Tableaux blancs intelligents - Mesure 50680

La mesure 50680? C' est le numéro de l'allocation réservée par le ministère de l'Éducation en 2010-2011 pour l'achat des fameux tableaux blancs intelligents, ou TBI pour les initiés. 16,3 millions de dollars ont été prévus pour l'acquisition de 5438 TBI, à 3000 $ l'unité. Et ce, sans le moindre débat, sans l'ombre d'un consensus, sans non plus le plus petit coup d'œil sur une analyse étoffée faisant la démonstration que cette technologie trône au sommet des nécessités.

Quand le premier ministre Jean Charest a promis les TBI en plein discours inaugural, en février 2011, les acteurs du réseau de l'éducation n'ont pas été dupes: avec l'annonce du «retour du vouvoiement» et la promesse d'un ordinateur portable par classe, ces mesures de façade permettaient en une oraison enthousiaste de redorer l'image de l'école, le tout en évitant soigneusement de plonger dans le coeur des problèmes. Le jeu de l'illusion, quoi!

Un an plus tard, les TBI percent à nouveau la cuirasse de l'actualité, parce que le processus d'achat des appareils semble favoriser Smart Technologies, une entreprise dont le lobbyiste serait proche des libéraux. La ministre Line Beauchamp jure que cette proximité n'est que fiction, mais les commissions scolaires confirment qu'elles n'ont plus pleine autonomie pour l'achat des technologies. La mesure 50680, qui consacre l'école 2.0, serait du ressort plein et entier de Québec.

Voilà une autre affaire pour gonfler l'exaspération des cyniques! À laquelle ils pourront ajouter le fait que tous ces sparages contournent habilement les vraies questions d'éducation, laissées en suspens ou en apparence de sujets réglés. À l'heure où les étudiants des universités et collèges tentent précisément de faire la démonstration que la hausse des droits de scolarité (de 75 % en cinq ans) est passée d'intention à décision sans débat social autre qu'un habile bruit de fond parlementaire, il est déplorable, déconcertant, de constater le modus operandi de ceux qui prétendent avoir la réussite des élèves à coeur.

Dans l'absolu, les TBI ne sont pas à proscrire. Pour les enseignants qui en ont la maîtrise, cet écran qui permet littéralement de manier les connaissances avec les doigts peut s'avérer un outil époustouflant. Mais combien d'enseignants sont-ils à n'avoir pas fait le saut de l'école branchée, laissant ce TBI orner la classe, sans plus? On ne le sait pas. Où est la preuve de l'effet positif de ces tableaux sur la réussite? On ne l'a pas vue.

Les solutions «faciles» évitant le remue-méninges de qualité ont la cote: elles permettent au gouvernement d'afficher ses réalisations, aux enseignants et aux élèves de «toucher» un programme ministériel, aux citoyens de «voir» le produit de leurs impôts. Mais des mesures comme 50680 s'apparentent tristement à des coquilles vides.

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