Conflit étudiant - Pertes et profits

Le nez collé sur la fenêtre du quotidien, dans l’attente d’un atterrissage paisible au tumulte étudiant, il nous est difficile de mesurer les impacts de ce conflit gangrené. Ils sont pourtant nombreux et pervers, les effets secondaires de ce souque à la corde. Zoom sur l’étendue des dégâts.

Après 89 jours de ce conflit historique, on peut conclure à la ténacité de notre jeunesse, mais du même souffle, noter que même dans leurs rêves les plus fous, les leaders étudiants n’auraient pu prévoir ni la durée ni les soubresauts de cette joute singulière. Avant même la fin du conflit, pointent déjà quelques ruines…


Abandon scolaire. Quel désastre ! Les établissements n’en sont pas à l’heure des comptes, mais déjà, ils constatent un taux d’abandon des cours anormalement élevé. Des étudiants, las de ne pas goûter de finale à cette crise, ont abdiqué. C’est sans compter cette clientèle à la réussite plus précaire qui ne tiendra pas le coup d’un retour en classe accéléré et condensé.


Chaos logistique. Si et quand la session reprendra son cours, la confusion sera totale là où se chevaucheront les cohortes. Pour des finissants du collégial technique prêts à entrer sur le marché du travail, c’est la catastrophe. Pour des finissants du préuniversitaire admis sous condition dans des programmes contingentés à l’université, c’est le point d’interrogation : sans DEC, iront-ils au bac ? Sinon, laissera-t-on des places vacantes à l’université ? Osera-t-on piger dans une liste d’attente, admettant des cotes R moins flamboyantes ?


Impact financier. Salaires d’enseignants, coûts de sécurité, ouverture prolongée des collèges : on peut prédire une escalade là aussi. Suivra une négociation ardue avec Québec pour que ce soit lui qui assume ces coûts additionnels. Paradoxal effet secondaire, où l’on paiera d’une main ce qu’on refuse de donner de l’autre.


Sécurité et voie juridique. Les maisons de l’éducation, au sens noble du terme, ont été souillées par des luttes qui ont forcé le recours imposant à la sécurité. Une pluie d’injonctions a transformé les maisons d’enseignement en zones de conflit. Pire : leur non-respect entache le système juridique. Le tout a détourné vers les tribunaux une crise qui relève du politique - celui-ci échoue lamentablement à la dénouer.


Coûts humains. Sur le champ de bataille, il y a bien sûr une jeunesse fière d’avoir tenu et mené cette lutte sans précédent - une jeunesse de façon très majoritaire éloquente, réfléchie, créative et pacifique. Mais il y a des étudiants frustrés. Des gens épuisés. Il y a des citoyens apeurés, qui ont mal vécu la tournure de certaines manifestations. Il y a des camarades à couteaux tirés. Des profs qui ont soutenu un camp et composeront sous peu dans leur classe avec tous les points de vue. Le climat interne sera trouble au retour.


(Dé)-valorisation de l’éducation ? Sur un plan philosophique, que dire du passage d’un débat sur la force de l’enseignement supérieur vers une crise sociale ? Cette accessibilité aux études dont on a fait l’axe central de la lutte contre la hausse n’a pas gagné de galon à travers cette bataille. Pour les non-convaincus qu’on aurait voulu attirer vers l’université, cette grève aura eu un effet répulsif.

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34 commentaires
  • Yves Claudé - Inscrit 12 mai 2012 01 h 22

    Qui est responsable ?

    Une simple question, à la fois très naïve et embarrassante … que chacun pourrait poser, sans s’exclure des acteurs en jeu, même si les implications et pouvoirs de chaque citoyen du Québec, dans cette crise étudiante devenue une crise sociale, sont des plus variables !

    Cette question, si d’aventure on en émerge avec une certaine sérénité, en appelle d’autres, telles que: Que faut-il faire ? Qui peut le faire ? etc.

    C’est d’ailleurs ce genre de question que Bob Dylan a fort éloquemment posée dans sa chanson: “Who killed Davey Moore ?”, interprétée et traduite en français par Graeme Allwright, “Qui a tué Davy Moore ?”:
    http://www.youtube.com/watch?v=-tom9vkVKHo
    http://en.lyrics-copy.com/graeme-allwright/qui-a-t

    Yves Claudé

    • Solange Bolduc - Inscrite 12 mai 2012 10 h 22

      Les paroles de cette chanson "Qui a tué Davey More" tombent à point. Merci !

  • Régine Pierre - Inscrite 12 mai 2012 06 h 25

    Et les professeurs d'universités dans tout cela?

    Vous ne parlez pas des professeurs d'universités pourtant, après les étudiants, ils sont les premiers touchés par cette crise. La ministre Beauchamp les a aussi ignorés. Alors qu'elle invitait des représentants syndicaux, qui n'ont rien à voir avec la crise, à participer à la négociation, le week-end dernier, elle a ignoré la Fédération des Syndicats des professeurs d'Universités (FQPPU) qui a seule mandat de les représenter.

