Grève étudiante - Droit de vote

Coup de sifflet. Temps d’arrêt. Le conflit qui oppose le gouvernement et 180 000irréductibles de la grève ne s’apaisera d’aucune manière avec une négociation bidon menée sur la place publique. Loin de s’adoucir, les positions se cristallisent, l’exaspération venant s’ajouter à une longue liste d’irritants. Un moratoire, s’il vous plaît.

Les points de tension se multiplient dans cette lutte bien plus idéologique qu’économique. Le climat se détériore, bien au-delà de ces manifestations emportées qui sur fond pacifique parfois dégénèrent. Les entêtés sont dans les deux camps : obstinément pour la hausse de 1778 $ ou totalement pour le retour au gel. Le juste milieu, cette hausse raisonnable qu’évoquait Pauline Marois hier, pourquoi donc ne passe-t-elle pas le cap des discussions, ni dans un camp, ni dans l’autre ?

Au lieu de jeter du lest, on cristallise les positions. Hier encore, des injonctions forçant le retour en classe n’ont pas été respectées tant les blocus étaient imposants devant les portes. La voie des tribunaux ne fait même plus le poids ? Même le juge en chef François Rolland a senti le besoin de s’en mêler hier pour déplorer les dérives inacceptables dont il est le témoin !


Décidément, cette joute déjoue tous les repères habituels. Que ce soit celui de la négociation, dont les bribes entrevues à ce jour ne permettent même pas de lui donner cette appellation. Que ce soit celui de la solidarité, que les étudiants ont - à ce jour… - maintenue malgré des antagonismes idéologiques évidents. Ou tout bêtement celui du temps : nous voilà à l’aube du jour 80 de grève, et rien n’indique que les irréductibles plieront l’échine - notre une du jour en donne un aperçu avec la position que défendra aujourd’hui la CLASSE, et déplaira au trio Charest-Beauchamp-Bachand.


Mais il est un repère, un socle, qui ne doit pas être contourné, et c’est celui de la démocratie. Les étudiants, qui s’en drapent depuis le début des protestations, opineront sans grand mal. Mardi, FEUQ et FECQ apportaient leur contre-offre au gouvernement ; aujourd’hui, la CLASSE dépose la sienne. Mais combien d’étudiants au juste ont rejeté la proposition du gouvernement avant qu’on renvoie la balle ?


La réponse précise est impossible, car le tour d’horizon n’est pas complet. Combien d’étudiants se sont prononcés ? Quel était le pourcentage de participation aux assemblées ? Ont-elles tenu un vote secret ? Si elles détenaient déjà des mandats de grève illimitée, les assemblées ont-elles réuni à nouveau leurs membres ? Si oui, combien ont rejeté l’offre de Québec ? Suit-on la règle de la majorité plus un ou celle des deux tiers des voix au moment du vote ? Et ces 70 % d’étudiants membres des associations qui ont terminé les cours mais qu’on ne peut plus rejoindre pour le vote ? Comment sonder leur coeur ?


Autant de questions auxquelles les groupes étudiants ne peuvent pas répondre de manière complète, car ils peinent, disent-ils, à fournir un tableau aussi complexe, diversifié et volumineux. Il est vrai qu’il s’agit d’un tour d’horizon laborieux, mais il est essentiel pardi !


Et nous revoilà au point de départ : quel sera l’épilogue ? Si l’on croit une clameur nouvelle selon laquelle des élections ne seront pas déclenchées sur un tel brasier étudiant, on peut donc réitérer le souhait de la seule et unique trêve possible : un moratoire d’au moins six mois, permettant à la fois le retour en classe et le repos des esprits. Que le gouvernement fasse ce pas dans la voie de la responsabilité. C’est cela aussi, gouverner.



 
38 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 3 mai 2012 01 h 52

    Vous ne saurez jamais la vérité des représentants étudiants

    Je les écoute depuis le début. Toujours des réponses floues. On nage...Réponde que la démocratie a été respecter mais sans jamais y être aller voir. On nous " Oui peut-être quelques exceptions mais dans l'ensemble, tout est bien". Mais ils ne sont pas sur place jour du vote. Il rapporte ce qu'on leur en dit. Des vrais beaux petits perroquets. Je ne sais pas si leurs assemblés leur ont permis d'insulter les ministres, de le nargeur. Des encore " oui, oui" mais ne venez pas voir. Mais tant pis pour les étudiants qui se sont laisser entrainer dans cette tourmente. C'estmalheureusement une leçon de vie pour eux.

