Rapport de l'OCDE - À bas l'austérité !

Après les mises en garde formulées par des économistes de renom à l'attention des politiciens, voilà que l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), rassemblant les 34 pays les plus industrialisés de la planète, reprend à son compte le credo suivant: la relance de l'activité économique et la lutte contre les inégalités doivent être simultanées. En fait, il faut préciser deux choses. Il y a trois ans, l'OCDE avait accompagné le credo en question d'un point d'interrogation. Ensuite, à la faveur de la communication de données relatives à la crise économique, cet organisme a publié, en décembre dernier, un long rapport dans lequel il estimait qu'il fallait impérativement accorder la priorité à la croissance et à la réduction des inégalités. Nos dirigeants ayant fait la sourde oreille, l'OCDE a jugé bon de répéter son credo en usant de l'impératif. Cela précisé, déclinons.

En 2011, une empilade de programmes d'austérité décrétés en Espagne, en Italie et en Grèce, sans qu'il y ait eu débat au sens le plus démocratique du terme, se s'est ajoutée à ceux arrêtés antérieurement en Irlande, au Portugal, au Royaume-Uni et ici et là dans le reste de l'Union européenne. En l'espace de deux ans, et deux ans seulement, l'austérité s'est installée à demeure de la Pologne à la France, de l'Irlande à la Grèce. Avec comme résultat tragique une forte augmentation du chômage, notamment chez les jeunes, qui s'est traduite par un phénomène sociologique trop, trop peu commenté: les plus diplômés de ces jeunes émigrent. Qu'on y songe: le nombre de Grecs de moins de 30 ans ayant décidé de plier bagages en septembre dernier a égalé celui de l'année 2009 au complet. On voudrait accélérer le vieillissement de la Grèce à la vitesse grand V qu'on ne s'y prendrait pas autrement.

Le pire, pour l'année qui commence, est que ni le Brésil, ni l'Inde, ni la Chine n'aligneront des croissances équivalentes à celles enregistrées l'an dernier. Il se pourrait même, advenant une autre détérioration de l'économie européenne, que ces pays subissent une sérieuse amputation financière. Et les États-Unis? La timidité des politiques conçues en cette matière par l'administration Obama laisse présager un taux de chômage avoisinant les 8 % en fin d'année. Bref, beaucoup plus élevé que celui constaté avant une crise qui dure, il faut le souligner, depuis quatre ans.

Dans une opinion parue dans le New York Times et consacrée à la déesse austérité, le journaliste et essayiste britannique Nicolas Wapshott estime, après avoir rappelé que John Maynard Keynes avait quitté en 1918 sa fonction de conseiller des Alliés parce qu'il jugeait très dangereuse leur politique d'austérité, estime donc que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel ont pris un risque identique «en présidant à la mendicité délibérée des plus faibles de leurs voisins européens». On ne saurait dire mieux.

NOUVELLE INFOLETTRE

« Le Courrier des idées »

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel. Les envois débuteront la fin de semaine du 19 janvier 2019.

1 commentaire
  • Jean-Pierre Audet - Abonné 25 janvier 2012 13 h 20

    Et on ne les écoute pas


    C'est un grand mystère. Ou plus simplement la même nature humaine de toujours. Pour les plus riches que caractérisent bien les termes anglais : »ME, MYSELF AND I», ils se sentent bien appuyés par certaines agences de cotation comme Standard and Poor's, et ils continuent d’instiller dans la population la nécessité d’exiger des plus pauvres qu’ils fassent comme eux : se débrouiller sans aide gouvernementale. C’est bien dommage.