Conflit étudiant - Haute pression

Ce sera donc une pause dans l’escalade de la tension. Rien n’est réglé sur le fond, rien du tout même, mais une bouffée d’air jusqu’en août permettra peut-être justement cette négociation de la dernière chance. Croisons les doigts.

Ironie suprême : c’est au nom de l’accès à l’éducation - exactement l’enjeu pointé par les détracteurs de la hausse - que le premier ministre a présenté hier soir sa sortie de crise… à l’électorat. Il propose une pause salutaire, car les tensions étaient trop vives de part et d’autre. Cet arrêt doit servir à discuter.


Québec évite la confrontation dans l’immédiat, mais pellette en avant les problèmes potentiels. Les cours ne seront pas annulés, mais suspendus, avec reprise en août. D’ici là, pause santé, réflexion et, espérons-le, négociation.


Une zone de discussion, si mince soit-elle, est essentielle. C’est ce que nous souhaitons redire, comme pour insister une fois de plus sur ce qui nous semble la seule manière de garantir une paix sociale : le règlement dans la voie du compromis, même si à certains il semble impossible. L’offre du gouvernement reprend essentiellement ce qu’il a déjà mis dans la balance. Il réserve pour plus tard le détail de son projet de loi. Même s’il n’a fait qu’évoquer les pourparlers, c’est la voie à suivre.


Pour le retour en classe, il reviendra aux directions d’établissement et aux étudiants de s’entendre sur les modalités. On peut présumer sans grand mal, vu l’insistance hier du premier ministre sur l’aspect inacceptable d’un accès bloqué aux classes, que le projet de loi aura les « dents » pour forcer cette paix, aussi paradoxal cela puisse-t-il être. Amendes, arrestations : on verra la couleur finale, mais cela n’augure rien de bon. Toutefois, une pause dans cette escalade sera la bienvenue avant une possible reprise.


Le gouvernement a fait l’énumération de tout ce qu’il a mis au jeu depuis ces 95 jours de grève ; il est convaincu que les étudiants ne jetteront plus aucun lest. Le contexte n’est donc pas très serein pour discuter. Car au-dessus de ces têtes bien-pensantes planera une menace. Quel sera le « dispositif » dont parle Jean Charest pour protéger le droit à l’éducation ? Les scènes troublantes vécues dans les cégeps de Sainte-Thérèse et de Rosemont, puis à l’UQAM hier, sont néfastes. Et pour cette frange radicale choquée d’être allée aussi loin sans les retombées espérées, la menace ne suffira pas à la faire entrer dans le rang, on le craint malheureusement. Un chaos social à plus grande échelle serait terrible.


Les étudiants goûtent une amère déception dans cette sortie qui ne comporte rien de neuf, sinon la menace. Malgré tout, à eux aussi, au nom de la paix sociale, nous demandons d’évaluer avec soin les conséquences d’une fermeture à tout compromis. Hier, la FECQ a fait une ouverture méritant d’être examinée, et qui n’a rien du « durcissement » évoqué par la nouvelle ministre de l’Éducation.


Le gagnant-gagnant espéré ne sera pas. Négocier sous la menace est une option absolument détestable, il est vrai. Mais cet espace de dialogue doit être saisi, à la faveur d’une pause. Sinon, ce sera sans doute la loi matraque.

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24 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 17 mai 2012 02 h 43

    La jeunesse du Québec a la promesse de l’avenir !

    Un mouvement blessé doit peut-être prendre le temps de panser ses blessures, pour venir à bout du magma d’une richesse concentrée qui s’est emparée de l’État pour en retourner les armes contre la jeunesse. Mais celle-ci a la promesse de l’avenir.

    Le temps viendra où celui qui répond aux ordres en répandant le désordre, entendra la phrase qui résonne déjà dans son esprit d’une manière lancinante: «Les valises de Monsieur sont prêtes». L’Auguste enfin démaquillé n’aura pas le loisir d’un dernier tour de piste. Le temps lui est déjà compté.

    Yves Claudé

    • Fournier P. - Inscrit 17 mai 2012 11 h 49

      @Yves Claudé,

      À quoi d’autre s’attendre, sinon qu’à vos répétitives provocations et demie-vérités que vous disséminez un peu partout sur la blogosphère.

      ‘’ …du magma d’une richesse concentrée qui s’est emparée de l’État pour en retourner les armes contre la jeunesse’’ à lire votre rhétorique, on se croirait au Texas ou encore dans un pays totalitaire. Ici au Québec, nous sommes depuis longtemps reconnus comme une société sociale-démocrate, plus égalitaire, plus juste et plus équitable ! Bien sûr, il faut toujours chercher à l’améliore !