    • Fabien Nadeau - Abonné 3 mai 2012 06 h 57

      Mettez "gouvernement Charest" à la place de "représentants étudiants" et vous pouvez écrire le même texte.

      Sait-on ce que donnerait un vote secret au caucus libéral? Ça serait très instructif.

    • ThierryV - Inscrit 3 mai 2012 07 h 30

      Et vous, y êtes-vous allé sur le terrain pour voir ce qui se passait. Et bien, moi je suis allé voir au Cégep de ma fille. J'ai pu observer le tout parce que l'assemblée a eu lieu sur le terrain de soccer pour donner la chance à toute le monde de venir dire son point de vue. 1500 étudiants qui discutent, qui argumentent au gros soleil et qui votent.

      Vraiment mieux que ce que je vois de nos élus qui ne répondent jamais aux questions à la période des questions ou encore qui doivent voter comme leur parti même s'ils ne sont pas d'accord...

      Je ne peux pas dire que c'est comme ça partout, mais moi au moins j'y suis allé vérifier sur le terrain et même si je ne suis pas d'accord avec toutes les idées de cette jeunesse, pour ce que j'en ai vu, félicitations à ces jeunes qui semblent vraiment comprendre l'essence de la démocratie qui est la capacité à penser en termes de groupe et de société et non en termes personnels.

      Quelqu'un qui demande une injonction pour pouvoir passer au-dessus du vote de l'assemblée étudiante dont il est membre afin de résoudre son problème personnel est-il vraiment démocratique?

    • François Dugré - Inscrit 3 mai 2012 08 h 30

      Je suis surprise de vous lire! Quand j'entends Léo Bureau-Blouin nous expliquer soir après soir le sens de la lutte étudiante, il m'arrive, contrairement à vous, de me dire qu'il pourrait donner des cours de clarté, de civisme et d'éloquence à l'ensemble de notre classe politique.

      En passant, je vous suggère de vous relire et de corriger vos fautes qui nuisent à la clarté de votre expression.

      Johanne Villeneuve

    • Hyperbolique - Inscrit 3 mai 2012 09 h 05

      Remarquez que les réponses du gouvernements, non seulement sont floues, mais ont un objectif délibéré de diviser la société civile, de créer des tensions entre étudiants qui ne sont pas près de s'apaiser en ayant encouragé (par le biais de la commission jeunesse du PLQ) de déposer des injonctions, de laisser les établissements scolaires visés par la grève se débrouiller sans leur donner aucune ressource pour sortir de la crise. La part du gouvernement est très lourd, il faut le reconnaître et ça lui coûtera très cher...

  • André Tremblay - Inscrit 3 mai 2012 03 h 23

    Encore un faux-fuyant

    Jean Charest prépare un autre de ses coups bas dont lui seul connaît la recette : pour éviter l’embarras dans lequel ils se trouvent, lui et son parti, face aux multiples allégations de fraude et de corruption, respectant ses basses manœuvres politiques, il va, une fois de plus, détourner l’attention et déclencher une élection sur le dos des étudiants, sur le dos de notre avenir.
    Très éloquent comme chef d’État : le pouvoir quoiqu’il en coûte.
    Que de bassesses pour garder le pouvoir. Une élection précipitée (sous un faux prétexte) et la chance de conserver, voilà tout ce qu’il a pu combiner pour éviter des poursuites reliées aux multiples allégations de fraudes qui pèsent sur le parti libéral du Québec, et sur son chef, les deux mains sur le volant...Jean Charest...

    • Louis16 - Inscrit 3 mai 2012 16 h 46

      Il m'apparaît que c'est malheureusement le cas.

  • Louka Paradis - Inscrit 3 mai 2012 04 h 16

    Oui à un moratoire

    Tout à fait d'accord avec cette option qui mettrait un terme à ce regrettable fiasco. Le plus vite serait le mieux, pour tout le monde.

    Louka Paradis, Gatineau

  • Russellfan - Inscrit 3 mai 2012 06 h 35

    Vive le vote électronique

    Pourquoi ne pas soumettre les propositions au vote électronique?

