Opération Gravier - Un premier grand coup

Mascouche, c'est tout le Québec, quand on voit le tableau des accusés dressé hier par l'escouade Marteau au terme de la récolte de l'opération Gravier. Enfin un grand coup, après des années de stagnation. Mais ce n'est certainement pas à la gloire du gouvernement Charest, qui serait bien fou d'y voir un prétexte pour déclencher des élections.

On ne touche pas des ingénieurs de cinq firmes, un avocat d'un grand cabinet, un collecteur de fonds lié depuis des lustres aux libéraux, d'autres qui se sont mêlés du financement de tous les partis, et un homme, Tony Accurso, dont le bateau et les affaires sont célèbres dans tout le Québec, sans que les accusations déposées hier puissent vraisemblablement se limiter à une petite ville de 45 000 personnes. Et on ne parle pas d'argent blanchi dans des paradis fiscaux pour des pratiques strictement locales!

C'est clairement un vaste système qu'on a commencé à mettre au jour hier, avec les arrestations liées à la ville de Mascouche. D'ailleurs, les salles de rédaction bruissent des rumeurs d'autres opérations policières à venir.

Les tribunaux démêleront les torts de chacun et la justesse même des accusations déposées. Mais l'existence même de stratagèmes douteux n'étonne plus personne. Qu'on en soit plutôt à réagir par un «enfin!» collectif témoigne au contraire de l'état de désagrégation civique dans lequel le Québec est tombé. Tous ces gens qui, depuis des années, se servent allègrement de l'argent public pour favoriser les contrats des uns, l'élection des autres sans que rien ne vienne déranger leurs petites affaires, profitant de l'inadmissible apathie du gouvernement Charest.

Il faut rappeler que c'est en décembre... 2007 que Le Devoir sonnait le premier l'alarme avec le dossier des compteurs d'eau à Montréal, dont le monstrueux contrat — le plus important de l'histoire de la ville — était entaché d'irrégularités, où le copinage entre firmes et leur intervention dans le processus décisionnel était patent. La ministre des Affaires municipales de l'époque, Nathalie Normandeau, avait pourtant rapidement conclu à l'absence de conflit d'intérêts, balayant du revers de la main les craintes de l'opposition municipale.

Depuis, dans plusieurs dossiers, les grands médias du Québec ont multiplié les révélations sur des liens douteux entre entrepreneurs, firmes d'ingénieurs et élus, forcément bien documentées puisque les risques de poursuite nous pendaient au bout du nez. L'opération Marteau, l'Unité permanente anticorruption, la commission Charbonneau finiront par être créées, mais il ne faut pas s'y tromper: c'est le travail d'enquête journalistique qui aura nourri le travail policier et incité des citoyens à porter plainte. N'eut été le souci constant des journalistes de dénoncer le coquin, pour reprendre la belle expression d'Henri Bourassa, bien des gens auraient continué de mener leurs magouilles à l'abri de tout souci. Tant qu'on a des billets à offrir à une ministre (tiens donc, encore Nathalie Normandeau) pour aller voir Céline Dion...

On attend donc la suite, car suite il doit impérativement y avoir. Il y a les petites villes, mais il y a aussi les grosses — Montréal, Laval — où l'on trouve bien des parts d'ombre à éclairer. Il y a surtout les liens avec Québec, maître d'oeuvre du financement des projets payants. «Personne n'est à l'abri», répétait-on hier dans les rangs gouvernementaux. De fait, il faut fouiller partout, pas seulement dans le passé, mais dans l'avenir qui, ici, s'appelle le Plan Nord, comme le rappelait hier à juste titre le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault. Non, personne n'est à l'abri... Et il serait bien imprudent pour le gouvernement de porter en étendard la belle opération Gravier qui a eu cours hier.

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6 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 18 avril 2012 08 h 05

    «Inadmissible apathie»

    «Inadmissible apathie». Ah! Mme Boileau, j'aime votre vocabulaire.

