Grève étudiante - Les nombrils

Dans cette grève qui s'étire en longueur sans pourtant ébranler les croyances gouvernementales, l'attention se tourne vers une poignée d'injonctions de bien petit calibre à côté de la hauteur du débat social lancé par les étudiants. Sus à l'anecdotique, retour à l'essentiel.

Après un mouvement de solidarité sans pareil qui a permis à des grands-parents de fouler la rue avec leurs petits-enfants, à des étudiants en médecine d'appuyer leurs collègues de philo, les nombrils en ont eu assez. Marre d'un discours à saveur de justice sociale déclassant les intérêts particuliers. Assez de revendications politiques destinées aux bacheliers du futur. Et moi, et moi, et moi?

Alma, Rimouski, Montréal, Québec: toutes furent cette semaine le théâtre d'injonctions ou de mises en demeure ne touchant que l'accessoire, pas le coeur, de cette grève, dont le tournant est imminent. À quelques jours d'une date-butoir symbolique au-delà de laquelle la suite des choses sera chaotique et coûteuse, la panique s'installe. Le recours au parquet en signe d'autodéfense (ou autopromotion, c'est selon) en est le signe. Il illustre aussi une certaine indifférence au discours des grévistes, qui sont toujours près de 200 000...

Dans l'antichambre juridique, voilà où a mené le refus de discuter du gouvernement, lui qui d'ailleurs s'abrite toujours derrière une fausse ouverture en répétant qu'il est prêt à causer, mais une fois de plus, avec un ordre du jour préétabli. Le dialogue dirigé ne convient guère aux étudiants et la répétition d'un scénario méprisant ne fait que cristalliser leur position.

Ces injonctions des derniers jours ne sont que diversion. Elles ont presque toutes une couleur différente: au collège d'Alma, c'était pour contester des irrégularités dans la tenue d'un vote étudiant, sur une base tout à fait justifiée. À l'UQAM, c'est de l'université qu'est venue l'injonction — on peut comprendre que la tension monte, mais cela n'explique pas que l'université pousse son parti-pris au conflit jusqu'à faire la valse des tribunaux! À l'Université Laval, c'était pour permettre à un étudiant inscrit à un cours d'anthropologie de la violence et des conflits (ça ne s'invente pas!) de ne pas risquer de perdre ce cours et par ricochet manquer son travail d'été indispensable pour... payer ses droits de scolarité l'année prochaine.

La quadrature du cercle est ici atteinte. Un étudiant s'affichant ouvertement contre la hausse, solidaire du mouvement de grève de ses collègues, prend tout de même la route des tribunaux pour avoir libre accès à sa classe. L'individu fait valoir sa cause — et gagne! — tout en applaudissant la lutte collective. Il a le «droit», comme le veut un adage à la mode chez une jeunesse qui en abuse, mais en plaçant côte à côte, comme s'ils se valaient l'un l'autre, son propre intérêt et celui d'une génération, ne fait-il pas fi du principe de solidarité et, au passage, des principes de la démocratie? Les nombrils s'agitent, mais ils ne peuvent pas outrepasser tout un corps étudiant.

Quels sont les dangers de ce passage à vide? Un lecteur fait ci-contre l'énumération des dérives possibles: délégitimation de la grève, cassure du mouvement de solidarité, victoire du fonctionnement du «système» et repli des valeurs qu'on rêverait pour lui. Sans compter le détournement de débat, car c'est à cela qu'on pourra conclure si d'aventure le mouvement enclenché dans une vague de solidarité se terminait bêtement et platement, dans une finale en queue de poisson, au palais de justice.
97 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 5 avril 2012 07 h 02

    La réalité

    - Il ne s'agit pas d'une grève
    - Il ne s'agît pas de "tout un corps étudiant".
    - Il ne s'agit pas de démocratie.

    - La réalité: Un certain nombre de leaders étudiants, subventionnés pour mener la marche, décident d'inviter leurs confrèrs à ne plus aller en classe. Moins de la moitié des étudiants suivent et ne vont plus en classe. Une autre partie des manifestants est composée d'étudiants du secondaire et du Cegep qui n'ont aucun frais de scolarité à payer.

    - On a le droit de manifester. On a le droit de trouver que la vie coûte cher; mais n'essayez pas, comme le prônent certains manifestants de ne pas payer vos taxes ou vos impôts. C'est aussi celà la solidarité. Faire sa part.

