F-35 - Ils mentent

Les conservateurs auront beau tourner leurs explications dans tous les sens, ils ont caché la vérité aux Canadiens dans le dossier des F-35. Et cacher la vérité, sciemment, en se moquant en plus de ceux qui les questionnaient, cela s'appelle mentir.

Si le ministre de la Défense Peter MacKay pense s'en tirer parce qu'il a admis qu'il savait depuis deux ans que les avions de chasse F-35 allaient coûter plus cher que prévu, mais que son silence s'explique par un jeu comptable dont les règles viennent de changer, il se trompe. Car il nous trompe.

Il faut absolument, dans cette histoire, remonter en mars 2011, quand le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, avait fait voir, dans un rapport détaillé de près de 70 pages, toute l'improvisation qui entourait le projet d'achat des F-35. Le gouvernement avait refusé de collaborer à l'exercice, mais M. Page avait pu déterminer, par une analyse rigoureuse, que les avions coûteraient deux fois plus cher que prévu.

La réaction gouvernementale avait été vindicative, les conservateurs s'accrochant farouchement à leur évaluation. Le ministre MacKay affirmait même: «Je ne sais pas d'où viennent tous les chiffres qui circulent, mais nos meilleures estimations parlent de 70 à 75 millions par avion», pour un total de 15 milliards. (Le vrai coût d'achat est plutôt de l'ordre de 25 milliards, nous a dit le vérificateur général la semaine dernière, très près du total de 29 milliards auquel arrivait le directeur du budget.)

Stephen Harper, lui, avait ignoré M. Page, affirmant ne pas avoir envie d'embarquer «dans une longue guerre de chiffres». Ce qui n'avait pas empêché le ministère de la Défense, quelques jours plus tard, de publier un tableau comparatif sommaire qui plantait allègrement les estimations du directeur, l'accusant de manquer de preuves, de faire des erreurs de calcul, de ne pas fournir des données complètes! Du grand grotesque.

L'équipe de M. Page s'était donc défendue dans un nouveau rapport qui démontrait par A + B que le ministère de la Défense sous-estimait de manière incompréhensible les coûts de l'appareil. Et pas parce qu'on avait omis de compter le prix de l'essence et les salaires des pilotes (explication maintenant donnée par le ministre MacKay), mais parce que le coût d'acquisition de base de l'appareil posait en soi problème — à quoi s'ajoutait ensuite une mauvaise évaluation des frais d'entretien. Les 75 millions du gouvernement n'avaient qu'une source, le fabricant du F-35, Lockheed Martin. Il «ne reflète aucun autre chiffre publié par un organisme public», lit-on dans ce deuxième rapport, qui cite par ailleurs des documents évoquant plutôt des coûts de l'ordre de 133 millions à 151 millions $US par appareil.

Le gouvernement n'a eu que dédain pour cette démonstration, que mépris pour l'opposition qui réclamait la transparence. Et jamais alors n'a-t-il même évoqué les coûts d'entretien derrière lesquels M. MacKay se retranche depuis le rapport du vérificateur général Michael Ferguson.

Le gouvernement conservateur ne peut toutefois pas envoyer promener le v.g. comme il l'a fait de M. Page. Il cherche donc à tourner la page en racontant n'importe quoi, présentant même comme nouveauté comptable ce qui fait partie depuis des années des règles du Conseil du Trésor.

Tant d'hypocrisie et d'incompétence appellent la démission de M. MacKay. Mais il n'est que le pantin du premier ministre dans ce dossier, lui qui tient au F-35 parce qu'il répond le mieux à ses ambitions guerrières internationales. Hélas, notre système ne prévoit rien pour démettre un premier ministre. Même quand il ment, et s'en moque.
 
8 commentaires
  • Loraine King - Inscrite 11 avril 2012 04 h 47

    Notre système

    Notre système permet de défaire un premier ministre, qu'on pense à Margaret Thatcher qui avait perdu son poste parce qu'elle avait perdu l'appui des députés de son parti. Un tel geste avait été considéré au Canada en 1995, comme l'avait expliqué Preston Manning dans un documentaire sur le référendum. Advenant une victoire du OUI, il y aurait eu un vote pour retirer la confiance de la chambre au député de Saint-Maurice.

    Mais je ne crois pas qu'on verra un tel geste se produire dans ce cas; après tout les électeurs savaient fort bien qu'on leur mentait et cela n'a pas suffit à changer le vote d'un grand nombre d'électeurs. Je ne vois pas pourquoi les députés conservateurs s'en prendraient à leur chef ayant été élus par des électeurs qui appuient le mensonge et le gaspillage de fonds publics.

    • Sylvain Auclair - Abonné 11 avril 2012 10 h 19

      Enfin quelqu'un qui connaît notre système! Je suis tanné de lire les louanges du système étatsuniens et de la possibilité de destituer le président (ce qui n'est JAMAIS arrivé en près de 250 ans).

  • François Dugal - Inscrit 11 avril 2012 07 h 57

    A lie/Un mensonge

    A lie is a sin/Un mensonge est un péché.

  • Michel Simard - Inscrit 11 avril 2012 08 h 32

    Tout à fait le résultat d'électeurs inconséquents

    Je suis tout à fait d'accord avec Lorraine King. Nous avons des politiques menteurs, corrompus et cyniques parce que trop d'électeurs ne font pas leur devoir en toute rationalité. Trop d'électeurs réélisent des gens qui leur mentent, détournent et gaspillent les fonds publics et ne règlent aucun des poblèmes ni ne comble aucun des besoins de la population, que ce soit à Ottawa, à Québec ou à Montréal. Nous n'avons que la médiocratie que nous méritons. Et pour les paresseux de l'esprit qui prônent l'absention, voilà où mène l'abstention et la paresse intellectuelle. Oh, mais je ne peux plus vous parler, il y a Star Académie à la télé.

  • homocalculus - Inscrit 11 avril 2012 11 h 25

    F-35 du Gouv, Harper,,,

    En lisant les commentaires divers sur ce dossier, force est de constater que ce gouvernement est truffé de...menteurs, que nous avons...élus à...39% au Québec, signe que nous n'en voulions pas !
    Chaque fois que le Politique se mêle d'achats, c'est la pagaille car, primo, ils ne connaissent rien là-dedans et secundo, les pontifes de l'armée en profitent pour leur donner des informations cachées pour eux-mêmes satisfaire leurs desseins... car ils savent très bien l'ignorance des politiciens.
    Alors, Baptiste le Payeur se fait avoir. Pourquoi n'avoir pas consulté l'ACGA (L'Ass'n can. de gestion des approvisionnements) formée de professionnels de ce domaine pour "faire les choses selon les règles de l'art" ? Cela aurait sans doute enlevé du "pouvoir" aux politiciens qui ont maintenant peur de "perdre la face" car leurs manigances a été découvertes.
    À quand les prochaines élections fédérales (et provinciales) ? On est fatigués de se faire f...... de tous côtés!
    On a le gouvernement qu'on mérite (pas au Québec...).
    Amen
    HOMOCALCULUS
    maurice.bernard@videotron.ca

  • Roland Berger - Inscrit 11 avril 2012 12 h 27

    Les scandales banalisés

    Il y a quelques décennies, un mensonge de la taille de celui de McKay aurait fait scandale. Mais il y en a eu tellement que les citoyens en sont arrivés à penser qu'un peu moins de scandales constitue un réel progrès. Et ceux et celles qui osent encore crier au scandale sont vite ridiculisés.
    Roland Berger