Crise européenne - Déni de réalité

Amorçons le sujet du jour par la Grèce. Une semaine durant, les dirigeants des trois partis qui ont terminé en tête des législatives du 6 mai dernier ont dansé une valse au rythme si chaotique qu’elle s’est soldée par une série de faux pas. En clair, aucun d’entre eux n’est parvenu à former une coalition. Constatant cela, le ministre allemand des Finances a effectué un acte de grande finesse politique en laissant tomber que la zone euro pourrait supporter une sortie de la Grèce. Bonjour l’ambiance ! C’est le cas de le dire.


Poursuivons justement avec l’Allemagne. Et tout d’abord pour relever un fait appartenant à la catégorie du jamais vu dans l’histoire des relations franco-allemande depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En effet, contrairement à tous ses prédécesseurs, Angela Merkel s’est immiscée dans la présidentielle française en souhaitant la victoire de Nicolas Sarkozy. Parmi les raisons évoquées, on a retenu celle-ci : nous sommes de la même famille politique. Comme chacun le sait, le socialiste François Hollande a remporté la finale et souligné qu’il est dans sa ferme intention de négocier un plan de croissance.


Plus précisément, le nouveau président de la République propose un renforcement des capacités d’action de la Banque européenne d’investissement, la création d’obligations européennes et un réaménagement géographique des fonds alloués aux régions les plus pauvres de l’Union européenne. Il faut souligner qu’à bien des égards le plan développé par Hollande emprunte au mandat de la Réserve fédérale (Fed). Quand on y songe, quand on s’attarde plus précisément au mandat fixé à la Banque centrale européenne (BCE) par les politiciens, on constate que, comparativement à cette dernière, la Fed est une banque fondée par des… socialistes ! C’est dire ! En bref, Hollande est favorable à une mutualisation des risques et Merkel n’en veut pas. À preuve…


Dans les jours qui ont suivi la victoire de Hollande, Merkel a soufflé le chaud et le froid en vue de leur première rencontre demain à Berlin. Par ministres interposés, elle a tout d’abord laissé entendre qu’un examen d’une relance économique pourrait être étudié avant de clairement indiquer qu’il n’est pas question de renégocier le pacte budgétaire signé en mars dernier et qu’il n’est pas question d’investir dans la croissance, car, pour elle, tout investissement est synonyme de dépense. On se rappellera que le président de la BCE, les premiers ministres espagnol et italien, certains chefs d’État, au premier rang desquels on retrouve Barack Obama, estiment suicidaire cette obsession pour l’austérité. En fait d’obsession on devrait parler de fanatisme anti-keynésien.


À l’évidence, il a échappé à Merkel qu’au cours des dernières semaines les pays qui sont tombés officiellement en récession, pour cause notamment de cette politique logeant à l’enseigne de l’austérité la plus calviniste qui soit, s’appellent l’Espagne, l’Italie, les Pays-Bas et le Royaume-Uni. Et la Grèce ? Cela fait cinq ans que la récession s’est installée à demeure. Ce n’est pas tout. Il y a quelques jours, on a appris qu’au cours du dernier trimestre l’économie allemande s’était contractée. Quoi d’autre ? On s’attend à ce que l’ensemble de la zone euro tombe en récession début juillet.


Mis à part les faits économiques, il a également échappé à Merkel l’évolution, et non plus l’émergence, d’un phénomène politique laissant présager, si l’on n’y prend pas garde, des lendemains difficiles, pour ne pas dire dangereux. De quoi s’agit-il ? La montée en puissance des extrémismes politiques. En Grèce, la majorité des citoyens ont voté pour des formations antieuropéennes. En France, c’est le tiers. Aux Pays-Bas, le chef de l’extrême droite continue de faire la pluie et le beau temps. En Hongrie, on observe un rabotage inquiétant des principes qui fondent la démocratie. Bref, le contexte est tel que c’est à se demander si la posture de Merkel n’est pas à l’image du déni de réalité.

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