    -Une grève, ne peut résulter que d'une difficulté à arriver à une entente, entre employés et employeurs, suite à des négociations sérieuses et soutenues. Manifester son désire de ne pas payer sa cote part et abandonner ses cours, ce ne peut pas s'appeler une grève.

    • J Mill - Abonnée 5 avril 2012 09 h 23

      Peu d'arguments, beaucoup de préjugés sous couvert de "réalités".

    • Dominique Garand - Abonné 5 avril 2012 09 h 28

      Arrêtez de jouer sur le mots pour consacrer votre immobilisme, Monsieur Paquet. Grève ou boycott, ce mouvement est un vaste NON à l'entreprise gouvernementale. Et cela dépasse largement la question des frais de scolarité. Si vous ne l'avez pas encore remarqué, je vous le dis : ce mouvement est la saine manifestation d'un ras-de-bol devant le néant spirituel et la corruption morale du monde politique. Il s'agit d'une saine réaction contre l'idéologie du profit (rien à voir avec une vraie pensée économique), la marchandisation du savoir, l'assujettissement des esprits à un modèle de gestion à la pièce qui finit par abêtir tout le monde. Ce mouvement est un réveil, un appel au Sens dans un univers politique marqué par le nihilisme. Les étudiants ne luttent pas pour leur portefeuille ou un verre de sangria, ils luttent pour la vie de l'esprit.

    • Julien Pouliot - Inscrit 5 avril 2012 21 h 07

      J'espère que vous réalisez l'absurdité de vos propos quand vous dîtes : "Une autre partie des manifestants est composée d'étudiants du secondaire et du Cegep qui n'ont aucun frais de scolarité à payer."

      La plupart des étudiants au baccalauréat ne seront pas complètement touché par cette hausse. On peut donc conclure que les universitaires ne manifestent pas vraiment pour eux, mais bien justement pour ces jeunes qui seront entièrement touché par la hausse.

    • Guillaume Girard - Inscrit 6 avril 2012 04 h 29

      Quand la bêtise nous tient ou l'art de dire n'importe quoi Monsieur Paquet!

    • Francis Pelletier - Inscrit 7 avril 2012 15 h 00

      L'existence du principe de grève précède le code du travail, sans compter que des droits à la grève le précédait aussi. Si elle a réellement émergé dans le contexte industriel du 19ième siècle, la grève a aussi été pratiquée en fonction de contestations sociales plus éloignées du monde du travail, ce qui la fît reconnaitre comme un outil de la vie démocratique moderne. On ne sera donc pas étonné d'entendre parler de "grève de la faim", même lorsqu'aucun employeur ni travailleur n'est impliqué. Il est par conséquent particulièrement malhabille d'essayer de couler la notion de grève dans le béton, comme s'il s'agissait d'un terme monopolisé par un texte de loi. Dans le cadre d'un débat politique, le jargon légal est bien mal adapté. Alors est il important de connaître la loi, mais encore plus de connaître son histoire.

    • Renée Taillon - Inscrite 7 avril 2012 19 h 59

      La réalité???

      - La décision de partir en grève se prend dans chacune des associations étudiantes collégiales, universitaires ou départementales. Quand la décision d'aller en grève est prise, TOUS les étudiant-e-s ne vont plus en classe. Ce sont principalement ces étudiant-e-s du secondaire et du cégep qui auront à payer des frais de scolarité plus élevés si le gouvernement s'entête à faire la sourde oreille, il est normal qu'ils soient dans la rue.

      - Les étudiant-e-s n'ont JAMAIS proposé de hausser les taxes et les impôts, ce sont le gouvernement et les médias qui veulent le faire croire à la population. Nous proposons de faire le ménage dans les dépenses des universités, ce qui rendrait inutile la hausse des frais de scolarité. Advenant qu'elles soient réellement sous-financées, nous proposons de revoir le système d'impôts pour qu'il aie 10 paliers au lieu de trois, ce qui permettrait d'augmenter les revenus de l'État, tout en diminuant les impôts de la majorité de la population. On parle de justice sociale ici.

