Santé - Du pain sur la planche

Après deux jours de discussion à huis clos, les ministres de la Santé des provinces et territoires ont rencontré, hier, leur homologue fédérale, Leona Aglukkaq, pour lui faire part de leurs préoccupations, dont l'éternelle question du financement de cette machine monstrueuse qui absorbe les dollars comme une éponge.

Étude après étude, le constat est toujours le même: malgré les dizaines de milliards investis au cours des dernières années, notre système de santé présente encore des lacunes d'accessibilité majeures à un médecin de famille, aux interventions chirurgicales, aux soins à domicile et aux urgences, sans parler du manque de places en centres intermédiaires et de longue durée pour les aînés.

Lors des dernières négociations entre Ottawa et les provinces, en 2004, le libéral Paul Martin avait accepté de laisser le Transfert canadien en santé (TCS) pour les provinces grimper de 6 % par année jusqu'en 2014. Plus récemment, en campagne électorale le printemps dernier, Stephen Harper a promis de maintenir ce taux au-delà de 2014, jusqu'en 2016 croit-on, sans toutefois en préciser les conditions.

Ce que craignent certaines provinces, avec raison, c'est qu'Ottawa impose ses propres priorités de gouvernement conservateur et qu'en plus, il réduise l'ensemble des transferts aux provinces, dont le TCS, mais aussi la péréquation. Si tel était le cas, les provinces qui assument aujourd'hui plus que les trois quarts des coûts, comparativement à la moitié seulement à l'origine du programme, se retrouveraient en très mauvaise posture.

À cause des déficits importants enregistrés depuis 2009, tous les gouvernements cherchent à réduire la croissance de leur budget santé comme mesure de retour à l'équilibre. Au Québec, le gouvernement Charest qui est parvenu à contenir la croissance entre 4 % et 6 % par année, comparativement à 7,6 % pour l'Ontario, veut aussi forcer la note pour atteindre le déficit zéro dans deux ans. Paradoxalement, cela fournira un argument de plus à Ottawa pour faire passer sa participation sous la barre de 6 %... Un cercle vicieux: plus Ottawa réduit sa part, plus les provinces sont serrées et plus elles doivent accentuer leurs efforts de compression, aux dépens des malades.

Cela dit, il reste énormément à faire pour accroître l'efficacité du réseau et améliorer la qualité des services partout au pays. Les projets pilotes et les exemples étrangers sont nombreux, mais l'audace et le courage politique font souvent défaut. Qu'il s'agisse de financer les établissements en fonction de la clientèle desservie ou de confier une partie du travail à des infirmières cliniciennes au lieu des médecins, d'accélérer l'informatisation du dossier médical et l'achat groupé de médicaments ou de revoir la formule de rémunération des médecins, le temps presse et les besoins se multiplient. Cessons d'ajouter de nouveaux services coûteux comme la procréation assistée pour se concentrer sur les soins essentiels qui font encore si cruellement défaut.

Après avoir consacré beaucoup d'énergie et d'argent aux fusions de structures et d'organigrammes, le ministère de la Santé doit recentrer son action. Ce n'est pas parce qu'on parle moins du système de santé depuis quelque temps que le malade se porte mieux.

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