L'affaire Bettencourt - La tuile

Près de deux ans après son amorce, voilà que l'affaire Bettencourt vient d'inoculer un tournant ombrageux pour le candidat Nicolas Sarkozy. En effet, selon des révélations du journal Le Monde, le juge Jean-Michel Gentil, chargé de l'enquête, «soupçonne désormais ouvertement le président d'avoir fait financer illégalement sa campagne présidentielle victorieuse de 2007.» Ainsi donc, après la détention provisoire, fait rarissime dans les affaires financières, infligée depuis la semaine dernière à Patrice de Maistre, gérant de la fortune des Bettencourt à l'époque, ainsi que les deux mises en examen imposées à Éric Woerth qui était, lui, responsable de la cueillette des sommes nécessaires à l'ambition présidentielle de Sarkozy, ce dernier apparaît désormais dans la liste des personnes ayant possiblement enfreint la loi.

Plus exactement, après avoir décrypté les flux de capitaux entre la Suisse et Paris, après y avoir greffé les propos que le confident de Liliane Bettencourt, le photographe François-Marie Banier, accusé d'escroquerie aggravée et blanchiment, le magistrat basé à Bordeaux estime qu'il existe un faisceau de gestes troublants. Mais encore? Sarkozy a financé sa campagne en percevant des sommes puisées dans des comptes où l'entourage des Bettencourt versait l'argent «produit» par le mécanisme confectionné afin de multiplier les évasions fiscales. Précision importante: en 2007, Sarkozy n'était pas ministre de l'Agriculture ou de l'Éducation, mais bel et bien ministre de l'Intérieur, donc grand patron des polices de France.

La tuile qui vient de s'abattre sur le clan Sarkozy doit être d'autant plus pesante qu'elle va réaiguiser la curiosité pour une histoire tragique puisqu'au-delà de dix techniciens français ont trouvé la mort au Pakistan. On pense évidemment à l'affaire Karachi. De quoi s'agit-il? À la faveur de la vente de frégates militaires au Pakistan, Edouard Balladur et son clan auraient mis en place un système de rétrocommissions afin de financer sa campagne lors de la présidentielle de 1995. Sarkozy était alors ministre du Budget, donc au parfum des contrats afférents à ces frégates, et le second de Balladur.

Cela rappelé, il faut souligner que depuis le début de la présente guerre électorale, le président sortant s'est appliqué à gommer l'image de président des riches qui lui colle à la peau depuis qu'il a imposé le bouclier fiscal. Dans le cas de Bettencourt, les baisses d'impôts inhérentes au bouclier lui ont fait économiser des millions et des millions d'euros. Toujours est-il qu'en multipliant les visites dans les usines combinées à l'usage d'accents susceptibles de séduire le plus grand nombre, notamment les personnes qui hésitent entre lui et Marine Le Pen, le président sortant était parvenu à brouiller cette étiquette de président des riches.

Mais voilà, ce qu'il a accompli côté cour vient de se réintroduire côté jardin. Dans un de ses carnets, Banier avait noté ces mots que Liliane Bettencourt lui avait chuchotés dans son oreille: «De Maistre m'a dit que Sarkozy avait encore demandé de l'argent. J'ai dit oui». De quoi encourager tous les concurrents à marteler que «Sarko» était et demeure le président des riches.

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3 commentaires
  • Gaggill - Abonné 28 mars 2012 08 h 51

    Révolution arabe

    Tout ce qui entoure les gouvernements "démocratiques" parle de collusion, de corruption et de manipulation de toutes sortes, c'est profondément inquétant. Où cela nous mènera-t'il? toutes valeurs morales sont bafouées au nom du libéralisme économique.

    • Pierre Schneider - Abonné 28 mars 2012 10 h 03

      Il me semble qu'il y a longtemps que du mot démocratie, il ne rste que le nom.

  • Colette Pagé - Inscrite 28 mars 2012 10 h 59

    Le Président bling et bling, l'ami de la classe moyenne !

    Sauf erreur, les campagnes électorales françaises ont été plus souvent qu'autrement financé par des fonds occultes. Qu'on pense notamment aux dictateurs africains qui, se déplaçant avec leurs valises bourrées de fric, voyaient défiler dans leur hôtel les potentiels candidats aux élections françaises. Ce qui par leur suite leur permettait d'intervenir pour le choix du Ministre responsable des affaires africaines. Toujours le fric et son pouvoir d'influence.