      -Une grève est l'arrêt d'une activité pour revendiquer. Ce que les étudiant-e-s font actuellement. Quant aux négociations, il n'y en a jamais eu. Le gouvernement a convié les associations étudiantes nationales à une rencontre, où elles pouvaient CONSTATER la hausse et discuter de ses modalités. Uniquement. Depuis le début de la grève, les étudiant-e-s veulent refaire cette rencontre, pour discuter réellement du financement universitaire, ce qui permettrait d'annuler la hausse et de ne pas s'embourber dans une pseudo-solution de bonification des prêts et de RPR.

      Et juste au cas, nous la ferons notre juste part. Quand nos études nous auront permis de nous trouver un emploi, pas avant. C'est une question d'accessibilité. Ça s'appelle l'impôt sur le revenu. Et on l'a déjà. Mais il faudrait l'améliorer. Le gouvernement Charest accorde des baisses d'impôt aux riches et aux entreprises et, ensuite, il n

    • Vincent Collard - Inscrit 11 avril 2012 12 h 55

      • Il s'agit bel et bien d'une grève, quoi qu'en disent les sophistes qui prétendent nous «gouverner».

      • Il s'agit d'une vaste majorité d'étudiants ET d'une partie importante de la population solidaire avec eux.

      • Il s'agit d'un exemple de démocratie bien plus éloquent que les campagnes électorales où on ne fait que soigner l'image des candidats et répéter des slogans, et après lesquelles les élus font bien ce qu'ils veulent, sans égard au mandat que leur a donné la population. Depuis le début de ce mouvement, il y a eu de véritables débats. C'est ça, la vraie démocratie.

    • Emile Essent - Inscrit 13 avril 2012 09 h 05

      Quand des lecteurs du Devoir reprennent la propagande Charest-Beauchamp il faut bien avouer qu'elle n'est pas sans effet, la propagande.

      Rappelons-en quand-même la visée : planter le doute dans la légitimité de l'appellation ("grève"), diviser les étudiants et miner leurs soutiens. Méprisable tactique, mais malheureusement efficace comme en témoigne le triste commentaire de Georges Paquet.

    • Elisabeth Doyon - Inscrite 17 avril 2012 10 h 29


      Je vous suggère à tous un livre très amusant et utile. Normand Baillargeon "petit cours d'autodéfense intellectuelle"
      trop de gens font des erreurs de logique formelle….
      ... c'est NORMAL que de faire ce genre d'erreur, à moins d'avoir travaillé quand même assez fort à le prévenir. Ça peut sembler bizarre à certains, mais la raison ça ne vient pas tout seul.
      C'est ce qui explique aussi que les arguments boboches des Martineau, Gendron, etc.. soient adoptés par la population. C'est ce qui explique aussi que les relations publiques, le discours politique, la pub, ça marche.... Les politiciens, PR, et attachés de presses eux ont fait leurs cours... dans une version offensive.

      Toutes les réponses furieuses pour vous ‘corriger’ sont un symptôme, vous ne vous trompez pas parce que ce que vous dites est nécessairement faux, vous vous trompez parce que le lien entre vos arguments et vos conclusions est défaillant. Aussi parce que vous manquez de connaissances pour donnez des cours de ‘démocratie’ ou de vocabulaire...
      La définition des mots ne se fait pas par le code de la loi, il se fait par le dictionnaire, qui est supposément le reflet d'un consensus populaire : les moeurs d'usages. Bref, c'est une grève parce que qu'on appelle ça une grève. Les lois utilisent aussi des mots pour fonctionner, mais il ne faut pas confondre lequel vient avant et après. Si 'grève étudiante' n'entre pas dans le code de loi à cause de modalité de définition juridique, il ne faut pas changer les moeurs, il faut changer le code et ces définitions juridiques.

      Ainsi, une grève de la faim n'est pas synonyme d'anorexie si on ne veut pas admettre les réclamations de celui qui la fait. La moindre des choses est d'attaquer les raisons, les arguments qui l'amènent à faire cette grève de la faim. Non pas à changer le nom de l'action pour pouvoir dire : 'Ce n’est pas ma faute, pas mon problème'


      Il existe vraiment un discours logique en faveur d

  • michel lebel - Inscrit 5 avril 2012 07 h 03

    La solution démocratique

    Soyons sérieux! Ce conflit ne se réglera pas au Palais de justice ni dans la rue! La situation n'est pas non plus comparable à Mai 68 au au printemps arabe. Gardons le sens de la mesure!

