Pensionnats autochtones - Livre d'histoire

Avant la réconciliation, la vérité. En présentant vendredi son rapport intérimaire, la Commission de vérité et de réconciliation du Canada s'est tournée d'emblée vers le champ de l'éducation, celui-là même où l'œuvre de destruction fut commise, avec ces pensionnats maudits où l'on força 150 000 jeunes Autochtones à se dépouiller de leur culture.

L'école, ce fut la voie d'assimilation empruntée par le Canada et les communautés religieuses complices de cette vaste radiation des repères, qui a laissé les communautés autochtones dans un désoeuvrement durable. L'école, ce fut aussi la voie de la désinformation pour toutes ces cohortes d'élèves laissées dans l'ignorance d'un épisode aussi ravageur que celui des pensionnats.

L'école, c'est donc la voie de l'espoir pour rectifier les faits, ou tout simplement les faire connaître. «Notre objectif est qu'un jour, personne au Canada ne pourra fréquenter l'école sans être informé de l'histoire des pensionnats autochtones», a affirmé la commissaire Marie Wilson. «Pour que plus personne ne puisse dire: "Je ne savais pas."»

Ce travail d'éducation s'est imposé aux commissaires après l'écoute des témoignages de survivants, las de n'être ni entendus ni crus. Ils ont poussé l'opération de réparation jusqu'à concocter un manuel d'histoire, dans un souci d'inspirer un enseignement complet de l'histoire des premiers occupants. Une des recommandations de la Commission invite d'ailleurs les ministères de l'Éducation des provinces à revisiter leurs programmes afin de s'assurer que ce «pan honteux» figure bel et bien dans les manuels, là où jadis on évoquait la violence des «Sauvages». Ce sera à suivre.

Le livre d'histoire Ils sont venus pour les enfants démarre avec une citation d'une rare violence du ministre des Travaux publics du Canada, Hector Langevin, prononcée en 1883: «Pour pouvoir éduquer les enfants correctement, nous devons les séparer de leurs familles. Certains peuvent penser qu'il s'agit d'une mesure radicale, mais nous n'avons pas d'autre choix si nous voulons les civiliser.» Son premier chapitre démarre ainsi: «Ce livre dresse la chronique d'un passé douloureux.»

Suit en effet un récit peu reluisant, qu'il faut revisiter — ou découvrir, selon le cas —, ne serait-ce que pour être en mesure de poursuivre ensuite les étapes de justice et de respect qui mèneront à une réelle réconciliation, ardemment souhaitée par ces peuples dans lesquels survivent encore 80 000 victimes des pensionnats.

Enfants arrachés à leurs parents, puis plongés dans un processus d'assimilation sitôt franchi le seuil de leur nouvelle école: changement de nom, vêtements traditionnels confisqués, tresses coupées, langue maternelle interdite, sans compter la série d'abus d'ordre physique, sexuel et spirituel jamais soignés.

Cette première étape d'information est cruciale pour la suite des choses. Pour les principaux intéressés, d'abord, qui sans cesse se heurtent à l'ignorance et à l'incrédulité lorsqu'ils racontent leur douleur. Et pour tous ces citoyens à qui il manque un pan — sombre — de leur histoire.

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6 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 février 2012 07 h 45

    Dépouiller de leur culture?

    Pour en prendre une meilleure. Est-ce que les Indiens auraient l'élite actuelle, qui revendique leurs droits, si aucun Indien n'était passé par ces écoles?

    Il est ridicule de tout mettre sur le dos de ces écoles dont l,intention était seulement le bien-être des enfants qui vivaient dans le bois, coupés de la civilisation moderne.

  • Dominique Cousineau - Abonnée 27 février 2012 09 h 49

    Je me permets de faire les gros yeux à M. Tremblay...

    Quelle attitude bêtement colonialiste et condescendante! Et comment peut-on imaginer que le fait d'avoir détruit les liens familiaux n'ait rien à voir avec les problèmes sociaux endémiques que connaissent ces communautés? Et leur donner une "meilleure culture" en éradiquant la culture d'origine - je ne serai pas tendre, mais quelle imbécillité à courte vue! Comme si les cultures ne pouvaient pas s'additionner au lieu de s'éradiquer l'une l'autre! Et ce sans compter les dommages et sévices subis par de nombreux enfants, privés de la vigilance et de la protection de leurs parents dans ces quasi-orphelinats!

  • Jeannot Duchesne - Inscrit 27 février 2012 10 h 09

    @Rodrigue Tremblay

    Il semble que vous soyez civilisé. À prendre connaissance de ce que les premières nations ont subies, je suis moins certain de faire partie de la civilisation. Je commence à suspecter un peu beaucoup ceux qui ont à trop à coeur le bien-être d'autrui et j'ai une nette fermeture à ceux qui veulent sauver les âmes. Il semble que de se réclamer occidental et de surcroît "chrétien", enfin "civilisé" tout soit permis pour le bien-être des "non civilisés".

    De prétexter que le but des pensionnats n'était que pour le bien-être des enfants votre dernier paragraphe est vraiment un mensonge; parce que c'est bien ce genre d'école qu'il est question pour séparer les enfants de leurs parents, de leur milieu social et culturel. Ils auraient pu facilement être éduqués dans leurs milieux et à leur rythme selon leur culture mais comme le seul but visé n'était que de les assimiler, nous connaissons aujourd'hui la triste réalité.

    À voir aujourd'hui le Canada, je suis encore moins certain de faire partie de la civilisation.

    En passant, si on n'avait pas bafoué leurs droits et volé leurs terres, ils n'auraient pas à les défendre ces droits. Plus est nous n,avons même pas respecté les traités signés avec eux; des traités que seuls des fraudeurs envient.

  • Sylvain Auclair - Abonné 27 février 2012 10 h 16

    Si on réécrit les livre d'histoire...

    ...du Canada anglais, pourrait-on en profiter pour glisser un mot sur la Déportation des Acadien?

  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 27 février 2012 15 h 49

    @Cousineau

    Couper de leur famille?

    Avez-vous entendu parler de nos pensionnats? De nos enfants qu'on allait porter en septembre pour les reprendre aux Fêtes? Et après de janvier à juin. C'était comme ça à l'époque. Et gare à l'enfant qui osait se plaindre à ses parents qu'un frère lui a poigné les fesses.

    On a copié le modèle pour les Indiens dans le but de les éduquer.
    J'imagine que vous auriez voulu qu'il reste illetté? Purs indiens écolos, tout vert, dans la grande foret boréal.