Crise étudiante dans le monde - Le serpent de mer

Il se passe dans les rues de Montréal, ce qui se passe dans les rues de Madrid, Rome, Athènes, Santiago et ailleurs en Europe comme en Amérique du Sud : après leurs collègues britanniques, les étudiants clament des slogans contre les augmentations des droits de scolarité souvent accompagnés par une réduction des services. Aux États-Unis également ils ont défilé, mais dans le cadre d’un mouvement plus large : Occupy Wall Street. En effet, ils ont rejoint et animé ce dernier afin de sensibiliser leurs concitoyens à la traduction financière de la hausse évoquée plus haut, soit un taux d’endettement record.

Comparativement à l’Europe, le Chili et le Québec, les États-Unis ont ceci de riche en enseignements divers qu’ils proposent un historique, un bilan inhérent à la majoration des coûts décrétée au début des années 90. Antérieurement à celle-ci, 40 % des étudiants à l’université avaient contracté un prêt-bourse. Aujourd’hui, leur nombre avoisine les deux tiers. On vous fera grâce de la batterie de chiffres qui émaillent les analyses récentes de l’agence de cotation Moody’s et de la Réserve fédérale de l’État de New York pour mieux retenir que la dette « scolaire » combinée des jeunes Américains totalise 1000 milliards de dollars. Pour plus d’un observateur, le pays est confronté à une nouvelle bulle financière propre à faire tanguer l’économie du pays.


Cela souligné, l’exemple américain mérite, pour ne pas dire commande, une méditation, une réflexion approfondie sur ce qu’il faut bien appeler les effets pervers de l’augmentation. Au cours des dernières semaines, une ribambelle d’enquêtes journalistiques ont mis en relief un nombre sidérant de dérives. Forts de la manne découlant de cette hausse des coûts et afin d’attirer les meilleurs profs et les meilleurs étudiants, les administrateurs ont beaucoup dépensé à la périphérie de l’enseignement et de la recherche comme tels.


À l’Université de l’Ohio, qui symbolise à elle seule les dérives en question, là on a construit un golf. Ici, on a construit un aéroport. Là, on a érigé des murs pour les amateurs d’alpinisme. Ici, le recteur a dépensé plus d’un demi-million en voyages professionnels sur un an et plus pendant que son collègue responsable d’une université d’État enregistrait une augmentation prononcée de son salaire annuel (2 millions). Là, on s’est doté d’un gymnase qui, selon le témoignage d’un journaliste du New York Times, rivalise, pour ce qui est de l’équipement et de l’esthétique, avec les gymnases fréquentés par les courtiers de Wall Street. Ici, pour attirer les « bons » profs, on a greffé un certain nombre d’années sabbatiques à un bon salaire. Quoi d’autre ? Pratiquement partout, on a multiplié les services d’aide professionnelle et psychologique.


Autrement dit, la hausse des coûts décrétée au nom du juste et noble principe de la recherche et d’un enseignement de qualité s’est muée à bien des égards en un serpent de mer. De fait, aujourd’hui, une majorité de dirigeants d’universités estiment qu’il faut modifier le modèle d’affaires de fond en comble pour mieux intégrer des sources de financement autres que les étudiants.

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