Droits de scolarité - Ouvrir un dialogue

Les étudiants sont dans la rue. Pas tous, mais ils sont suffisamment nombreux pour qu'on les entende haut et fort. Ces deux dernières semaines, ils ont réussi à ranimer le débat sur les droits de scolarité, sans toutefois que leurs débrayages et manifestations suscitent ce large appui du public qui pourrait amener le gouvernement Charest à revoir la hausse décrétée de 325 $ par année pendant cinq ans.

De tout temps, les mouvements étudiants ont été opposés à toute hausse des droits de scolarité. C'est à leurs yeux un frein à l'accès à l'université et une négation du droit à l'éducation. S'ils n'ont pas tout faux dans le présent débat, ils ne peuvent faire un absolu de ce droit, qui sans budgets conséquents sera sans valeur. Or, le sous-financement actuel des universités met à risque l'accès à une formation universitaire de qualité. S'il faut revoir les règles de financement de ces institutions, l'état des finances publiques exige que les étudiants fassent leur part, comme le font tous les autres usagers de services publics, y compris dans le domaine de la santé.

La question n'est pas tant de savoir s'il faut «dégeler» les droits de scolarité, ce qui est une nécessité, mais plutôt de se demander si la manière retenue est la bonne. Pourquoi avoir choisi ce montant de 325 $ par année, plutôt que 200 $ ou 250 $? Ce choix, qu'on justifie en disant qu'en dollars comptants on revient à ce qu'étaient les droits de scolarité en 1968, est tout à fait arbitraire. La réalité est que le choc tarifaire est grand et qu'on aurait pu étaler davantage la hausse. L'enrichissement du programme des prêts et bourses pourra atténuer ce choc, mais aucune analyse fine de l'effet qu'aura la hausse sur la fréquentation de l'université ne nous a été présentée. Seul le réseau de l'Université du Québec s'y est arrêté et a mis en place des mesures compensatoires.

Il faut aussi questionner cette approche «mur-à-mur» d'une augmentation identique à tous les étudiants quel que soit le programme de formation choisi. Un diplôme universitaire est un investissement, fait-on valoir, mais la valeur qu'en tireront un étudiant en médecine dentaire et un étudiant en pédagogie sera bien différente. Le futur professeur de sixième année n'aura aucun bénéfice particulier de son diplôme. Il touchera même un salaire inférieur à bien des travailleurs qui ne sont pas passés par l'université et qui sera probablement de sept à huit fois moins élevé que celui du dentiste.

De tout cela, il devrait être possible de discuter, débattre. Ne soyons pas naïfs au point de croire que le gouvernement et les associations étudiantes pourraient s'entendre et signer un pacte. Mais un dialogue pourrait permettre de rendre cette hausse des droits de scolarité plus équitable et plus acceptable. Pour cela, il faudrait une volonté qui de part et d'autre n'est pas là et qu'on ne souhaite pas pour des motifs électoraux.

Ce débat sur les droits de scolarité arrive malheureusement à la fin du mandat du gouvernement Charest, à la toute veille d'une élection. Lui qui a promis un redressement des finances publiques ne veut pas donner l'impression aux électeurs de plier devant le lobby étudiant. Par ailleurs, du côté étudiant, on a bien entendu le Parti québécois promettre de revenir au gel des droits de scolarité. Une promesse qu'il serait bien fou de prendre pour argent comptant, car arrivé au pouvoir, le PQ n'aura pas plus d'argent qu'en a aujourd'hui le gouvernement Charest. Peut-être découvrira-t-il, comme les libéraux en 2003, que la caisse est plus que vide.

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