Moisissures à l'école Saint-Gérard - Info-catastrophes

Les paralumes n'ont plus de secrets depuis l'effondrement d'une portion du tunnel Ville-Marie. Désormais, on croise les doigts alors qu'on roule sur le pont Champlain. On retient son souffle lorsqu'on passe sous les viaducs. Faudra-t-il maintenant faire acte de foi supplémentaire en expédiant les enfants à l'école? «Faites que l'air qu'ils respireront aujourd'hui ne soit pas vicié...»

Sur le site internet de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), un Info-travaux permet d'avoir les nouvelles «fraîches» sur les travaux de réfection, d'entretien et d'embellissement entrepris sur les 200 écoles du territoire. De «grands chantiers» pour «bâtir l'avenir» et assurer un «milieu d'enseignement sain, adéquat et sécuritaire» au personnel et aux enfants. Une façade rassurante derrière laquelle des spores pullulent...

À quoi bon des toits neufs et des cours de récré vertes pour des écoles dont l'intérieur pourrit? La catastrophe nommée Saint-Gérard, cette école primaire de Villeray qui doit être désertée pour deux ans car elle est nuisible à la santé, sème un affreux doute: nos écoles sont-elles des lieux où il fait bon vivre?

L'affaire Saint-Gérard n'a rien d'anecdotique, voilà ce qui en fait un drame. En un an seulement, cinq écoles de la CSDM ont été touchées par le phénomène des moisissures, insidieux car invisible. Un parc immobilier bâti au tournant des années 1950, et dont l'entretien a été négligé au fil des ans, montre inévitablement un jour des signes de faiblesse. La CSDM ne peut pas affirmer qu'elle ne pouvait prévoir ce genre de problème.

Après la diffusion d'un choquant reportage d'Enjeux sur des écoles en ruines, au printemps 2007, la commission scolaire avait réagi en lançant un «grand chantier de rénovation» dans ses écoles. Le plan, soutenu par Québec et étiré sur 15 ans, promettait d'augmenter d'abord de 250% les budgets consacrés aux réparations et aux rénovations; ensuite, de quadrupler l'enveloppe pour y consacrer de 2012 à 2021 quelque 55 millions par année. Les travaux urgents? Des réfections de toitures, de maçonnerie, de portes, fenêtres, de même que la réparation des systèmes électromécaniques tels la ventilation, l'électricité, le chauffage et la plomberie.

La caméra camouflée d'un valeureux enseignant avait montré sur petit écran l'état lamentable de l'école secondaire Saint-Henri, avec un plafond dégoulinant dans des poubelles semées çà et là histoire de contrôler l'hémorragie. L'enquête posait une question toujours à propos, tournant autour de l'utilité des commissions scolaires: le Québec a-t-il les moyens d'entretenir ses écoles ou sommes-nous victimes d'une mauvaise utilisation des ressources?

La responsabilité de la CSDM est certainement ici mise en cause, ce qu'elle reconnaît en avouant qu'elle a tardé à mener de cruciales inspections. Qui dit infiltration d'eau dit risque de moisissures, ce qui n'a pas été retenu comme un danger possible. Alertée par des utilisateurs de l'école incommodés, la CSDM a en outre fait la sourde oreille trop longtemps avant d'agir. La «crise» que subissent les abonnés de Saint-Gérard était prévisible et aurait pu être évitée. Combien d'autres couvent en silence? Vite, un Info-catastrophes!
7 commentaires
  • Michele - Inscrite 13 janvier 2012 08 h 18

    Problème de gestion dans une commission scolaire

    Comment se fait-il que la même commission scolaire soit au centre du problème?

  • tohi1938 - Inscrit 13 janvier 2012 09 h 01

    Raison de plus pour abolir les Commissions scolaires!

    L'éducation et le cadre de son action est bien trop importante pour être confiée à des politicailleux d'arrière-cour!
    Il n'y a pas que les bâtisses qui soient moisies.
    Le pire dans tout ça, c'est bel et bien l'inaction des syndicats d'enseignants, toujours à l'aise pour s'occuper de grandes politiques et parfaitement incapables de se préoccuper tant de la santé des enfants que de leur formation.

  • Sylvain Auclair - Abonné 13 janvier 2012 10 h 38

    À tohi1938

    Pensez-vous vraiment que le tout serait mieux géré à partir de Québec? Parce qu'abolir les commissions scolaires, c'est centraliser toutes les décisions importantes à Québec.

  • tohi1938 - Inscrit 13 janvier 2012 13 h 44

    @Sylvain Auclair

    Pas tant parce que ce serait géré à Québec, mais parce que les standards seraient les mêmes sur l'ensemble du territoire, et parce que l'ensemble de l'électorat aurait bien plus d'influence pour exiger des services que les quelques 5% qui votent pour élire leurs commissaires d'école.
    Cela impliquerait par exemple un nombre approuvé de personnel d'entretien, et de durée de chauffage et de climatisation, et non une dépendance en fonction de budgets variables selon les Commissions scolaires.

  • romane - Inscrit 13 janvier 2012 14 h 24

    C'est à peu près fait.

    Il y a déjà, au bas des pages de nouvelles du Web, une invitation à communiquer une nouvelle intéressante. Sauf que... je ne suis pas outillé pour détecter scientifiquement quoi que ce soit . Des industries peu scrupuleuses peuvent relâcher la nuit leurs polluants, des puits de gaz de schiste fuient actuellement et ont déjà contaminé de radioactivité l'eau (de villes états-uniennes officiellement), le radon si néfaste aussi ressort. MAIS SURTOUT N'EN PARLONS PAS, TEL EST LE MOT D'ORDRE, et ne pas dire où ça se passe. Si un jour l'effectif d'inspecteurs augmente adéquatement, seront-ils transparents ou faudra-t-il une autre commission?