Réchauffement - Le bonnet d'âne

C'était écrit dans le ciel, le Canada se retirera probablement avant l'échéance du protocole de Kyoto, auquel il avait adhéré sous le gouvernement de Jean Chrétien. Tout indique qu'il ne respectera pas non plus les engagements pris à Copenhague, ni même ceux de l'an dernier, à Cancún. Tout cela favorise le cynisme ambiant, mais le pire serait que, d'ici l'annonce officielle du retrait, ce gouvernement s'amuse à saboter les négociations en cours qui visent à prolonger le traité de deux années pour assurer la transition vers un nouvel accord.

Il y a deux façons d'analyser la position du Canada à la Conférence des Nations unies qui se déroule à Durban, en Afrique du Sud. La première consiste à prétendre qu'il serait un peu court de blâmer le Canada puisqu'il ne fait que suivre la voie tracée par de plus importants pollueurs que lui, comme les États-Unis, la Russie et le Japon. Tant que ces pays et d'autres encore, comme la Chine et l'Inde, s'opposeront à une entente contraignante, le Canada se tirerait une balle dans le pied en militant pour un après-Kyoto contraignant.

À l'inverse, l'autre analyse nous invite à croire qu'à titre de pays développé grâce à la qualité de ses institutions et à l'abondance de ses ressources, le Canada aurait tout à gagner à appartenir à l'avant-garde des pays qui travaillent à la protection de l'environnement et à l'amélioration de la qualité de la vie sur la planète. Le réchauffement climatique étant une menace pour les générations futures, c'est aujourd'hui qu'il faut agir. Loin de nuire à leur propre développement, les pays qui prendront l'initiative d'investir intelligemment dans l'innovation, les technologies vertes et les énergies alternatives seront aussi ceux qui profiteront le plus des retombées de la lutte contre les GES.

De ces deux visions, le gouvernement Harper a choisi la première, et ce, sans même se soucier des conséquences pour la réputation du Canada, pas plus que des conséquences pour l'avenir de mettre tous ses oeufs dans le panier des énergies fossiles.

Lundi, à Durban, le Canada s'est vu décerner non pas un, mais deux des trois prix Fossile de la journée décernés par le réseau des groupes environnementaux. Le troisième prix est allé au Royaume-Uni, pour avoir tenté de faire exclure le pétrole canadien de la catégorie des carburants les plus polluants de l'Union européenne. Presque un tour du chapeau!

Depuis l'arrivée des conservateurs au pouvoir, le Canada n'a à peu près rien fait d'important pour s'attaquer au réchauffement climatique. L'objectif des conservateurs est simple, voire simpliste. Le Canada a une priorité, celle d'accroître l'extraction de pétrole des sables bitumineux pour l'exporter. Et pour atténuer l'impact de cette activité, la seule chose qu'on a cru bon faire est de financer des projets-pilotes d'enfouissement du CO2. D'ici dix ans, les émissions de GES de l'Alberta auront triplé, alors qu'elles représentent déjà le tiers des émissions canadiennes!

De ce gouvernement allianciste et militariste acquis aux intérêts de l'industrie, on ne pouvait sans doute pas s'attendre à ce qu'il assume un rôle très constructif au sein de la communauté des défenseurs de l'environnement. Mais de là à ce qu'il profite, comme le veut la rumeur, de son statut de signataire du protocole de Kyoto encore actif pour saboter le travail de ceux qui veulent prolonger le traité le temps de négocier une nouvelle entente, voilà qui serait particulièrement méprisable et désastreux, tant pour la planète que pour la réputation du Canada.
17 commentaires
  • Jacques Morissette - Inscrit 30 novembre 2011 03 h 12

    Des pays qui ne respectent pas vraiment les règles établies engendrent la méfiance.

    Il faudrait que tous les pays acceptent la contrainte de Kyoto pour ne pas qu'il y ait d'inégalité, selon la mentalité de la croissance économique. Par contre, très possible aussi qu'il y ait une certaine méfiance entre les pays, même si tous acceptaient le protocole de Kyoto. En effet, des règles sont établies pour être respecter, sinon, et c'est peut-être le cas entre les pays actuellement, des règles non respectées par tous pourraient engendrer la méfiance. De là, il n'y a qu'un petit tout pas pour dire qu'ils n'en veulent pas.

  • Fabien Nadeau - Abonné 30 novembre 2011 08 h 09

    Prix Fossile Harper

    Prix Fossile Harper, eh que ça sonne bien, que c'est harmonieux! Les Canadiens commencent à voir la vraie couleur de la marque Harper, le reste du monde aussi.

  • Jean Michaud - Inscrit 30 novembre 2011 08 h 44

    À lire,

    Mme Isabelle Robillard, écrit dans ce journal, (à lire dans l'article): Ottawa met le protocole de Kyoto derrière lui.
    Son analyse vaut tous ce qui a été dit pour entretenir la haine des Conservateurs, elle amène Le son de cloche qui, enfin, dit la vérité sur ce faux réchauffement. En passant dépêchez vous de parler du réchauffement car dans quelques semaines, il fera -30 et le réchauffement nous passera là où le dos perd son nom. Je vous imagine, les antis Conservateurs, tenir votre discours pendant que nos narines ne voudront plus se décoller dû au froid que nous vivront. Ce qui me scandalise le plus dans vos commentaires est l'absence totale de compréhension, la Terre, personne ne comprendre comment elle fonctionne et de petit himain pour garder leur subvention vos font peur et vous osez leur donner de la crédibilité pour entretenir votre haine des conservateurs, un manque de jugement qui ne fait que vous gardez dans votre ignorance.

  • Jamal Kazi - Inscrit 30 novembre 2011 09 h 35

    @ Jean Michaud

    Il me manque de l'information pour apprécier ce que vous dites. Quelle est la différence entre climat et météo? Quelle est la différence entre les montants de subventions qui vont à l'industrie pétrolière et gazière vs celles qui vont aux groupes environnementaux ou de recherche qui traitent des changements climatiques? Est-ce possible d'être critique sans haïr? Et, dans l'incertitude, entre réduire nos émissions de carbone et causer des torts économiques violents mais réparables et se tromper, ou ne rien faire et subir des torts économiques et écologiques irréversibles parce qu'on s'est trompé, qu'est-ce qui est moins pire?

  • Marco - Inscrit 30 novembre 2011 09 h 46

    Des sources, M.Michaud, SVP!!

    À propos de l'article d'Isabelle Robillard... je ne le trouve malheureusement pas.

    J'y ai vu ses commentaires à l'article en question, mais d'article signé de sa main, aucun.

    Ça pourrait être très intéressant pour le bénéfice des lecteurs... Puisqu'elle se présente comme une géologue!! Ça pourrait en effet nous changer du discours alarmiste ambiant!!

    Merci!