    Ce serait tellement plus démocratique!

    Mais... il y a le risque que les étudiants acceptent les propositions...

    Je crois que la majorité des étudiants privés de cours sont pris en otages par les associations militantes.

    Le Québec est pris en otage par une minorité

    • François Ricard l'inconnu - Inscrit 3 mai 2012 06 h 56

      Le Québec est pris en otage par une minorité...de libéraux.
      Charest et le PLQ: 39% de 56% des électeurs, soit à peine 25% de la population.

    • ThierryV - Inscrit 3 mai 2012 07 h 48

      Renseignez-vous? Il y a eu des votes électroniques. À certains endroits, ça donné un vote pour le grève et dans d'autres un vote contre.

      Les votes ne sont pas tous à main levée, ils utilisent le vote secret lorsque nécessaire.

      Ensuite, il y a des étudiants qui sont pour la grève dans les endroits où ils ont voté contre la grève. Souvent plus de 40%...

      L'important, ce n'est pas le système de vote. Il est facile de dire que le système de vote n'est pas démocratique.

      Pourquoi le vote n'est-il pas obligatoire au Québec comme dans d'autres pays? Pourquoi pas un scrutin proportionnel? Pourquoi pas un système de vote à plusieurs tours jusqu'à ce qu'un parti soit élu à la majorité?

      Des façons d'être plus démocratique, il y en a plein que nos gouvernements ne veulent pas mettre en place. Pourquoi?

    • Julien Lapan - Abonné 3 mai 2012 08 h 05

      Le vote électronique n'est pas en soi plus démocratique. Il permet une plus vaste consultation, mais il ne permet pas de délibération sur les enjeux et de réaction des membres de l'assemblée aux propositions avancées. Le vote électronique limite l'espace de la décision à une proposition formatée et pré-établie. La démocratie en assemblée permet aux membres présents d'articuler différentes propositions, de les amender et surtout, de débattre sur chacune des questions. C'est un exercice plus laborieux, plus long, qui entraîne généralement une participation plus faible, mais c'est un mode de fonctionnement qui assure une plus grande qualité démocratique.
      Cela dit, il faudrait que les commentateurs médiatiques et une partie de la population cesse d'invectiver les étudiants sur leurs choix démocratiques. Ces commentaires partcipent de l'infantilisation généralisée qui a court depuis le début de la grève et qui ne fait que braquer les étudiants. Le choix des modalités décisionnelles se fait, pour chaque association, en assemblée générale et procède donc lui-même d'une décision et d'un débat démocratique selon les principes qui régissent toutes les associations qui ont comme instance centrale une assemblée générale. Certaines associations décident de fonctionner par référendum ou vote électronique, certaines choisissent le vote secret et d'autres le vote à main levée.

    • Sylvain Auclair - Abonné 3 mai 2012 08 h 06

      Quels étudiants? Les finissants qui ne subiront pas l'augmentation? Ceux du secondaire qui la subiront complètement? Les parents qui devront payer? Elt pourquoi pas les banquiers qui s'enrichissent sur les prêts étudiants garantis par le gouvernement?

    • Marie Bergeron - Abonnée 3 mai 2012 09 h 28

      Le Québec est pris en otage par une minorité...de gens ayant voté John James Charest. Même chose au Canada.

      La proposition du vote électronique c'est du n'importe quoi! Le vote se tient lors d'une assemblée générale où les deux côtés ont la chance d'exposer leurs points de vue aux membres et les indécis vont y puiser les informations les touchant directement, ce que les médias généraux ne peuvent faire, dans un contexte démocratique, régulé et respectueux, au contraire, souvent, des médias sociaux. Par le manque d'information qu'il suppose, le vote électronique est, selon moi, un vote nul.

      Aussi, aux élections municipales,provinciales, fédérales comme aux votes syndicales, les absents ont toujours tort.

    • Maco - Abonné 3 mai 2012 09 h 41

      Encore la solution miracle. Comme si l'informatique lave plus blanc que blanc. Un autre exemple de déconnexionnite aigus.