      Vos discours d’extrême gauche, à l’emporte-pièce, sont pavés de demi-vérités, d’affirmations gratuites et d’utopies irréalistes. Cherchez-vous à diviser, à polariser, voire même à provoquer la violence chez des jeunes qui, avec raison, sont à la recherche d’un idéal et de Vraie Vérité ?

      Dans le 4% du ‘’magma de richesse concentrée…’’, auquel vous faites référence, on compte entre autres les professeurs d’Université comme vous, qui gagnent en moyenne plus de 100 000$ par année, en plus bien sûr d’un bon nombre de fonctionnaires, de syndiqués, de cols bleus et blancs, d’avocats, d’ingénieurs, de médecins et d’hommes et femmes d’affaires, bien sûr; ces hommes et ces femmes qui contribuent grandement au bien-être du Québec, mais que vous semblez vouloir clouer au pilori !

      À comparer au reste du monde et au reste du Canada, il n’existe ici Québec qu’une toute petite poignée de ‘’très riches’’ puisque, contrairement au reste du Canada et des États-Unis, l’économie québécoise compte une grande majorité de petites et moyennes entreprises.

      Plutôt que de pousser les jeunes à la révolution, à la révolte, plutôt que de les monter les uns contre les autres, avec vos discours violents, et ce assis confortablement sur votre permanence universitaire et votre très bourgeoise retraite dorée, peut-être

    • Fournier P. - Inscrit 17 mai 2012 12 h 07

      @Yves Claudé (suite)

      Plutôt que de pousser les jeunes à la révolution, à la révolte, plutôt que de les monter les uns contre les autres, avec vos discours violents, et ce assis confortablement sur votre permanence universitaire et votre très bourgeoise retraite dorée, peut-être pourriez-vous utiliser votre intelligence et votre savoir à essayer d’améliorer plutôt qu’à démolir ?

    • Yves Claudé - Inscrit 17 mai 2012 13 h 31

      Monsieur Fournier,

      Libre à vous d’interpréter mes propos à votre manière… mais sachez que je suis attaché à la démocratie, même si elle est très imparfaite dans notre système politique, avec le risque qu’une opposition majoritaire divisée puisse amener une réélection d’un gouvernement discrédité.

      Je ne suis pas le seul à déplorer le fait que le symbolique 1% qui possède les pans majeurs de l’économie et de la finance, se comporte d’une manière de plus en plus antisociale, entre fermetures et délocalisations, ceci se démarquant de plus en plus d’un capitalisme industriel qui avait compris que la prospérité passait par des compromis avec ceux qui créent concrètement la richesse.

      Lorsque vous portez à mon endroit une accusation aussi grave que celle-ci «Cherchez-vous à diviser, à polariser, voire même à provoquer la violence chez des jeunes (…) ?», vous vous exposez à des types de réponses appropriées…

      Je vous suggère de lire plus attentivement mes propos, entre autres: «Un carnaval irresponsable» (La Presse, 17 mars 2012)

      Je n’étais moi-même pas au courant … d’être «professeur d’université». Merci de m’indiquer dans laquelle de ces institutions universitaires je suis employé. Car, dans cette improbable nomination que vous m’annoncez, même si mes supposés étudiants étaient en lock-out de par la “loi spéciale”, je n’aurais pas le droit d’être en grève !

      Cordialement

      Yves Claudé

    • Georges Tissot - Abonné 17 mai 2012 13 h 58

      C' est toujours préférable d`argumenter avant de qualifier tel ou tel récit!

    • Fournier P. - Inscrit 17 mai 2012 18 h 03

      @ Yves Claudé

      Mille excuses si j’ai présumé et vous ai confondu avec un homonyme.

      Cela dit, la symbolique du 1% ou ‘’…du magma d’une richesse concentrée’’ comme vous dite est en effet régulièrement utilisée dans les argumentations qui dénoncent les iniquités et les injustices. Ici au Québec, cette symbolique est tout à fait erronée et non applicable. Elle s’applique dans plusieurs pays, certes, et aux États-Unis au premier chef. Je suis le premier à reconnaitre et à dénoncer les façons de faire des grandes sociétés et du système financier, qui ont, entre autres chez nos voisins du sud, gravement mis en péril la classe moyenne. Ici au Québec, cet argument ne résiste à aucune analyse économique le moindrement sérieuse et est donc aussi inapproprié, qu’inexacte.

      Être attaché à la démocratie, voire la défendre ne peut être, pour moi que louable. La meilleure façon de le faire est de référer à des faits, à des données vérifiées et à des analyses fondées. En ce qui a trait au gouvernement actuel, nul n’est besoin d’étirer les faits; ils parlent d’eux-mêmes et ne manquent pas de le discréditer.

