Droit de vote - La fin et les moyens

La Charte canadienne des droits et libertés fait du droit de vote l'un des droits prééminents dans une société libre et démocratique. Il va de soi que l'exercice de ce droit doit être encouragé et n'être soumis à aucune entrave. Le Canada se fait fort d'ailleurs d'en promouvoir la reconnaissance dans des pays totalitaires ou dictatoriaux. C'est d'ailleurs au nom de la restauration de la démocratie que 157 militaires canadiens sont morts en Afghanistan.

Ce droit, dont le gouvernement conservateur de Stephen Harper se fait si spontanément le champion à l'étranger, devrait être l'objet du même respect ici même au pays. Du moins, il serait raisonnable de le croire, mais les milliers de plaintes reçues par Élections Canada d'électeurs qui à l'élection du 2 mai 2011 auraient été l'objet d'interventions de la part du Parti conservateur pour les empêcher de voter ne peuvent que susciter un profond doute à cet égard.

La preuve est bien sûr à faire de la responsabilité de la direction du Parti conservateur dans ces appels téléphoniques robotisés faits par une firme liée à cette formation et qui transmettaient de faux messages sur le déplacement des bureaux de scrutin au nom d'Élections Canada. L'enquête sera longue et difficile. Entre-temps, il y a présomption d'innocence.

Le nombre de ces plaintes, 31 000 jusqu'ici, permet d'affirmer qu'il ne s'agit pas d'incidents isolés. Les témoignages d'employés du centre d'appels mis en cause ne laissent pas de doute. Ces appels visaient à empêcher l'exercice du droit de vote et à influencer le résultat du scrutin dans les circonscriptions. Cela relève de la fraude et de l'usurpation d'identité d'agents d'Élections Canada.

Cette machination n'a pas influencé le résultat de l'élection d'un gouvernement majoritaire conservateur. Cela n'a pas empêché des candidats libéraux qui en ont été l'objet d'être élus. Là n'est pas le problème. Le problème est dans la persistance de moeurs électorales délétères que des décennies d'efforts n'ont pas encore totalement assainies. C'est comme combattre une hydre à sept têtes. Arrive-t-on à imposer des règles strictes sur le financement des partis politiques ou sur l'identification des électeurs pour empêcher les morts de voter, que l'on trouve d'autres façons de contourner la loi et son esprit. Comme toujours, ces gens estiment que la fin, c'est-à-dire la quête du pouvoir, justifie les moyens.

Des soupçons graves pèsent sur le Parti conservateur que le premier ministre Stephen Harper ne peut décemment ignorer. Le chef du Parti libéral, Bob Rae, lui a fait une proposition honnête, qui est de remettre à Élections Canada les listes des appels faits par leurs partis. Cela faciliterait l'enquête en cours et empêcherait qu'elle s'enlise dans un débat partisan. Ce serait manifester une hauteur de vue et un respect de nos institutions démocratiques que l'on ne trouve pas toujours chez ce premier ministre, surtout depuis qu'il a obtenu ce qu'il désespérait d'avoir, soit cette majorité qui lui permet de mener le Parlement de façon autoritaire.
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 3 mars 2012 02 h 12

    Stephen Harper respectera la démocratie quand il y sera obligé.

    Le manque total de respect de Stephen Harper pour ses adversaires politiques, qui sont néanmoins des collèues à la Chambre des communes, élus démocratiquement, illustre depuis des années le peu de cas que cet homme a pour le fair play, pour le combat à armes égales, pour les droits des citoyens, pour l'égalité des femmes, pour la vérité, en somme.

    La publicité négative, dégeulasse, orchestrée contre les chefs des autres partis politiques, illustre le manque d'éthique et d'une échelle des valeurs chez cet homme qui n'est quand même devenu premeir ministre qu'avec moins de 405 des voix des électeurs.

  • Françoise Breault - Abonnée 3 mars 2012 09 h 24

    Profond dégoût

    Cela ne me surprend guère de Harper. Ça se situe dans la même ligne que ses actions précédentes.

  • Jean Tremble - Inscrit 3 mars 2012 14 h 48

    L’offensive du beigne

    << C'est d'ailleurs au nom de la restauration de la démocratie que 157 militaires canadiens sont morts en Afghanistan. >>

    Implanter la démocratie ?

    En tout cas, le résultat tangible n’en demeure pas moins l’implantation à Kandahar d’un Tim Horton.

    C’est les Afghans qui doivent être contents