Soubresauts politiques - Ras-le-bol

Y a-t-il une limite à l'atmosphère délétère dans laquelle baigne présentement la politique? Les partis qui nous gouvernent poussent toujours plus loin les frontières du cynisme. Il y a quelques jours, l'ancienne vice-première ministre du Québec Nathalie Normandeau tentait de nous faire croire que son embauche par une firme de conseils financiers n'avait rien à voir avec le rôle qu'elle a joué comme ministre dans le Plan Nord; hier, c'est du côté d'Ottawa que l'indécence s'étalait. On apprenait qu'en dépit de ses démentis, le ministre conservateur Tony Clement avait bel et bien été mêlé au choix des projets d'infrastructures liés à la tenue du G8 dans sa circonscription: une débauche de dépenses farfelues de 50 millions de dollars.

Du côté de l'opposition, du moins au Québec, il n'y en a plus que pour les coups fourrés. Les revirements, critiques, dénonciations sont devenus notre lot quotidien, dans un tourbillon tel qu'on ne distingue plus la sincérité de l'opportunisme, le souci de se mettre en vedette de l'interrogation profonde, le vrai scandale de la manoeuvre tactique. Le mouvement souverainiste est en train d'y perdre son âme. Mais François Legault ne devrait pas trop se moquer de la «mauvaise pièce de théâtre» en cours au Parti québécois: sa propre coalition a encore à faire la preuve de sa solidité, et M. Legault de sa capacité à garder ses troupes unies quand arrivera l'heure des dissensions.

Reste qu'actuellement, ce sont les souverainistes qui font les manchettes, dans un tel désordre qu'on ne sait plus si les coups viennent des adversaires d'en face ou des ennemis de l'intérieur! Le cas de Gilles Duceppe est à cet égard patent. Depuis samedi, il est soupçonné de manquement aux règles des Communes quant à la gestion du budget octroyé au Bloc québécois. Il en a tiré prétexte pour se retirer de la politique, donc faire taire les rumeurs quant à son désir de déloger Pauline Marois à la tête du PQ, mais on le soupçonne aussi d'être atteint, lui, le Monsieur propre de la politique.

Or il s'avère qu'il n'a pas transgressé de règle! De plus, même des bloquistes croient que la dénonciation dont il est l'objet proviendrait des rangs souverainistes. Spéculer sur les sources d'information des journalistes peut être trompeur, mais ce qui est sûr, c'est que le nouveau chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, n'a pas défendu son prédécesseur avec beaucoup de chaleur. C'est bien joli, les appels à l'unité ou la création d'un comité sur la souveraineté, mais de telles lézardes n'aident en rien à croire que le temps des tensions est terminé.

L'ancien premier ministre Bernard Landry, dans sa lettre envoyée aux médias, évite au moins de «personnaliser le débat», ce qui déjà nous change de l'effervescence des dernières semaines. Mais il faudra beaucoup plus qu'une lettre pour convaincre la population, déboussolée, que le mouvement souverainiste ne confond pas débat d'idées et querelle de personnes. Il faudra bien finir par sentir non pas pour qui les militants du PQ sont là, mais pour quoi!

Le Conseil national leur en donne l'occasion. La saisiront-ils ou continuera-t-on dans cette téléréalité qui donne chaque jour un rebondissement, mais qui nous enfonce toujours plus dans la politique-spectacle. Le citoyen, abasourdi, en a vraiment assez.

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