Cancer du sein - Toutes les causes

En se penchant sur le phénomène du ruban rose, symbole même d'une cause sympathique et importante, celle du cancer du sein, l'ONF brise un tabou. «Il faut repolitiser la cause», dit l'une des interviewées du film L'industrie du ruban rose. Et cesser de tout mettre sur le dos des individus.

Le documentaire L'industrie du ruban rose, que signe la cinéaste Léa Pool sur une idée de la productrice de l'ONF Ravida Din, débute par une allocution de Ronald Reagan: il est temps, souligne celui qui était alors le nouveau président des États-Unis, de délester l'État de certaines missions sociales pour en charger l'entreprise privée par l'entremise de la philanthropie.

Trente ans plus tard, l'affaire est entendue. Même au Québec, longtemps réfractaire à cette approche, le marketing social est maintenant enseigné dans nos universités, et les campagnes de financement, même celles liées à la pauvreté, n'ont plus peur des publicités de luxe pour se faire remarquer. Après tout, des centaines d'organismes se disputent l'attention du public et des entreprises.

À cet égard, le ruban rose est devenu emblématique d'un marketing social réussi. On le voit partout, sur une myriade de produits, et magazines, vedettes, politiciennes se bousculent pour s'y associer. L'affaire est d'autant plus à souligner qu'il fut un temps où le milieu médical, et particulièrement celui de la recherche, ne s'intéressait guère aux maladies touchant spécifiquement les femmes. Maintenant, chaque année, des dizaines de milliers de femmes et leurs proches se réunissent pour marcher ou courir afin de recueillir des fonds contre le cancer du sein. La solidarité et la détermination des participantes y sont remarquables, leur sincérité totale et émouvante. Et des centaines et des centaines de millions de dollars sont ainsi recueillis.

Le succès est tel que l'on ne se pose même plus la question: et ça donne quoi, un tel engagement? Des fonds pour les traitements, ce qui fait l'affaire des compagnies pharmaceutiques... et ne sauve pas tout le monde. Mais pour trouver les causes du cancer du sein? Presque rien. Et encore moins s'il s'agit de mettre au jour des causes environnementales ou sociales.

La prévention, version ruban rose, c'est une affaire individuelle: mangez bien, bougez, ne fumez pas, ne buvez pas et vous serez épargnées... Et si le cancer vous rattrape malgré tout, pas question de savoir si c'est à cause de la pollution, du plastique, des agents cancérigènes dans les cosmétiques ou les milieux de travail... Il faut plutôt garder le sourire! Car vous êtes des combattantes, des survivantes. Et cela vaut tellement mieux pour l'image de marque des firmes qui vous appuient...

Ce dur constat ne vaut pas que pour le cancer du sein. Le portrait social de la maladie reste quelque chose de très marginal dans les secteurs de la recherche et dans le discours politique. Au Québec, on peut au moins compter sur les directions de santé publique (DSP) pour sonner l'alarme, par exemple en faisant état de l'impact des inégalités sociales sur la santé des individus. Mais cela n'est jamais suivi d'effets.

En novembre dernier, la DSP de Montréal soulignait ainsi que si les femmes pauvres risquent moins de développer un cancer du sein, elles en meurent davantage quand elles en sont atteintes. Mais pour savoir pourquoi, il faudrait un regard large, global, de ceux qui impliquent de grands segments de population. Ce qui demande du temps, donc de l'argent, pour des résultats qui risquent de bousculer les pouvoirs établis, qui n'ont donc pas intérêt à financer de telles enquêtes.

C'est de cela que le film de Léa Pool cause. Et c'est pour ce côté provocant, dérangeant, qu'il ne risque pas, hélas, d'avoir une longue carrière dans un cinéma près de chez vous...

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8 commentaires
  • Johanne St-Amour - Inscrite 17 janvier 2012 07 h 25

    Maketing social réussi?

    Quand je vais à mon épicerie et que la première chose que je vois en entrant est un balai à neige rose, je ne crois pas que le marketing social du ruban rose est réussi mais qu'il est envahissant! Très envahissant!

    Toutes les campagnes du genre devraient régulièrement faire une reddition de compte. Et il est très dommage que la recherche se penche majoritairement sur l'"invention" de nouveaux médicaments (souvent avec des effets secondaires banalisés) ou de nouvelles technologies coûteuses alors qu'on occulte les causes véritables.

