Haïti, deux ans après - Rester juste

Deux ans ont passé depuis le terrible tremblement de terre en Haïti, et pourtant une certaine impatience est toujours palpable quand il s'agit de dresser l'état des lieux. Le gouvernement canadien lui-même — tant par la voix hier de sa ministre de la Coopération internationale, Bev Oda, en visite en Haïti, que par celle en décembre du ministre des Affaires étrangères John Baird — se dit déçu des avancées de la reconstruction là-bas.

C'est là une critique sévère, pour ne pas dire injuste. Car ce que Haïti nous fait voir n'est qu'un concentré de toutes les illusions, toutes les subtilités et tous les effets collatéraux, parfois souhaités, parfois pervers, qui partout sur la planète caractérisent l'aide internationale.

La plus grande illusion, c'est celle du temps. Quand Haïti s'est écroulé, il fallait de toute urgence agir. Mais qu'est-ce que l'urgence? Pour l'Occidental moyen, c'est une affaire de jours, d'heures, voire de secondes. À l'échelle d'une grande catastrophe dans un pays déjà démuni, à l'échelle aussi des bureaucraties de nos démocraties comme celles des organismes d'aide, il s'agit plutôt de semaines, de mois, d'années.

Ainsi, un processus normal d'immigration s'étend généralement sur cinq ans. Le simple fait de le ramener à deux ou trois ans, c'est agir de manière accélérée, rappelait hier à Radio-Canada Marjorie Villefranche, de la Maison d'Haïti. De même, que deux ans plus tard, quelque cinq millions de mètres cubes de débris jonchent encore le sol de Port-au-Prince, c'est énorme. Mais qu'autant ait été ramassé en deux ans témoigne d'une grande efficacité si l'on compare avec le travail de déblayage mené en Indonésie après le tsunami de décembre 2004.

La subtilité, c'est de trouver l'équilibre entre les rôles de chacun, exercice des plus difficiles. Oui, il y a une industrie des ONG, qui ignorent trop souvent les instances locales. Mais celles-ci profitent aussi, sans trop rechigner, de cette présence. Il faut tout un leadership pour briser un tel cercle vicieux... et la corruption qui caractérise le système politique haïtien n'aide guère à lui confier davantage de responsabilité dans la gestion de l'aide.

Il faut enfin se méfier des solutions qui, vues de loin, ont l'air d'aller de soi. Les Haïtiens devraient, n'est-ce pas, avoir accès gratuitement à l'eau potable, surtout en pleine épidémie de choléra. Les ONG ont vu à ce besoin... au grand dam de l'économie locale car les petits commerçants d'eau ont soudain été privés de revenus et ne pouvaient se rabattre sur rien d'autre, accentuant leur dépendance envers l'aide venue d'ailleurs.

À l'inverse, les effets inattendus peuvent aussi être positifs. La reconstruction du secteur scolaire haïtien, qui va bien, a ainsi profité à des catégories d'enfants jusque-là négligées: les jeunes handicapés, si nombreux depuis le tremblement de terre, et les petits de trois à cinq ans visés par des programmes préscolaires. Sans surprise, ce début de réussite relève d'un secteur où l'engagement des ONG se couple à une réelle volonté politique, le président Michel Martelly ayant fait de l'éducation une de ses priorités. C'est bien ainsi que les avancées seront possibles, et ça n'a rien à voir avec les solutions imposées, précipitées ou magiques.

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2 commentaires
  • Dmarquis - Abonné 12 janvier 2012 09 h 06

    Une question d'attitude et de la patience

    Ce que j'ai retenu de mes deux interventions en Haïti pour l'Unité internationale de soins de l'Univ. De Montréal :

    Les haïtiens doivent être partie premante des décisions et c'est eux
    qui doivent faire le travail avec un appui technique d'étrangers.

    Il faut être patient, le tremblement de terre n'a qu'accentuer des problèmes structuraux majeurs.

    Daniel Marquis
    Bibliothécaire professionnel

  • Yvon Bureau - Abonné 12 janvier 2012 16 h 58

    Article apprécié

    Par sa justesse et par sa sagesse de vision.