Couche-Tard - Dépanneur ou société?

Au moment où Wal-Mart, McDonald's et Couche-Tard, pour ne nommer que les cas les plus connus, sont prêtes à fermer des succursales et des franchises pour empêcher le loup d'entrer dans la bergerie, une autre grande firme de détail, la multinationale suédoise du vêtement H&M, inscrit noir sur blanc dans sa politique d'embauche qu'elle respecte «l'équité des salaires, des heures de travail, et la liberté de se syndiquer» de ses jeunes employés.

Bien sûr, ce n'est pas toujours parce qu'une compagnie se montre cool sur papier qu'elle traite mieux ses employés dans les faits. Mais ce n'est pas non plus parce qu'une société se montre ouverte à la syndicalisation de ses employés... que ceux-ci passeront à l'acte. C'est même souvent l'inverse lorsqu'une majorité d'entre eux jugent que les conditions sont satisfaisantes!

D'ailleurs, même si nos lois facilitent la syndicalisation des groupes qui le veulent vraiment, au grand dam des Wal-Mart et des Fraser Institute de ce monde, la vaste majorité des salariés du secteur privé québécois ne sont pas syndiqués, le plus souvent par choix. Chez H&M, par exemple, où les conditions de travail des jeunes employés incluent des salaires supérieurs au minimum légal, des congés personnels, des assurances et même une contribution au REER, seuls deux magasins au pays sont syndiqués sur la soixantaine qui ont pignon sur rue.

Ce n'est pas nouveau dans l'histoire des relations de travail que des compagnies s'opposent à la syndicalisation de leurs employés. L'arrivée d'un syndicat complique la vie des cadres et entraîne des coûts supplémentaires qui risquent de réduire le dividende pour les actionnaires, du moins à court terme.

En revanche, la syndicalisation force la direction à planifier son développement en tenant compte des exigences de sa main-d'oeuvre, tout en permettant à celle-ci d'inscrire les conditions de sa participation au succès de l'entreprise dans un contrat formel rassurant pour quiconque veut élever une famille.

Avec un chiffre d'affaires de plus de 19 milliards de dollars, Couche-Tard se comporte désormais comme une grande entreprise avec ses actionnaires, mais cultive toujours ses vieux réflexes de dépanneur du coin avec ses employés. Tôt ou tard, il faudra ajuster le tir, et le plus tôt sera le mieux.

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