Appels frauduleux - La vigilance

Il aurait pu passer inaperçu dans ce jour tout entier consacré au budget conservateur, mais le message du Directeur général d'Élections Canada, Marc Mayrand, a réussi à avoir quelques échos jeudi dernier. Oui, l'affaire des appels automatiques trompeurs qui ont eu cours lors de la dernière campagne électorale est un scandale qui «touche les bases fondamentales de notre démocratie».

Une évidence? Pas tant que ça. Car les députés conservateurs présents au comité parlementaire où M. Mayrand, à sa demande, comparaissait ont plutôt cherché à minimiser l'affaire. Qu'Élections Canada ait retenu 800 plaintes dans quelque 200 circonscriptions, c'est bien peu de choses, tentaient-ils de faire valoir. Juste de quoi nourrir le «cirque» médiatique. Les erreurs ne sont-elles pas normales quand des millions de personnes sont appelées à voter?

On ne parle pas d'erreurs, a fermement répliqué M. Mayrand, mais d'une tentative délibérée, en se servant faussement du nom d'Élections Canada, d'empêcher des gens de voter. Des milliers de gens ont contacté le DGE à ce sujet, le numéro attribué au mystérieux Pierre Poutine a à lui seul placé 6700 appels et les 800 plaintes retenues pour fins d'enquête correspondent à des allégations spécifiques. C'est inusité, ça commence à ressembler à un système et, en démocratie, ce n'est surtout pas à prendre à la légère.

Le DGE prévoit donc pouvoir faire rapport à ce sujet d'ici un an, ce qui est rapide dans ce genre de dossier. Mais l'enquête n'ira bon train que s'il y a collaboration des partis politiques, ce qui est loin d'être acquis. Invité de l'émission 24 heures en 60 minutes à RDI, jeudi soir dernier, l'ancien DGE, Jean-Pierre Kingsley, évoquait lui-même la possibilité d'«objections structurées». Il n'a pas indiqué de quel horizon ces objections pourraient venir, mais c'est le gouvernement conservateur qui est dans la ligne de mire médiatique depuis qu'on a appris, fin février, l'existence d'appels qui dirigeaient les électeurs vers des bureaux de vote inexistants.

Les conservateurs ont aussitôt nié l'importance de ces révélations, réduisant le tout au geste d'un individu encore à identifier, sacrifiant au passage un de leurs employés qui se défend bien d'être derrière le stratagème, accusant les autres partis. Et il en a fallu du temps, au premier ministre Stephen Harper, pour avoir l'air minimalement préoccupé.

Accueillir M. Mayrand un jour de budget, alors que quasi tous les journalistes parlementaires passent la journée en huis clos, relevait de la même légèreté, tout comme le refus du Parti conservateur de préciser l'aide qu'il dit avoir offerte à Élections Canada dans ce dossier. En comparaison, le Parti libéral a remis au DGE et a rendu publics ses propres enregistrements d'appels robotisés.

La rigueur de M. Mayrand, qui entend enquêter sans présumer de rien, doit pour le moment nous rassurer. Mais, dans le contexte politique actuel, vu le peu de respect que M. Harper a pour les institutions démocratiques, seule l'attention publique soutenue lui permettra de bien faire son travail.
5 commentaires
  • François Dugal - Inscrit 2 avril 2012 07 h 50

    Pierre Poutine

    Espérons que Pierre Poutine aura un procès juste.

    • Jean Tremble - Inscrit 2 avril 2012 14 h 37

      Pierre Poutine fait songer à son homonyme russe, quant à l'idée qu'il se fait de la démocratie

  • Jean de Cuir - Abonné 2 avril 2012 14 h 04

    Ironie?

    Et pourquoi pas.Il eu fallut que ce gouvernement prenne le leadership et commande une enquête : il n' est question que de démocratie, c'est à dire du fondement même de leur légitimité! Diront-ils que cela est banal ou est de seconde importance? Pour que Le DGE remettre les pendules à l'heure devant une majorité conservatrice, il fallait que les commentaires soient de nature! Des réactions en cascade des conservateurs dans les médias, du choix de la journée de témoignage, des commentaires en comité, du quasi refus de collaboration avec Elections Canada -- et n'ont-ils pas mis des garde-fous pour se protéger? -- tout cela témoigne d' une concertation. Mais n'allez pas faire cette hypothèse, ce serait indécent;voyons supposer qu'ils n'ont pas de pures intentions.

  • Diane Gélinas - Abonnée 2 avril 2012 17 h 02

    Élections à date fixe VS fraude présumée ?

    D'accord... La présomption d'innoncence est un principe de droit...

    Mais on se demande, dans ce cas-ci, si ce n'est pas le peuple qu'on traite d'«innocent»!

    Comment se fait-il qu'aucun commentateur ou commentatrice ne fait l'hypothèse que si la fraude électorale étaient retenue, des élections devraient être reprises... sinon générales, du moins partielles... On dirait qu'on tient pour acquis que les élections à date fixe s'imposent quelle que soit la légalité du scrutin.

    Le Canada est en train de faire un virage à 180 degrés sous la houlette d'un gouvernement dont la légitimité est remise en cause.
    À 38% des voix, les Tories auraient le vent dans le voiles pour l'éternité? Car s'ils s'en tirent cette fois-ci, le pli sera pris et ils recommenceront effrontément leurs magouilles la prochaine fois pour une simple et bonne raison : ÇA MARCHE!

  • meme40 - Inscrite 4 avril 2012 09 h 59

    La direction générale des élections du Canada

    Difficile à rejoindre. Aucune inscription dans le botin aux pages Gov.Can. , alors j'ai appelé aux informations générales du gouvernement il y a environ 8 jours, pour me faire répondre qu'on ne peut accèder par téléphone à cet organisme. Que seul la poste ou internet y avait accès. Or un voisin charitable m'a donné un no de téléphone, pour élection canada, et mon message a été entendu.Y- a- t'il un boycut de cet organisme? Un mot d'ordre pour ne pas renseigner les citoyens? D'autant que j'ai eu droit à un interrogatoire serré pour me faire dire les raisons de mon appel, à élection canada. Est-ce le rôle d'une réceptioniste de faire ce genre d'enquête? de filtrer les appels? Et bloquer les renseignements? N'est-elle pas payer avec nos taxes, et au service des citoyens?