    Suspendus dans le temps depuis des semaines, ils voient la fin de la session arriver et sont bien obligés de constater qu'elle ne pourra plus être sauvée. Quelle que soit l'issue de ce conflit, on ne peut condenser en quelques semaines une session universitaire qui, par définition, est déjà condensée. Qu'adviendra-t-il de toutes les autres obligations, recherches, conférences, préparations de cours...? Contrairement aux professeurs de cégeps, les professeurs d'universités ne sont pas en congé après la fin des cours. L'été est au contraire, une période très occupée. Et qu'adviendra-t-il à l'automne? On manque déjà de locaux en période normale. Quels cours devons-nous préparer? Un cours universitaire ne se prépare pas en quelques semaines.

    Surtout, dans quel état d'esprit seront les étudiants? Quel sera le climat dans les classes? À l'université, comme aux autres niveaux, la relation professeur-étudiants est un facteur pédagogique extrêmement important. Un climat tendu ou négatif peut ruiner un cours et compromettre la réussite de certains étudiants. Toutes ces interrogations sont des facteurs de stress importants. C'était la responsabilité de la ministre de l'éducation d'en tenir compte dans sa stratégie, si stratégie il y avait.

    La ministre de l'éducation a failli à toutes ses responsabilités.

    • Solange Bolduc - Inscrite 12 mai 2012 10 h 42

      Voici comment Réjean Parent, qui a participé à la négociation la semaine dernière( si on peut appeler ça une négociation ?): "Line Beauchamp se met à l'abri dans la troisième tranchée, et quand elle sort, la guerre est finie" (La Presse: "La nuit des longues négos: Trois acteurs racontent").

      Vous voyez, madame, que vous n'avez pas perdu grand chose, d'autant plus, qu'en plein milieu des discussions, alors qu'à Victoriaville, c'était l'émeute, Charest aurait demandé que cesse les négociations. Il reculait encore ! Et Parent ajoute:

      "J'avais l'impression que Charest avait dit aux étudiants : "On vous a fourrés et on est bien contents." Deux jours plus tard, vous vous rappelez, il brandissait devant la télé le fameux document bidon en disant: "Ils l'ont signé l'entente!"

      Vous ne réalisez pas encore que Charest et ses acolytes opèrent par coup de cynisme! Pensez encore à sa déclaration au Palais des Congrès.

      Bien piètre premier ministre, et ses suiveux, qui osent se faire du capaital politique sur le dos des étudiants, et par rocochet sur celui des professeurs! Je compatis avec vous, et vous souhaite bon courage!

    • André St-Louis - Inscrit 12 mai 2012 11 h 37

      Le groupe de professeurs a failli a toutes ses responsabilites en prenant partie. Il aurait du supporter par des conceils mais pas prendre part active d'un cote comme de l'autre.
      Il rst facile de reconnaitre l'erreur chez les autres mais lorsqu'il est temps d'analyser son propre comportement et les impacts, ceci est une toute autre chose.

  • Catherine Paquet - Abonnée 12 mai 2012 07 h 07

    Par définbition, une grève doit avoir un objectif.

    Quel était l'objectif de cette grève? Faire reculer le gouvernement. Ne pas accepter de payer davantage comme droits de scolarité.

    Est-ce un modèle de grève unique, ou peut-il être reproduit pour d'autres décisions imposant une contribution financière aux citoyens?

    Combien faut-il de citoyens et quels moyens faut-il utiliser pour faire reculer le gouvernement?

    Cette grève amène donc plusieurs questions.

  • Michel Lebel - Abonné 12 mai 2012 08 h 00

    Gâchis!

    Tout un gâchis! Triste Québec où le jugement a foutu le camp! Ce conflit a perdu tout sens. Triste Québec. Comme si l'enjeu méritait ici un tel débordement. Non, mais!


    Michel Lebel

    • Georges Washington - Inscrit 12 mai 2012 10 h 14

      Si nous prenons la parole de la ministre de l'Education elle-même. La hausse représente 50¢/jour/étudiant. Si nous répartissons sur l'ensemble des contribuables, cette hausse représente moins de 1¢/jour/contribuable. Donc, pour moins de 3,65$/année/contribuable, ce gouvernement entêté a provoqué une crise sans précédent. Il l'a provoquée, parce que personne n'accepterait sans broncher que nous lui infligions une hausse de 75% de quoique ce soit. Cette hausse est déraisonnable dès le départ et injustifiable.

      La rhétorique gouvernementale autour de la juste part est simplement odieuse considérant que de tous les pays de l'OCDE, le Canada est celui où les entreprises contribuent le moins à la recherche. Pourtant, les coûts de la recherche sont inclus dans la facture de l'Education imputée aux étudiants. C'est donc dire que nos entreprises font faire leur recherche dans les universités à même les fonds publics tout en ne dépensant que des miettes. Elle est où la juste part des entreprises dans ce système?

      Désolé, mais les étudiants ont pleinement raison d'être révoltés. Et l'enjeu il est beaucoup plus grand que cette session. C'est tout un système fabriqué autour de l'escroquerie dont il est question. Construit pour permettre à des entreprises de siphonner le bien public.

  • Alain Lavoie - Inscrit 12 mai 2012 08 h 16

    Avous-le carrément : c'est un échec complet sur tous les fronts.

    • Pat Lefebvre - Inscrit 14 mai 2012 16 h 13

      Effectivement. L'immobilisme de gouvernement durant des mois, des debordements policiers, le enseignants qui ne restent pas neutre, l'anarchie chez certains etudiants, des casseurs...

      Tout le mode a des torts... et personne n'a encore de solution...
      Navrant...