      Finalement, quant à la division du vote, peut-être vaudrait-il mieux s’attaquer au mode de scrutin, évaluer par exemple un scrutin à deux tours. Aussi perfectible qu’il soit, diaboliser un système ou un gouvernement, même inapte, en utilisant des arguments extrêmes ne pourra que contribuer à la réélection du parti Libéral.


      Salutations,

      Pierre Fournier
      Pierre Fournier

  • Cyrille-Daniel Janelle-Turcotte - Inscrit 17 mai 2012 03 h 32

    loi matraque

    C'est bien de cela qu'il s'agit. Je ne peux qu'être mortifié en face de cette attitude gouvernementale qui demeure conforme à ce qui a été produit par le PLQ depuis le début de ce conflit, il y a trois mois. "Négocier sous la menace est une option absolument détestable".

  • Jean Boucher - Inscrit 17 mai 2012 05 h 19

    «...cet espace de dialogue doit être saisi..»

    "La dictature, c'est "ferme ta gueule" et la démocratie c'est "cause toujours."

    Woody Allen

  • Gilles Delisle - Abonné 17 mai 2012 06 h 28

    Fermeture totale au dialogue et chaos social comme politique

    Charest et ses ministres suiveux auront réussi à leurrer les étudiants jusqu'à la fin, et même au-delà. Le dernier leurre en lice était de laisser croire à une ouverture au dialogue avec Mme Courchesne, qui n'a pourtant jamais eu l'étoffe d'une ministre de grand calibre au sein de ce gouvernement. Celle-ci a réussi, jusqu'à la décision finale de Charest et de quelques complices de l'éducation, à faire croire qu'il y avait un déblocage possible. Hier, au moment de l'annonce de loi spéciale, on a tous compris, encore une fois, que ce gouvernement n'avait jamais eu l'intention de discuter avec ces étudiants. Cette division entre collèges qui pourront étudier et collèges qu'on va fermer jusqu'en août prochain, n'augure rien de bon. On s'en remet aux Directions des Collèges et Universités, qui ont agît bêtement comme des complices des basses oeuvres de ce gouvernement dans ce conflit, maintenant social. Le chaos social risque de s'installer à demeure jusqu'à l'automne prochain, à cause de ce rejet des étudiants du Québec, par leur gouvernement. L'attitude électoraliste de ce gouvernement, hier, à la Conférence de presse nous a montré encore une fois un gouvernement affairiste plutôt qu'un gouvernement intéressée à régler un problème de société devenu sérieux.

  • Roger Kemp - Inscrit 17 mai 2012 07 h 38

    Changer son paradigme

    Tant et aussi longtemps qu'on ne changera pas son paradigme il devient impossible d'avancer de façon significative dans ce dossier. Si on part du principe qu'il faut absolument des frais de scolarité comme prémisse à son accessibilité aux études supérieures, nous piétinerons. Il faut donc faire table rase des vieux principes de gestion et du scalcul du euli de rentabilité d'un cours. Former des ingénieurs, des architectes, des médecins coûtent vraisemblablement plus cher que former un psychologue. Question pourquoi alors les frais de scolarité étaient-ils pareils? Pourquoi la hausse devraient-elles être égales pour tous?
    Roger Kemp, Trois-Rivières

    • Ginette Durand - Abonnée 17 mai 2012 10 h 49

      Bien d'accord avec votre solution comme solution temporaire. Mais graduellement, les frais de scolarité devraient complètement être éliminés--disons sur 10 ans. Il faut finir la réforme entamée par la commission Parent.
      Lesage disait: "Qui s'instruit s'enrichit". Il avait raison. Moi, j'étais enseignant et je faisais, à mes élèves qui se disaient écoeurés d'aller à l'école, un tableau illustrant que le taux de chômage était inversement proportionnel au degré de scolarisation. Dans les années 1990 c'était à peu près: université: 1%, CEGEP: 5%, 5e secondaire réussie: 10% et secondaire abandonné: de 15 à 20%.
      Mais au-dela du chômage, on pourrait parler de la relation diplomation-salaire. Règle générale, plus tu as poussé tes études, plus ton salaire sera élevé. Et le fisc sort gagnant, puisque tu paies plus d'impôts...
      Bon. J'arrête ici, je pense que vous avez saisi l'essence de mon propos.

    • Alexandre Milot - Inscrit 17 mai 2012 16 h 46

      Voulez-vous vivre dans un monde ou l'ont choisie sont orientation en fonction de ses moyens plutôt que de sa passion et de ses aptitudes ?