8 mars - Tout brasser

Le féminisme avait bien besoin de ce grand dépoussiérage que lui font vivre les jeunes et qui lui donne une vigueur et un horizon inattendus. Mary Poppins comme héroïne féministe, Geneviève Cadieux comme inspiration, Marie King comme modèle? Pourquoi pas?

L'époque est à l'individualisme, et ce sont des individues qui inspirent plutôt que des mouvements. Et comme l'ère est aussi au grand brassage des institutions, cela donne des références hors normes. La filiation est toutefois claire: les femmes admirées aujourd'hui ont pour point commun avec les figures de proue classiques du féminisme d'avoir osé s'assumer. La victoire sur soi reste un puissant symbole pour la psyché féminine, encore marquée par le doute, les incertitudes, la faible estime personnelle. Ce n'est pas pour rien que la colère, la laideur, le pouvoir (et son acolyte «instinct de tueur»!) restent des états si difficilement accessibles aux femmes. Il faut un ego bien solide pour s'en donner le droit.

Ces batailles intérieures peuvent sembler bien loin des droits qu'il faut toujours protéger. Après tout, les congédiements pour grossesse ou maternité existent encore; des menaces planent sur le droit à l'avortement; les victimes de violence conjugale sont essentiellement des femmes, souvent très jeunes; le marché du travail n'est toujours pas équitable... À quoi il faut ajouter cette terrible réalité: le simple droit de vivre n'est pas acquis sur cette planète quand on naît femme. Même nos contrées s'en ressentent, comme l'affaire Shafia nous l'a fait tristement voir, tout comme le Journal de l'Association médicale canadienne, qui s'en est pris aux avortements en fonction du sexe pratiqués au Canada, l'a démontré.

Mais ce qui est souvent compliqué, une fois les droits gagnés, c'est que le privé rejoigne le politique. Ce combat n'est toujours pas réglé. Les mesures de conciliation travail-famille sont un leurre si, au quotidien, le partage des tâches ne se fait pas dans le couple... ou avec les enfants. La sexualité sans contraintes n'est plus libre si le modèle à suivre, c'est l'ultra-sexy bimbo toujours disponible. La place des femmes au travail n'est toujours pas gagnée si les lieux de décision leur échappent parce que les boys' clubs sont à se reconstituer ou parce que les femmes elles-mêmes n'osent toujours pas foncer.

Il est juste de dire que la transmission de l'histoire des grandes victoires des femmes se fait mal, mais c'est vrai aussi de celles du mouvement ouvrier. On peut s'en désoler, mais ce qui compte vraiment, c'est que ces victoires oubliées aient laissé des traces: non, il n'y a plus de tavernes réservées aux hommes, les femmes peuvent être jurées et elles ont des congés de maternité... toutes choses qui n'ont été acquises que dans les années 1970!

Il reste par contre d'autres territoires à conquérir, plus intimes ceux-là, tel ce difficile rapport à un corps de plus en plus objectivé et qui, pour les femmes d'aujourd'hui, est un véritable enjeu. C'est ce que les jeunes féministes tentent de nous dire en renouvelant leurs sources d'inspiration, en se jouant des clichés, ou en détournant le sens d'une robe de princesse ou des talons hauts. Il est vrai que ceux-ci entravent la course, mais ne sont-ils pas, aussi, une manière de dominer le monde?
10 commentaires
  • ysengrimus - Inscrit 3 mars 2012 08 h 08

    Questionner la culture intime des femmes

    "ce difficile rapport à un corps de plus en plus objectivé et qui, pour les femmes d'aujourd'hui, est un véritable enjeu."

    Est-ce bien le fantasme fallacieux de plaire aux hommes ou... la femme, qui opprime... la femme, sur ces questions de formes corporelles...

    http://ysengrimus.wordpress.com/2008/07/23/la-cult

    La femme n'est elle pas un peu une instance normative pour la femme?

    Paul Laurendeau

  • parade21 - Abonné 3 mars 2012 09 h 09

    Dominer le monde?

    Je n’ai probablement rien compris. Comment peut-on associer le fait de porter des talons hauts et une robe de princesse avec un ardent désir de dominer le monde? Les talons hauts finissent probablement, avec le temps, par vous déboîter la colonne vertébrale. Et si la séduction est un instrument au service d’un désir de dominer le monde, il me semble qu’on passe à côté d’une valeur plus importante. Celle de se sentir bien dans sa peau et de s’épanouir.

  • Marie-France Legault - Inscrit 3 mars 2012 09 h 41

    Dans notre monde actuel

    où l'érotisation de la sexualité semble être la PLUS VALUE
    c'est la femme qui a le plus à perdre...dignité, respect...
    Parfois la femme est son pire ENNNEMI...
    elle n'a plus de PUDEUR....certaines femmes ne savent même pas ce que c'est...
    certaines femmes sont subjuguées par les tueurs et ceux-ci reçoivent des lettres de femmes désireuses de les épouser....oubiant le crime de ces agresseurs...
    le spectacle d'une certaine M.....qui se donne en pâture à un public friand de ces déhanchements suggestifs qui simulent le coït, les relations sexuelles, ne facilitent pas les revendications légitimes des femmes...
    parfois les comportements sont tout à fait incohérents
    avec le respect et la considération que l'on veut obtenir...

  • Yvon Bureau - Abonné 3 mars 2012 10 h 52

    Toujours brasser

    Sinon, l'humanité collera au fond.

    MERCI chères personnes de sexe féminin et d'âge peu avancé, de brasser, de nous brasser, de brasser DEBOUT. Même de nous brasser et le masculin et le féminin.

  • Liliane - Inscrite 3 mars 2012 23 h 29

    la lutte des femmes

    La lutte est intérieure avant tout, elle commence par définir les bornes de notre appartenance, puis à les faire connaître à nos proches, à les protéger et à les respecter... Se trahir c,est les négliger, les oublier... L'appartenance commence par la connaissance de soi, sans tambour ni trompette et la sécurité qu'elle permet, l'estime de soi qui se développe, qu'elle projète...
    Les hommes ne sont pas tous des prédateurs même si on a l'impression parfois que ceux-ci gagnent du terrain... Les générations d'hommes ont commencé à changer eux aussi, et cela c'est le mieux qui puissent arriver à notre société, à notre civilisation.
    La seule évolution pour les uns et les autres, c'est de vivre des relations égalitaires avec des EGO mesurés. Le travail continu est à l'ordre du jour, avec l'amour de soi et des autres, juste après. Bon 8 mars à tous.