  • Ciceron Derome - Inscrit 18 avril 2012 08 h 21

    tendance partisanne

    "(...) certainement pas à la gloire du gouvernement Charest." Au contraire madame Boileau, c'est une très bonne action de ce gouvernement. Vous savez très bien que ces types d'enquête demandent énormément de temps et d'astuces d'enquêtes afin de percer le mur du silence qui entoure ces exactions. Ce gouvernement a pris la bonne décision tout en assumant l'impatience souvent teintée d'opportunisme politique des partis d'opposition. Aussi, à vous lire, il serait très intéressant de vérifier, et l'enquête serait assurément longue et difficile, l'aspect de la collusion entre vous et le PQ. À tout le moins, les apparences sont inquiétantes. Nous assistons de plus en plus à du journalisme arrimé, directement ou indirectement, à de la partisannerie.

  • Claude Kamps - Inscrit 18 avril 2012 10 h 16

    La TV, les journaux et le vote

    avaient déjà fait tout le travail, il suffisait de mettre des preuves sur des agissements connus de tous, sauf des politiciens qui y participent.
    Le marteau à été tout simplement manié par «Le Devoir» et «Radio Canada», cette organisme policier, s'en pète les bretelles mais n'a rien vu de plus à dénoncer, pour ne pas nuire au prochaine élection.

    Le pire ce sont les gens qui pensent que cela s'arrête au municipal, par soucis de ne pas obscurcir leur vision idéaliste du PLQ, encouragés par les conclusions impossibles à croire de la commission Bastarache...
    Il est urgent que les gens, surtout les jeunes aillent voter pour au moins défaire ce parti qui est depuis trop longtemps une nuisance pour le Québec et pas rien que pour le PQ... On commence il y a un siècle avec le Mont Orford qui est toujours pas réglé, comme les 40 milliards de la caisse de nos pensions qui était pas connu avant mais juste après les élection, pour finir avec plus de 50% des compagnies qui vont aller au Grand Nord qui sont des donateurs notoires du PLQ...

  • Bernard Gervais - Inscrit 18 avril 2012 10 h 29

    Bon éditorial

    Très bon éditorial, Mme Boileau.

    Et vous faites bien de rappeler que le gouvernement Charest a longtemps préféré et ce, malgré les questions de l'opposition sur le sujet, ignorer les magouilles auxquelles se livraient des gens dans bien des municipalités avec l'argent public.

    Mais, d'ailleurs, comment expliquer un telle apathie des libéraux ? On comprend pourquoi grâce à tout ce que les médias nous ont appris concernant le financement de leur parti.

    Qu'on songe ici, par exemple, au tout récent reportage de l'émission ENQUÊTE (télé de Radio-Canada) portant, entre autres, sur les cocktails organisés par des firmes pour l'ex-ministre N. Normandeau afin de financer le PLQ et, du même coup, obtenir de son ministère d'importants contrats.... !

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 18 avril 2012 10 h 52

    Madame Normandeau avait raison.

    Il n'y avait aucun conflit d'intérêt et de lien douteux entre les entrepreneurs, les firmes d'ingénieurs et les élus, ce n'était qu'une saine créativité dans la gestion des projets publiques; et tant qu'aux billets pour aller voir Céline Dion, Madame Normandeau avait tout de même le droit d'avoir des amis personnels tout comme Monsieur Sabia, président de la Caisse de dépôt et placement du Québec et tout comme Lucien Bouchard.

    Jean Chrétien lui, avait l'excuse de faire partie de la famille sagardienne après tout comme il l'avait dit: "un père a le droit de bien marier sa fille".

    Ils ont peut-être amener leurs sandwiches tout comme le ministre fédéral, Monsieur Christian Paradis lors de sa partie de chasse avec Monsieur Marcel Aubut.

    Monsieur Charest avait raison, on essaie de salir la classe politique, la commission d'enquête qu'il a accepté de constituer contre son gré était inutile. Mais pourquoi s'est-il privé d'une telle créativité au départ hâtif de Madame Normandeau?

    Vivement des élections.