    C'est un conflit de nature politique, les parties impliquées ne s'entendant pas sur la notion d'intérêt général ou du bien commun. Mais à ce que je sache, dans une démocratie, et le Québec est une démocratie, faut-il le rappeler, c'est le gouvernement élu qui a la responsabilité ultime de cet intérêt général. Et au bout du compte, les actions d'un gouvernement sont jugées lors d'élections. C'est l'issue normale, légitime et légale de ce conflit.


    Michel Lebel

    • Dominique Garand - Abonné 5 avril 2012 09 h 18

      Non, Monsieur Lebel. Nous avons la responsabilité de voir à ce que le gouvernement respecte la démocratie. Sinon, le geste démocratique n'aurait lieu qu'au moment des élections et, le reste du temps, nous serions sous la dictature. La démocratie se vit au quotidien. Certes, le gouvernement a été élu pour exercer un pouvoir et dans certains cas, il ne fait que réaliser ce qu'il a annoncé. Mais aucun contrat n'a été pris entre les électeurs et le gouvernement pour que se réalise son programme de hausser les frais de scolarité.

    • Michel Leclaire - Inscrit 5 avril 2012 09 h 38

      Voter aux 5 ans et ne plus avoir voie au chapitre n'est pas ce que l'on appelle la démocratie; surtout si celui qui a le pouvoir n'a pas été élu par une majorité des voix du pays!

      Je vous réfère à Athènes et à son Agora. De plus, repensez aux paroles de Léo Ferré: "Ne votez pas".

      Michel Leclaire, B.A. ès économie, LL.L., ex-chargé de cours à l'U de M

    • Gilles Théberge - Abonné 5 avril 2012 12 h 16

      Monsieur Lebel parle de démocratie. Il définit ainsi les choses : Le gouvernement gouverne et le peuple obéit... Mais qu'est-ce vraiment que la démocratie ?

      Là-dessus tous ne s'entendent pas. Ainsi (feu hélas) Jose Saramago sest exprimé : http://www.monde-diplomatique.fr/2004/08/SARAMAGO/

    • Sanzalure - Inscrit 5 avril 2012 12 h 43

      Vous êtes dans le champ, Monsieur Lebel, la démocratie, c'est quand la population a le dernier mot.

      Ici, les élections sont truquées et le gouvernement se fout éperdument de l'intérêt général.

      Ça ne se règlera pas par des élections, ça va se régler par le renversement de l'ordre établi.

      Sege Grenier

    • Guillaume Girard - Inscrit 6 avril 2012 04 h 56

      La seule vraie démocratie est la voix du peuple, mais un peuple éclairé des tenants et aboutissants; un peuple informé clairement, et sans fausses relations; un peuple qui qui peut dire non aux ignominies de gouvernants, et de corporations qui manipulent l'information dans le but de maintenir leurs privilèges du pouvoir, et de l'argent. Car la vraie démocratie s'exerce pour le peuple, et par le peuple, sans corruption des élites et des fonctionnaires, sans corruption des pouvoirs par le nombrilisme et l'appât du gain! Le reste n'est que succédané de démocratie; un simulacre de pouvoir du peuple, et du bien commun. Non, la démocratie ne s'exerce pas aux cinq ans, c'est un devoir de tous les instants de la protéger!

    • meme40 - Inscrite 6 avril 2012 07 h 47

      C'est attendrissant la naïveté.Mais que vous souligniez que le gouvernement doit tenir compte de l'intérêt général...est un début de réflexion..mais c'est à votre député qu'il faudrait écrire.

    • Jean_Yves - Abonné 6 avril 2012 08 h 35

      @ Dominique Garand, revenez sur terre, il y a belle lurette que la marchandisation du savoir se fait. Que pensez vous que font les profs le l'université de Sherbrooke qui ont vu leur plan de grève perturbé par les présents boycottes?

      Vous appelez ça comment sinon que de la marchandisation?

      La dynamique du «savoir a vendre» est fort bien implanté partout dans notre système d'éducation qui en est un des plus dispendieux au monde, le deuxième derrière les ÉU. Et la grande majorité des gens qui sortent avec un diplôme de ces institutions entendent bien avoir un gros retour monétaire sur leur passage universitaire.

