Mammographies - Le flocon dans la tempête

L'image est bucolique: celle d'un tout petit flocon de neige affrontant l'immensité de la tempête. Mais elle renvoie à un concept moins charmant, celui de la détection faillible du cancer du sein en phase de dépistage, comme y ont goûté d'odieuse façon 109 Québécoises récemment. Le flocon, selon l'image employée hier par les médecins experts, c'est le début du commencement d'un cancer, la tache blanche difficile à percevoir sur la blancheur immaculée de l'imagerie. Le diagnostic honni de toutes. Le cancer.

Le Collège des médecins a dévoilé hier un rapport d'enquête sur 22 000 mammographies qui, s'il n'est pas «dévastateur» comme l'ordre professionnel s'en défend, confirme certainement l'imperfection qui règne dans l'univers médical du diagnostic du cancer du sein, et ce, à plusieurs égards:

-Avant même que l'erreur humaine survienne ou que l'appareillage fasse défaut, les lacunes tiennent notamment à l'aspect incertain du test diagnostique unique qu'est la mammographie. En dépit des gains indéniables permis par le Programme québécois de dépistage du cancer du sein, les femmes doivent savoir que cette technique entraînera une portion (minime) de doute tant et aussi longtemps qu'un mode de dépistage plus performant n'aura pas été trouvé. Pour reprendre l'expression malheureuse du ministre de la Santé, Yves Bolduc, hier, elles doivent avoir des «attentes réalistes»...

-L'assurance qualité est un concept à géométrie variable, comprend-on de cette solide enquête menée à la suite d'anomalies de pratique du médecin Raymond Bergeron, désormais hors circuit. Certaines cliniques privées offrant des services d'imagerie du sein ne répondent pas aux critères minimaux exigés par les Centres de dépistage désignés, ce qui donne un portrait inégal à travers le Québec.

-L'imagerie numérique n'est pas disponible partout. Cela devrait pourtant constituer une priorité absolue pour le ministère de la Santé, car elle permettrait de gagner en rapidité et en efficacité advenant une autre pratique douteuse: si un médecin présente des taux de détection d'anomalie anormaux par rapport aux normes, on pourra accéder en un clic à ses imageries précédentes et en faire une double lecture, confirmant ou infirmant son premier diagnostic, réparant l'erreur si erreur il y a.

-Sous-jacente à cette enquête, la question de l'isolement professionnel resurgit. Elle ne doit plus être un tabou, comme nous percevons qu'elle l'est au sein du corps médical. Pour des raisons diverses, mais qui assurément pointent entre autres vers l'âge de certains praticiens, des médecins s'isolent, se privant ainsi de l'expertise des pairs, un atout pourtant indispensable. Cette question, à laquelle le Collège des médecins se dit très sensible, doit être considérée avec sérieux, et rapidement. 1000 médecins de plus de 70 ans pratiquent au Québec.

-Évoquer l'apprentissage par erreur relève de l'insulte alors que l'on sait le combat difficile que 109 femmes mènent en ce moment après un diagnostic erroné. Mais pour la suite des choses, si comme le recommande le Collège, on pouvait permettre aux spécialistes d'effectuer un retour systématique sur leurs propres diagnostics, encourageant ainsi l'auto-analyse et la formation continue, on contribuerait à repérer davantage de flocons dans la tempête...

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2 commentaires
  • François Beaulé - Abonné 29 mars 2012 15 h 15

    La révision systématique

    Le dernier paragraphe de l'éditorial est en lien avec la recommandation numéro 4 du sommaire de l'enquête sur les mammographies.

    Il est étonnant que cette révision systématique n'est pas été mise en place il y a longtemps. En effet, quand un cancer du sein est diagnostiqué, il devrait déjà être habituel que les précédentes mammographies soient revues pour déterminer si la masse était visible et donc que le diagnostic ou qu'une biopsie aurait pu être fait avant. On pourrait alors mesurer continuellement l'habileté du radiologiste. Il faut que cette recommandation soit mise en application rapidement. Un(e) journaliste vérifiera-t-elle périodiquement si c'est le cas?

  • François Beaulé - Abonné 29 mars 2012 15 h 22

    109 victimes d'un diagnostic erroné ou plus?

    L'enquête a porté sur les mammographies réalisées entre octobre 2008 et octobre 2009. Il serait étonnant que le Dr Raymond Bergeron n'ait pas fait d'autres victimes avant octobre 2008. Le Collège des médecins en n'examinant pas les mammographies plus anciennes, assume-t-il qu'il est trop tard pour ces femmes?

    Les 109 victimes identifiées pourront-elles intenter un recours collectif contre le médecin fautif?