mort du PLQ et ordonné à son général de pratiquer la stratégie de la terre brûlée au profit du nouveau désigné en la personne de François Legault. Toutefois, l'homme déçoit et fait de plus en plus figure de pétar mouillé. Alors, panique à bord... Que faire d'autre que de brûler davantage le terrain même au risque que nos propres soldats sautent sur les mines qu'ils ont eux-mêmes installés! Si j'étais un vrai libéral au sens idéologique, je me poserais d'énormes questions car le parti politique a été squaté par un conservateur qui a davantage comme mission de défendre la fédération que de défendre des valeurs libéralesbau profit du bien public.

    • Raymond Saint-Arnaud - Abonné 13 juin 2012 13 h 01

      Il y a un côté dilettante chez Charest. Le pont doré dont il aurait bénéficié pour venir au PLQ et les salaires cachés qu’il a reçus du PLQ lui auraient-ils permis de s’acheter sa carapace en teflon. Il semble être gras dur en tout cas, alors pourquoi s’en ferait-il personnellement avec les critiques ?


      Mais sa bande de suiveux vont se faire ramasser aux prochaines élections. Pour ne pas être largués et répudiés eux-mêmes, ses suiveux, députés, ministres et aspirants vont peut-être le larguer avant que la population ne le fasse.


      Monsieur Teflon est gravement égratigné. Comme une vieille poêle à frire, il sera jeté à la poubelle.

  • André Vallée - Inscrit 13 juin 2012 07 h 46

    Les vraies victoires

    Je vote depuis 64 ans et il y a longtemps que je n'ai pas vu une vraie victoire électorale, seulement des défaites. Pauline a remporté Argenteuil par absence de libéraux, comme John James est devenu majoritaire par absence de péquistes.
    La question est: “Pourquoi sont-ils restés à la maison le jour du vote?”
    On n'a plus les Pearson, les Lesage, les Lévesques... qu'on avait, c'est à dire l'enthousiasme qui découle de la confiance. Le peuple finit toujours par déceler les stratégies électorales sans vision globale. Et ça écoeure. Il y a des questions à se poser avant d'assommer les jeunes qui résistent, même souvent de façon intempestives.

    • Jaber Lutfi - Inscrit 13 juin 2012 09 h 46

      Le terrain parait fertile cependant. Une génération est désormais politisée et elle polisite son entourage. Si des leaders (j'ai pas dit un leader) intègres se présentent avec des projets collectifs inspirants ils pourraient trouver assez d'appuis actifs dans la population.

  • Jean Boucher - Inscrit 13 juin 2012 10 h 37

    «...l'ensemble de son oeuvre..»

    Est-ce vraiment une « oeuvre »?

    Plutôt du travail bâclé, des esquisses et ébauches à jeter, du vide et creux et des abus de pouvoir!/?*:

    « Mais, feindre d'ignorer ce qu'on sait, de savoir tout ce qu'on ignore ; d'entendre ce qu'on ne comprend pas, de ne point ouïr ce qu'on entend ; surtout de pouvoir au-delà de ses forces ; avoir souvent pour grand secret de cacher qu'il n'y en a point ; s'enfermer pour tailler les plumes, et paraître profond, quand on n'est, comme on dit, que vide et creux ; jouer bien ou mal un personnage ; répandre des espions et pensionner des traîtres ; amollir des cachets ; intercepter des lettres ; et tâcher d'ennoblir la pauvreté des moyens par l'importance des objets : voilà toute la politique... »

    de Pierre Augustin Caron de Beaumarchais
    Extrait de Le mariage de Figaro

  • Roland Guerre - Inscrit 13 juin 2012 11 h 40

    Anticipation

    Les partielles sont un avertissement, une préface aux prochaines épreuves que le gouvernement rencontrera. Le peuple rejette les atteintes aux libertés fondamentales, les blessures infligées au contrat social, l'ultra-libéralisme qui s'accroît.
    Anticiper le calendrier électoral, abroger la loi 78, convoquer de nouvelles législatives, une démarche qui permettrait de sortir de la crise. Le Premier ministre, muré dans ces certitudes, peut-il entendre les aspirations des Québécois ?

  • Pierre Bernier - Abonné 13 juin 2012 12 h 33

    Matière à réflexion

    Pourquoi ce parti devient-il toujours si facilement inapte à gouverner dans le cadre de la société québécoise ?

    - Question de valeurs (officielles et officieuses) ?
    - Question de membership ?
    - Question de structures ?
    - Question de leadership ?
    - Question de carences chroniques (congénitales) au plan de la gestion des affaires publiques ?