    • Renée Taillon - Inscrite 7 avril 2012 20 h 05

      La démocratie, c'est de participer au développement de la société en tant que citoyens et citoyennes. Pas d'y participer aux 4-5 ans, en se fiant à des débats dignes de loft story où les insultes ont plus de place que les arguments réfléchis et où l'honnêteté est une denrée rare. Et surtout pas de se taire et de courber l'échine pendant 4-5 ans moins 1 jour.

    • Anne-Sophie Alain - Inscrit 10 avril 2012 03 h 56

      voter aux cinq ans ne fait pas plus de vous un citoyen, et ne fait pas plus de votre société une société démocratique, qu'aller à la messe aux cinq ans ne fait de vous un chrétien.

  • jeanduc - Inscrit 5 avril 2012 07 h 21

    Les vraies raisons?

    Que veut-on imprimer dans la tête de notre jeunesse en voie de devenir l'élite professionnelle et financière de notre société. Que nous dirait un sociologue de ce conflit qui est une pure fabrication de Jean Charest. Quelles sont les intentions cachées de celui qui est l'ennemie jurée du séparatisme? Si j'étais de cette nouvelle génération je me dirais que les baby boomers veulent nous habituer dès maintenant à payer la facture des programmes et des services que nous n'aurons pas les moyens de nous payer parce que nos taxes et impôts serviront à leur payer les services de santé et les pensions qu'ils se sont votés. N'est-ce pas une bonne stratégie afin de déchirer le tissu social afin d'affaiblir l'ennemie?

    • Richard Fradette - Abonné 5 avril 2012 11 h 02

      Dans la logique économique, l'éducation est importante pour que la jeunesse soit plus productive jusqu'à la retraite. Mais, il faut aussi que la jeunesse entre sur le marché du travail plus tôt d'où la hausse de tarification scolaire. Il faudra aussi retarder la retraite et fragmenter les emplois à temps plein en plusieurs jobs à temps partiels. Ensuite, réduisons les salaires pour augmenter la durée de la semaine de travail, puis créons de la précarité d'emploi. Allons vite en affaire pour en profiter avant que les vrais problèmes écologiques apparaissent. Ce ne devrait pas être la logique derrière les programmes politiques des principaux partis. Il y a un fossé qui se creuse entre ce que les politiciens font et ce que la population demande d'où la perte de vitalité de la démocratie. C'est triste mais j'ai confiance que l'éducation va aider : avec la réforme, on a bien formé les jeunes au dialogue parmi les compétences transversales !

  • François St-Pierre - Abonné 5 avril 2012 07 h 23

    Nombrilisme ou simple courage de se faire entendre?

    Oui, le débat autour du mouvement étudiant est maintenant devant les tribunaux. Ce dont on doit se réjouir. L’accès aux tribunaux est fondamental dans une société évoluée. Et droits il y a. Reconnaissons au départ que ce mouvement n’est pas une grève au sens juridique du terme : ce n’est pas une cessation concertée de travail par un groupe de salariés. Ce serait plutôt un boycottage, encore qu’un vrai boycottage impliquerait que les contestataires boudent les institutions québécoises pour s’inscrire à des institutions étrangères.

    Dès lors, même si une association étudiante vote en faveur d’un refus de se présenter aux cours, cette décision n’a aucun effet contraignant sur les membres. C’est comme si on les invitait à ne plus consommer telle boisson gazeuse ou fréquenter telle chaîne de marchés d’alimentation : ils demeurent libres de faire à leur guise. À défaut d’une obligation clairement édictée dans les statuts de l’association, dont la validité pourrait du reste être contestée, tout membre demeure libre de se présenter aux cours et a droit de recevoir un enseignement que l’institution est contrainte de lui donner. Si, par un comportement potentiellement contraire au Code criminel, quelqu’un cherche à lui faire obstacle, ce membre peut s’adresser aux tribunaux pour faire reconnaître ce droit.

