Francisation - Quelle efficacité?

Faut-il blâmer le gouvernement lorsqu'il fait respecter une clause de la convention collective d'un syndicat de la fonction publique? C'est la curieuse question à se poser lorsqu'on apprend que, depuis janvier, mettant fin à une pratique qui avait cours depuis 2003, le ministère québécois de l'Immigration et des Communautés culturelles (MICC) fait en sorte qu'un nouvel arrivant ne puisse plus participer à un cours de francisation à temps partiel commencé depuis plus de sept jours. Qu'il attende la cohorte suivante, qui viendra dans quelques mois!

C'est ce que dit la convention du Syndicat des professeurs de l'État du Québec. Et en termes pédagogiques, cela a du sens, limitant le va-et-vient dans la classe et la nécessité, pour le professeur comme pour l'ensemble du groupe, de s'adapter au nouvel arrivant. Mais que fait-on du contexte?

Dans la vraie vie, l'immigrant débarque à Montréal et s'y installera. Il irait tout de go à Québec ou à Trois-Rivières que, déjà, le tableau serait différent. Mais à Montréal, c'est la confusion qui l'attend: dans cette ville dite francophone, on peut très bien ne vivre qu'en anglais. Apprendre l'anglais augmente même ses chances de trouver un emploi — la preuve: le gouvernement est prêt à payer cette formation! Parallèlement, les cours de français sont... facultatifs.

Pour rendre la situation encore plus déroutante, la ministre de l'Immigration, Kathleen Weil, annonçait il y a quelques jours que, dorénavant, ce sont les organismes communautaires plutôt que le MICC qui accueilleront les nouveaux venus. Ces séances pourront avoir lieu en français, en anglais ou en espagnol plutôt qu'en français d'abord, comme le faisait l'État. C'est une question d'efficacité, plaide le gouvernement: comme les organismes communautaires donnent les services de première ligne aux immigrants, ils sont les mieux placés pour ce premier contact.

Ah, l'efficacité! Administrative, pédagogique, économique... On y revient toujours. Mais l'efficacité sociale, qui a à coeur l'inscription symbolique du nouveau Québécois, dès son arrivée, dans un espace francophone, a-t-elle sa place quelque part?

Ainsi de cette implacable règle des sept jours pour s'inscrire à un cours de français: elle a été souvent contournée depuis 2003, mais bien des responsables de francisation ne s'en formalisaient pas, au contraire. Ils étaient conscients que, dans ce Montréal qui s'anglicise en douce, toute envie d'apprendre le français doit être saisie au vol plutôt que de prendre le risque, réel, qu'un immigrant n'y revienne pas. Pourquoi alors ce mot d'ordre soudain, de la part du MICC, de resserrer systématiquement la règle, d'uniformiser l'application de la convention?

Pourtant, s'il y a un secteur où il faut sortir des normes, c'est bien quand il s'agit de l'intégration des nouveaux arrivants à ce curieux endroit en Amérique qui s'appelle le Québec. Faire preuve «de la plus grande souplesse et créativité possible» quand «ça ne "fitte" pas dans la petite case», pour parler comme une ex-vice-première ministre, ça ne devrait pas servir que pour accorder de drôles de subventions...

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