Bell-Astral - Qui en profitera?

Bell se prépare à avaler Astral d'une bouchée. Une bouchée d'une valeur de 3,38 milliards de dollars. Lorsqu'elle sera confirmée par le CRTC et le Bureau de la concurrence, cette transaction consacrera le groupe BCE au sommet des entreprises canadiennes de communication, ce qui soulève à nouveau la question de la concentration des médias de communication et son corollaire, la convergence.

La logique qui a conduit à cette acquisition est toute simple. Bell a besoin de contenus d'information et de divertissement pour alimenter les canaux de diffusion et de communication dont elle est propriétaire. Ce sont ces contenus qui donnent de la valeur à l'entreprise. Il y a quelque temps, elle achetait le réseau de télévision anglophone CTV, auquel elle ajoute aujourd'hui Astral, qui lui permettra d'offrir un bouquet d'émissions en français.

Ce modèle est bien connu au Québec, où Quebecor a réussi une intégration convergente de presque toutes ses activités. C'est d'ailleurs pour pouvoir concurrencer directement celle-ci sur son terrain que Bell a voulu avoir Astral dans son portefeuille. À fort prix, puisqu'elle offre une prime de 38 % de sa valeur. Les deux entreprises auront des parts presque égales du marché télévisuel au Québec, soit 35 et 32 % respectivement. Une bataille commerciale se prépare donc, à l'avantage, en principe, des consommateurs qui pourraient profiter de meilleurs tarifs et de contenus plus riches.

La crainte qu'il faut exprimer à l'égard de cette transaction est qu'elle puisse malgré tout affecter la diversité de l'offre de contenus. À court terme, Bell pourrait rationaliser les activités du groupe qu'elle acquiert et intégrer certaines d'entre elles au réseau CTV, qu'elle a acheté récemment. À cet égard, il n'y a pas d'engagement ferme de la part de Bell de conserver à Montréal toutes les activités d'Astral. À l'occasion de conférences de presse comme celle d'hier, Bell aime bien faire valoir son caractère québécois et la présence de son siège social à Montréal... dont la véritable direction se trouve toutefois à Toronto. En comparaison, un des bénéfices de l'acquisition il y a 12 ans de Vidéotron et TVA par Quebecor à la place de Rogers aura été justement de maintenir les emplois et la direction de cette entreprise à Montréal.

À moyen terme, il faut craindre que la concentration des entreprises de communication produise une plus grande concentration. Au fil des dernières décennies, se sont ainsi formés les grands conglomérats de médias. Il y a là une logique devenue irrésistible par la nature même du développement de ces entreprises dans un marché relativement restreint. L'objectif de Bell, avec l'acquisition de CTV et maintenant d'Astral, est d'accroître ses parts de marché au Québec et en Ontario. Ses concurrents, Quebecor et Rogers, ne disposent pas d'une offre aussi complète. Ceux-ci voudront sans doute consolider leur position par des acquisitions, voire convenir d'alliances conduisant, qui sait, à des fusions, sinon à des prises de contrôle.

Il faut regretter que le CRTC, qui est le seul organisme qui puisse faire une analyse de ces transactions sous l'angle de la diversité de l'offre de contenus, ait pratiquement levé toutes les contraintes réglementaires mises en place à la fin des années 1990. Ce n'est pas que le pire soit certain. Mais il faut s'assurer que le consommateur soit gagnant.
11 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 17 mars 2012 07 h 22

    Le consommateur ...

    Bell veut «accroître ses parts de marché». Fort bien. Mais que veut dire exactement cette phrase: «Il faut s'assurer que le consommateur soit gagnant»?

    Desrosiers
    Val David

  • Airdutemps - Inscrite 17 mars 2012 08 h 10

    Une transaction perfide...

    Cette transaction n'a d'autre but que de nuire à un fleuron québécois. Ils nous aiment à genoux, soumis et porteurs d'eau.

    Ils ne veulent surtout pas voir la fleur de lys sur le gilet des Nordiques. Ils n'aiment pas que les nôtres réussissent...

    C'est l'Histoire qui se poursuit. Et il se trouvera de bons Québécois pour applaudir et acheter de la Molson...

    • Louka Paradis - Inscrit 17 mars 2012 15 h 18

      Tout à fait d'accord avec vous.

    • Pierre Masse - Abonné 18 mars 2012 17 h 30

      Mais je l'aime, moi, la Molson...

  • mich3457 - Inscrit 17 mars 2012 09 h 07

    Bell et le bon vieux temps

    Lorsqu'on a ouvert le marché a la concurrence,on nous avait promis une meilleure offre de produits a meilleur cout.Comparer a ce que les européens et les américains paient pour leurs abonnements,on se fait arnaquer.Et en terme de cout et en terme de qualité pour les différents services reliés au cable.(vitesse)Donc la concurrence ....
    michel lafrance

  • Claude Kamps - Inscrit 17 mars 2012 10 h 04

    Voila le problème

    Bell aime bien faire valoir son caractère québécois et la présence de son siège social à Montréal... dont la véritable direction se trouve toutefois à Toronto. En comparaison, un des bénéfices de l'acquisition il y a 12 ans de Vidéotron et TVA par Quebecor à la place de Rogers aura été justement de maintenir les emplois et la direction de cette entreprise à Montréal.

    Le consomateur francophone ne sera surement pas gagnant...

  • d.lauzon - Inscrite 17 mars 2012 13 h 10

    Nous aussi on a droit à des prix raisonnables

    Pourquoi les Québécois et même les Canadiens paient-ils plus cher que les citoyens de bien d'autres pays industrialisés pour leurs services de télécommunication (internet, télé, cellulaires)? Qui est responsable de cette situation si injuste?

    Bell et Vidéotron voient leurs profits sans cesse augmenter car nous, les con-sommateurs on a pas d'autres choix que de payer le gros prix.