Assemblée nationale - Le meilleur et le pire

Les députés de l'Assemblée nationale ont mis fin hier à leurs travaux. Chaque parti a fait son bilan, flatteur pour lui-même et vindicatif pour les adversaires. De fait, nous avons connu au cours de cette année le meilleur et le pire de la politique.

Le meilleur aura été d'abord l'arrivée à la présidence de l'Assemblée, le printemps dernier, de Jacques Chagnon. Il a su réinstaurer le décorum qui permet d'éviter les dérapages. Le mauvais spectacle qu'était devenue la période de questions n'existe plus. Certes, les échanges demeurent vifs, rien de plus normal en politique. Les députés ont toutefois compris que s'ils ne retrouvaient pas un minimum de respect mutuel, ils allaient perdre l'écoute de la population.

Dans ce contexte, l'opiniâtreté de l'opposition, toutes couleurs confondues, à obtenir la tenue d'une commission d'enquête publique sur la corruption dans l'industrie de la construction est à souligner. Jour après jour, elle a mis le gouvernement sur la sellette, jusqu'à ce que le premier ministre Jean Charest se rende au souhait presque unanime de tout le Québec et crée la commission Charbonneau. Elle a fait son travail.

Le meilleur, ce fut aussi l'unanimité de la Chambre pour l'adoption des projets de loi 33 sur le placement dans l'industrie de la construction et 35 sur la fraude dans cette même industrie. Une unanimité qui s'est également manifestée pour dénoncer l'abolition par Ottawa du registre des armes à feu d'épaule et le durcissement des peines pénales des jeunes contrevenants. L'adversité extrême entre les partis avait rendu impossible la recherche de terrains d'entente ces dernières années. Ici aussi, les députés ont compris que la recherche du bien commun pour laquelle ils sont élus exigeait de mettre de côté les oppositions partisanes.

Le pire, on l'aura vu alors que se manifestaient au grand jour les effets pervers de certaines des politiques du gouvernement Charest. L'effondrement cet été d'une série de paralumes sur l'autoroute Ville-Marie aura montré à quel point la capacité de l'État à agir avait été réduite par la réingénierie de l'État mise en place au début du présent régime libéral. En quelque sorte privatisé, le ministère des Transports n'était plus en mesure d'assurer la gestion et la surveillance de travaux. Ce que confirmera le rapport Duchesneau, qui montrera qu'au surplus cette politique a favorisé la collusion entre entrepreneurs, des dépassements de coûts et de possibles retours d'ascenseurs vers la caisse électorale libérale. Et il y aura eu cette manipulation de dossiers pour l'octroi de places en garderie, dénoncée ces dernières semaines par l'opposition.

Le spectacle politique le plus désolant est toutefois venu du Parti québécois, où la contestation ouverte et quasi permanente du leadership de sa chef aura exposé de façon crue les querelles idéologiques, mais aussi personnelles, opposant plusieurs députés à Pauline Marois jugée incapable de conduire le parti dans la prochaine élection.

Cette crise n'est pas survenue inopinément. L'entrée en scène de la Coalition avenir Québec de François Legault vient tout perturber. Plus rien n'est certain pour quelque parti que ce soit. La fidélité des électeurs n'est assurée pour aucun. D'où sans aucun doute ce changement d'attitude des députés observé ces derniers mois que souhaitaient les électeurs. C'est comme si on s'était rappelé, alors que s'amorce la quatrième année du mandat du gouvernement Charest, que ce sont ces électeurs qui décideront de leur sort.

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4 commentaires
  • eric turenne - Inscrit 10 décembre 2011 13 h 36

    Le Prince

    Et oui Charest ne pourra plus duper la population.

    Ou le pourrait il encore.

  • Jean Lapointe - Abonné 10 décembre 2011 15 h 41

    Spectacle désolant en effet

    Le spectacle fut désolant en effet du côté du Parti québécois mais, à mon avis les médias y ont contribué à plein, y compris LE DEVOIR.

  • Lise Moga - Inscrite 11 décembre 2011 07 h 42

    Réinstaurer le décorum, ça s'imposait

    En effet, M. Jacques Chagnon a su obliger les acteurs à s'exprimer comme des gens éduqués et civilisés. J'en avais plus qu'assez des comportements de fond de cour d'école qui sollicitaient plutôt les instincts primitifs des observateurs. Je souhaitais être représentée par des gens qui attachent de l'importance au respect: ça facilite grandement mon rôle d'éducatrice. J'ai particulièrement apprécié l'unanimité à adopter les lois 33 et 35. Il était temps de rendre la corruption illégale et qu'il y ait des conséquences à frauder la population. C'est un bon début!

  • Yvon Bureau - Abonné 11 décembre 2011 17 h 34

    Au bilan, une fierté

    La Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité a terminé ses 29 jours de consultation en mars dernier. Dans un travail parlementaire remarquable, dans une harmonie qui fait envie, dans une solidarité humble et créatrice. «La Commission a reçu plus de 300 mémoires et demandes d’intervention et près de 6800 réponses au questionnaire en ligne. Après 29 jours d’auditions et 8 villes visitées, il s’agit de l’une des consultations générales ayant suscité le plus d’intérêt si l’on tient compte qu’une bonne consultation reçoit généralement une cinquantaine de mémoires.»

    Vient le rapport en février prochain. Sera remis à l'ANQ.

    2012 sera au Québec une année pour des assises solides pour une fin de vie plus digne, plus sereine, dans un système inclusif de soins appropriés et personnalisés de fin de vie.

    Fierté à notre ANQ ! Gratitude à la CSSS/QMDignité !

    www.collectifmourirdigneetlibre.org
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