    Un autre exemple d'un phénomène où les causes véritables sont occultées : la fertilité. Il semblerait qu'engendrer n'aille plus autant de soi qu'avant: de plus en plus de couples font appel à des technologies (dispendieuses, souvent douloureuses et compliquées). Et on fait fi des causes environnementales qui serait un élément majeur dans ce problème (comme dans les causes du cancer).

  • Yvon Bureau - Abonné 17 janvier 2012 09 h 42

    Prévention Oui Oui Oui

    Dans la prévention et dans la recherche, faudrait se souvenir aussi du lien cœur-corps-esprit. Se souvenir de TOUTE la personne et de ses relations avec autrui. Mon Moi est un Nous très complexe, mais pas compliqué du tout !

    Ce qui se passe dans le monde émotionnel, ce qui se dit dans notre cerveau et se programme souvent inconsciemment, tout ce que le corps se doit de faire face souvent héroïquement, tout cela se tient, ensemble. Ce n'est pas compliqué, le corps, ET c'est tellement merveilleusement complexe.

    Les recherches du Dr Hamer ont sûrement de quoi de bon. Dans le monde des relations avec les autres, les grands chocs émotionnels refoulés peuvent avoir tellement d'impacts négatifs et majeurs. Lors de ces chocs, en PARLER au plus tôt avec quelqu'un qui sera nous écouter, sans nous juger, est majeur et surtout pas à négliger.

    5 % des argents recueillis pour la prévention nettement est insuffisant.

    Ne regarder et traiter que les organes et les glandes, c'est insuffisant.

    Penser un peu à l'intérêt de la personne atteinte, c'est insuffisant.

    Trop d'intérêts mercantiles, ça suffit !

    Toute mon admiration aux combattantes et aux nombreux bénévoles si sincères et dévoués.

  • Dominique Châteauvert - Inscrite 17 janvier 2012 10 h 32

    Les inhibiteurs d’histones déacétylase

    En continuité avec l'intervention de M. Bureau, il est utile de signaler qu'il existe une protéine dans le foie dont la tâche est de s'attaquer uniquement aux cellules cancéreuses du corps humain, contrairement à la chimiothérapie qui attaque les autres cellules. Les recherches sur l'utilisation de cette découverte ne font que commencer. Par ailleurs, il est bien connu qu'une colère sourde affecte le métabolisme du foie. On parle alors de "se faire du mauvais sang" ou "se faire du sang de cochon". Trois de mes amies ont développé un cancer du sein suite à une trahison sexuelle de leur conjoint qui leur a été dévoilée par un tiers. Deux avaient des enfants en bas âge et la troisième était en couple depuis plus de 30 ans. Un tel évènement crée une onde de choc sur le métabolisme du corps humain et peut déstabiliser temporairement tous les systèmes de protections internes d'une personne.Si elle a trop honte pour en parler, la colère et la détresse ne peuvent s'évacuer et la maladie s'installe à demeure.

  • France Marcotte - Inscrite 17 janvier 2012 11 h 08

    Écrire avec un poil dans la main

    ...dans le sens de entravée par quelque chose.

    Cet éditorial se termine d'une décevante façon: "Et c'est pour ce côté provocant, dérangeant, qu'il ne risque pas, hélas, d'avoir une longue carrière dans un cinéma près de chez vous..."

    C'est une prédiction ou un souhait? Si c'est une prédiction, à quoi sert-il de la faire à moins de souhaiter qu'elle se réalise?

    Une chose est sûre, le spectateur pourrait sortir du cinéma avec l'idée qu'il est grand temps que, puisque personne d'autre ne le fait et comme pour ce qui a été de la corruption dans le domaine de la construction, il est grand temps que les médias donnent un bon coup dans le sens de dévoiler le pot aux roses qui se cache dans "le portrait social de la maladie" qui n'est jamais fait.

    Et puis, aller au cinéma ou non est une décision très individuelle...

  • France Marcotte - Inscrite 17 janvier 2012 12 h 07

    Ou une épine dans la main?

    Oui, cela aurait été plus juste et plus joli.