    • Eric Gaul - Inscrit 3 mai 2012 09 h 43

      "Prise d'otage" est une expression trop forte pour décrire ce qui se passe. Et ce ne sont pas tous les Québécois qui subissent les inconvénients de la situation actuelle, il ne faut quand même pas exagérer. Si on utilise le terme "prise d'otage" pour décrire ce qui se passe, il faudrait alors aussi mentionner que les Québécois sont aussi pris en otage par un gouvernement libéral élu par une minorité d'entre eux, car seulement 24% des électeurs ont voté pour le parti libéral aux dernières élections provinciales :

      http://profscontrelahausse.org/non-classe/lettres-

      Vivement une réforme du mode de scrutin ! Un gouvernement plus représentatif de la population aurait sûrement agi autrement dans cette crise...

    • David G - Inscrit 3 mai 2012 10 h 11

      Nous avons voté électroniquement et croyez le ou non nous sommes passé de 55% à 69%. Chose qui aurait dût être faite depuis le début aussi ... un sondage du genre être vous pour ou contre la hausse. Notre Asso a pris la peine de le faire. Le résultat ? 91 % contre la hausse.

    • Manon G - Abonnée 3 mai 2012 14 h 00

      Pas sûr. Au cégep de Joliette où je suis, nous votons toujours par voie électronique. Le vote pour la grève s'est maintenu semaine après semaine. Nous avons obtenu sensiblement les mêmes résultats que lors du premier vote en assemblée générale.

      Malgré ce qu'on leur reproche parfois, les étudiants me paraissent pas mal plus honnêtes que leurs vis-à-vis du gouvernement.

  • SPronovost - Inscrite 3 mai 2012 07 h 07

    L'exemple doit venir d'en haut?

    Les votes à l'Assemblée Nationale ne se font-ils pas à main levée? S'assure-t-on que tous les députés soient présents autrement que par leur bonne volonté? Le gouvernement a-t-il procédé à un vote secret en chambre avant de proposer leur offre aux étudiants?
    Le gouvernement fait-il preuve seulement d'écoute? Déjà, en 2010, le message était clair. Le gouvernement a décidé unilatéralement la hausse, sans ouverture à la discussion. La contestation est publique depuis 80 jours, mais la porte est fermée depuis décembre 2010.

    Ceci étant dit, les étudiants voient clair. Ils n'en ont pas que contre la hausse. Ils réclament des États généraux sur l'éducation. Ils s'insurgent contre la marchandisation de l'université et du savoir. Ils s'insurgent contre le clientélisme. Allez donc faire un tour sur les bancs d'école avant de juger. La hausse n'est pas ÉCONOMIQUE. La hausse est IDÉOLOGIQUE. Le débat est légitime. Le moratoire et une VRAIE discussion (pas seulement avec les recteurs, cette fois!) constituent la seule porte de secours à l'heure actuelle.

    • Andre_B - Inscrit 3 mai 2012 17 h 01

      La main levée
      On ne peut comoparer le vote à main levée lors des assemblées étudiantes au vote à l'assemblée nationale québecoise et française. Cette comparaison n'a pas de sens. Oui, le vote à l'assemblée nationale doit être public. Facile à comprendre car le député représente ses électeurs qui ont le droit de savoir comment leur représentant a voté. Lors des votes de grève, lors des élections,..., l'expérience montre qu'il est préférable de tenir un vote secret pour éviter les pressions indues. Plusieurs ont déjà perdu leur emploi, d'autres des contrats,..., pour ne pas avoir voté du bon bord. Est-ce nécessaire lors des votes de grève des étudiants? Oui, surtout si on veut se comparer avec les votes de grève dans le monde du travail et si on veut assurer la crédibilité du vote.

      La majorité des deux tiers

      La majorité des deux tiers ne se justifie pas pour reconsidérer un vote de grève. Dans le monde du travail, un vote de grève est toujours sujet à reconsidération à majorité simple car les gens y laissent leur paye et parce que la situation évolue constamment. Dans le cas de la grève étudiante, c'est la même chose car présentement certains risquent même de voir leur session annulée. Alors on ne peut justifier la grève actuelle par un vote pris il y a un mois, dans certains cas à main levée. Puisque le contexte n'est plus le même, le gouvernement ayant quand même fait certaines contre-propositions, il faut revoter, au vote secret, pour reconduire les mandats de grève. Autrement, la division va s'installer et le conflit se transformer en un combat entre étudiants.