Périmètre de sécurité - L'abdication

La libre circulation des biens a désormais pour pendant la moins libre circulation des personnes. Il y a tout de la compromission dans l'entente «historique» signée mercredi par le premier ministre Stephen Harper et le président américain Barack Obama, qui mêle allègrement commerce et sécurité.

Les Américains n'en sont toujours pas revenus: dix ans après le 11-Septembre, ils restent convaincus que le Canada est un repaire de terroristes et qu'il est de leur devoir de se mêler de les débusquer.

Pas plus tard qu'en septembre dernier, cette thèse se retrouvait en toutes lettres dans un rapport émanant du département du Homeland Security, qui supervise notamment l'agence frontalière américaine. On y évoquait dès lors la possibilité d'ériger un mur entre les deux pays pour empêcher les passages illégaux! Le gouvernement américain a rapidement corrigé le tir: cette option n'était pas envisagée... «pour le moment». Mais il faut avoir ce scénario en tête quand il s'agit d'analyser le nouveau Plan d'action sur la sécurité du périmètre et la compétitivité économique conclu par le tandem Harper-Obama.

Le plan répond certes à des besoins commerciaux: du côté canadien, on se plaint depuis longtemps des tracasseries administratives qui nuisent à l'accès au marché américain. En juillet 2009, un rapport conjoint des chambres de commerce canadienne et américaine en donnait une trentaine d'exemples, insistant sur l'urgence d'agir. On comprend dès lors que Perrin Beatty, président de la Chambre de commerce du Canada alors comme aujourd'hui, ait été dithyrambique mercredi. «Noël arrive tôt cette année pour tous les Canadiens», a-t-il commenté.

Mais il y a un monde entre l'uniformisation des noms des coupes de viande ou la facilitation des échanges des composantes nécessaires à la fabrication des voitures et l'accès aux informations personnelles des voyageurs.

Le gouvernement Harper fait tout un plat de la protection de la vie privée contre l'ingérence de l'État: c'est pour cette raison qu'il a aboli tant le registre des armes à feu que l'obligation de répondre au formulaire long du recensement. Pour mieux marteler son point, il a même osé évoquer des risques imaginaires d'emprisonnement.

Mais les milliards de dollars du commerce américain incitent à tous les compromis. Après l'obligation faite aux Canadiens de se doter d'un passeport pour entrer aux États-Unis, il faudra maintenant que le Canada note spécifiquement qui sort du pays et pour combien de temps, information qui sera disponible aux Américains qui en feront on ne sait trop quoi.

La seule certitude, c'est que les risques de dérapage sont bien réels — le cas Maher Arar, Canadien que les Américains ont sans vergogne et sans preuve expédié en Syrie où il a été torturé, ne peut mieux le démontrer. Et l'on connaît leur fâcheuse tendance à dresser des listes de suspects bourrées d'erreurs, qui ont un impact épouvantable sur ceux qui sont pris dans de tels filets.

En septembre dernier, un ancien diplomate canadien, Gar Pardy, s'inquiétait de l'entente qui était alors en préparation. Il dénonçait vivement les importantes concessions demandées par les Américains en matière de sécurité. À la rigueur, soulignait-il dans un rapport, l'échange d'informations serait acceptable s'il y avait un organisme où porter plainte. Or, ce mécanisme n'existe pas dans l'entente de mercredi. Il ne faut pas s'en étonner: les Américains n'abandonneront aucune parcelle de contrôle en matière de sécurité.

Le Canada sacrifie donc les droits civils au commerce. C'est en ce sens, terrible, qu'il s'agit d'une entente sans précédent.

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12 commentaires
  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 9 décembre 2011 07 h 42

    Le Canada

    Qu'est-ce que le Canada? Un état américain a qui on a laissé sa propre constitution et quelques photos de la reine d'Angleterre.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • L Eclair - Inscrit 9 décembre 2011 08 h 40

    L'envers est l'endroit

    Alors, on roule à toute allure vers la prison virtuelle dans le nouveau CANAMRIKA. La marche à reculons ne semble pas effrayer nos polis petits chiens car ils ont des yeux tout le tour de la tête. Ils ne trébucheront pas. Et vous ? Moi ? Possiblement vous serez confondu un jour car vous porter le même nom qu'un présumé terroriste, fantôme il va de soi. Et nous mangerons tous de bons légumes assaisonnés de non moins succulent pesticides. Non mais, parce que ces incompétents amerikan ont laissé se produire l'effondrement des tours que l'on sait, nous allons perdre et la santé et notre vie privé. Ça vaut le coup, non ?
    C'est toujours fascinant que le meilleur et le pire se lient inexorablement. Il parait que l'harmonie naît de la tension entre les contraires. Un peu comme l'équilibre d'une tige sur son pivot parfaitement centré. Et bien allez-y, demandez donc où est l'équilibre à nos polis petits chiens. Il paraît aussi qu'un état qui craint ses citoyens se comportement à l'allure d'un tyran. Et bien nous y voilà. En pleine face. Des centaines de milliers de gens frôlent la mort chaque année car ils ont été piqué par une abeille ou un autre insecte piqueur. Vous avez compris, les abeilles sont de trop. Et ces gens se disent honorable. DE la grâce divine. Pouah, révoltant.

  • Isabelle Boulais - Inscrit 9 décembre 2011 08 h 46

    pourrait on cesser d'utiliser le mot sécurité

    Le mot sécurité a été détourné, cessons de l'utiliser et nommons un chat un chat. Le mot sécurité a été travestit, il remplace maintenant le concept de contrôle et de répression.

  • Jacques Gauvin - Inscrit 9 décembre 2011 08 h 56

    Et la Chine?

    N'est-ce pas l'argument de l'importance de la valeur potentielle des échanges commerciaux et de la nécessité de faire commerce avec la Chine que l'on a invoqué pour reprocher à Harper son manque de tact en soulevant la question les droits de la personne dans ses relations avec ce pays?

  • JAMAIS UN QUeBEC PAYS - Inscrit 9 décembre 2011 09 h 09

    Ce qui fait mal au Canada

    Ce qui entache le Canada au yeux des américains, et avec raison, c'est notre politique d'immigration et nos largesse envers les réfugiés. Contrairement à presque la totalité des pays, nos acceptons les réfugié très facilement, quelqu'un n'a qu'à ce dire en danger dans son pays pour qu'il soit accepté et relâché dans la société pour ensuite perdre sa trace. Des résidents permanents sont des criminel notoire et même dangereux et nous prenons des années avant de les expulser et même là si il prétende être en danger à leur retour on reconsidère, comme si la vie de nos honnête citoyens valait moins que la vie de ce criminel qui un jour mettra la vie d'un des notre en danger.
    Si nous avions des politique beaucoup plus rigoureuse et un contrôle absolut de nos résident permanent et de nos réfugiés, alors les USA aurait plus confiance en nous.
    Savoir qui entre et sort du pays est une chose qui se fait partout, après tout les USA sont un pays indépendant tout comme le Canada et il est aussi important pour eux comme pour nous de savoir qui est à l'intérieur et qui en est sorti. Qui a t il de mal à cela. Allez en Europe et on vous contrôle à l'entrée et à la sortie, les pays européen savent en tout temps qui est dans le territoire quand ils sont entrés et quand ils sont sorties.
    Je ne vois absolument pas ou est le problème à ce sujet.