    • Roland Berger - Inscrit 5 avril 2012 12 h 39

      « L’accès aux tribunaux est fondamental dans une société évoluée », écrivez-vous. Le problème est que les tribinaux du Québec penchent de plus en plus du même côté que la Cour suprême du Canada : Elles font primer les droits individuels sur les droits collectifs, dans la lignée de l'idéologie de Pierre Elliot Trudau.
      Roland Berger

    • Normand M. Bengle - Abonné 5 avril 2012 15 h 35

      Dans le récit de notre ami François, tout en employant un langage juridique, le mouvement étudiant est caricaturé quant à la portée de ses droits et l’étudiant-plaignant semble porter l’auréole de la victime sauvée (par un tribunal), des vilains qui le privent de sa liberté. On se croirait au théâtre. On est pourtant au tribunal.
      En me remémorant les paroles d’un de mes professeurs en droit du travail à l’Université de Montréal, à la fin des années 60, m’est revenu à l’esprit deux nuances importantes sur le droit et la justice: 1er — le droit n’est pas neutre et il regarde toujours en arrière. Ce qui le fait évoluer, c’est souvent le mouvement social, et cela malgré certains droits individuels. 2e — un juge ne rend pas nécessairement justice, il tranche un litige sans nécessairement se prononcer sur le fond.
      S’adresser à un tribunal, c’est un droit, mais ce n’est pas non plus sans conséquence, et surtout, ce n’est pas toujours le meilleur moyen de poursuivre un dialogue constructif.

    • Guillaume Girard - Inscrit 6 avril 2012 05 h 53

      « Nouvelle » définition de l'étudiant: travailleur fournissant un travail intellectuel, tel que décrit par la Charte de Grenoble, dont la rémunération pouvant être nulle ou non, dans le but de former sa pensée, ses aptitudes, ses apprentissages, et en ce sens, il est tout à fait légitime qu'il est droit d'association, et qu'il puisse exercer ce droit sous forme de grève. Donc même juridiquement parlant le terme grève peut s'appliquer aux grévistes étudiant(e)s. C.Q.F.D.

      D'autre part, « L'Assocation des juristes progressistes souligne que l'exercice du droit de grève dans le monde du travail a longtemps préexisté à son inscription dans les lois, que les grèves étudiantes sont depuis longtemps des moteurs de changement social (par exemple, la fondation de l'Université du Québec à Montréal), et qu'il serait par conséquent incohérent de distinguer les grèves étudiantes des grêves ouvrières. Au sujet de la dénomination « boycott » recommandée par les rectorats et Line Beauchamp, en lieu et place de « grève », l'AJP explique que ce terme s'appliquerait si, par exemple, les étudiants choisissaient collectivement d'être « clients » d'une autre institution d'enseignement que l'Université McGill, par exemple, mais qu'elle ne saurait s'appliquer quand les buts de la mobilisation dépassant la simple consommation d'un service. Le mot d'ordre de Line Beauchamp, selon l'AJP et d'autres critiques, pourrait constituer de la discrimination basée sur les convictions politiques, qui devrait être combattue au même titre que la discrimination pour motifs religieux. L'AJP précise que « la Loi sur l’accréditation et le financement des associations d’élèves et d’étudiants, (L.R.Q., chapitre A-3.01) promulguée en 1983 à la suite d’une grève étudiante, fut calquée à plusieurs égards sur le Code du travail », que ces associations ont pour mandat d'être représentantes uniques des étudiants, et que la répression juridiqu

    • Guillaume Girard - Inscrit 6 avril 2012 08 h 27

      Merci de corriger cette ligne à ma réponse (mot entre guillemets):

      il est tout à fait légitime qu'il ''ait'' droit d'association

    • Guillaume Girard - Inscrit 6 avril 2012 08 h 33

      (suite) et que la répression juridique de la grève étudiante par le Gouvernement Charest est contraire à la Charte canadienne des droits et libertés ainsi qu'à la Charte des droits et libertés de la personne sur les plans des libertés d'expression et d'association.

      http://fr.wikipedia.org/wiki/Gr%C3%A8ve_|#

  • Catherine Paquet - Abonnée 5 avril 2012 07 h 33

    Un oubli?

    Mme Chouinard, vous avez oublié de souligner que le PQ et Pauline Marois, pas plus que François Legault et sa coaliion ne sont en faveur du gel et surtout pas de l'abolition des frais de scolarité. L'ensemble des députés de l'Assemblée nationale ne constitue-t-il pas une manifestation de la démocratie?

    • Gilles Théberge - Abonné 5 avril 2012 13 h 42

      Monsieur Paquet vous oubliez une chose importante. Il n'y a pas eu de vote à l'Assemblée Nationale pour soutenir la position du Gouvernement Charest.

      Ce que pense Legault ne me dérange pas mais quoiqu'il en soit votre avis sur les positions respectives de la CAQ et du Parti québécois sont largement spéculation et improvisation. Quelle sont précisément les positions des autres partis ?