Droits de scolarité - Une manif nécessaire

Ce n'était pas la manifestation historique de 2005, celle qui avait réuni plus de 80 000 jeunes pour protester contre la transformation des bourses étudiantes en prêts. Mais les 20 000 personnes qui ont fait part hier de leur mécontentement devant la hausse brutale des droits de scolarité prévue par le gouvernement libéral ont montré que le mouvement étudiant avait encore du ressort.

Le gouvernement Charest a besoin d'entendre clairement qu'il va trop loin, trop vite et trop brusquement. Pour certains étudiants, cela les mène tout droit vers un mur. Pour la société québécoise, c'est un mauvais message que l'on tente de lui faire avaler avec des arguments fallacieux.

Obliger les étudiants à subir une hausse de 75 % sur cinq ans de leurs droits de scolarité en faisant valoir que cela n'est pas grave puisque leurs études leur vaudront plus tard de gros salaires, c'est taire le fait que c'est d'abord la société toute entière qui s'enrichit quand elle compte un grand nombre de diplômés. Cela accepté, c'est ensuite qu'on doit poser la question: qui doit payer pour y arriver? Qui doit donner le coup de pouce supplémentaire qu'on dit aujourd'hui indispensable pour financer les universités? Le gouvernement ne demande rien aux entreprises et le recours à l'impôt a été démonisé dans nos sociétés séduites par les solutions de droite. Il ne reste donc que les étudiants comme vaches à lait.

Le gouvernement a décidé de se donner 1968, année de fondation du réseau de l'Université du Québec, comme repère pour déterminer la hausse à appliquer. Il ne dit pas toutefois qu'à l'époque, les frais afférents n'existaient pas, alors qu'aujourd'hui, ils ajoutent des centaines et des centaines de dollars à la facture annuelle «officielle» de 2415 $ que coûte présentement au Québec une année universitaire. De cela, il ne parle jamais.

Il n'insiste pas trop non plus sur la mauvaise gestion qui draine des centaines de millions de dollars dans les universités et qui est parfaitement symbolisée par l'îlot Voyageur, aventure immobilière de l'Université du Québec à Montréal maintenant abandonnée aux quatre vents. Le gouvernement dit que la surveillance sera désormais plus serrée. Mais ce tour de vis est plus léger que celui imposé aux étudiants.

Car le problème, ce n'est pas l'augmentation en soi: à 100 $ de plus par année, comme cela se pratiquait depuis cinq ans, il y avait là une progression encore acceptable. En décidant de courir trois fois plus vite, sans s'assurer qu'il n'y aura pas d'impact sur l'accessibilité aux études, sans ajuster son programme de prêts et bourses (auxquelles 80 % des étudiants n'ont pas accès puisque dès que papa et maman font, à deux!, 60 000 $ par année, un jeune n'y a plus droit), le gouvernement a opté pour la précipitation plutôt que le geste mesuré.

Il y a de l'injustice dans cette façon de faire. Et bien de la condescendance de la camoufler derrière une supposée équité intergénérationnelle.
10 commentaires
  • Sylvio Le Blanc - Abonné 11 novembre 2011 07 h 45

    «tout entière»

    et non «toute entière»

  • Maurice Arbour - Inscrit 11 novembre 2011 08 h 02

    Encore ici, M. Charest avancera en arrière...

    L'homme est incapable de prendre les bonnes décisions en temps utile.L'incompétence est comme une maladie mortelle:on peut la soigner mais à la fin, on n'y peut rien. Et dire que ce type dirige le Québec depuis 2003...

  • Jean V. - Inscrit 11 novembre 2011 08 h 06

    Hausse Brutale

    6$ par semaine de hausse brutale, pendant ce temps, les travailleurs, eux, reçcoivent des hausses d'essence, de taxe, d'électricité,de consommation, de frais de scolarité, de garde et j'en oublie. Les syndicats qui manipulent nos enfants en payant les autobus, en les robotisants comme ils l'ont fais avec leur parent. Restons comme nous sommes, des Universités et des Cegeps qui ne performent pas. Bravo.

  • Jean Lapointe - Abonné 11 novembre 2011 08 h 25

    L'éducation devrait être l'affaire de tout le monde.


    L' éducation par elle-même ne peut pas remédier aux inégalités qui existent dans nos sociétés mais elle peut y contribuer.

    Mais pour que l'éducation contribue à la réduction des inégalités, ce que j'espère tout le monde souhaite, il faut lui en donner les moyens.

    Les moyens sont limités c'est évident. Mais ce n'est sûrement pas en faisant payer les étudiants toujours de plus en plus qu'on va y parvenir parce que les mêmes chances ne seront évidemment pas données à tout le monde.

    Il n'est pas nécessaire ni souhaitable que tous les étudiants puissent poursuivre des études supérieures mais le plus grand nombre possible d'entre eux doivent pouvoir avoir la possibilité d'y accéder.

    Tout le monde en bénéficierait. Et, comme tout le monde en bénéficierait, c'est à tout le monde d'en défrayer le coût.

    Pour cela nous avons un Etat dont c'était la responsabilité.

    Mais de nos jours nous avons un gouvernement qui ne prend pas ses responsabilités au sérieux sous prétexte que ça coûterait trop cher de continuer comme avant. Mais les moyens qu'il prend pour en réduire les coûts de la part de l' Etat vont dans un sens tout à fait opposé à celui qui avait été donné à l'enseignement supérieur.

    Ces moyens ne peuvent que maintenir si non amplifier les inégalités sociales.

    L'éducation doit être l'affaire de tout un peuple. C'est donc à nous de décider ce que nous voulons.

    Si nous voulons réduire les inégalités, ce qui m'apparaît comme ce qui est le plus humainement souhaitable, nous devons donc élire pour nous gouverner des gens qui veulent faire de l'éducation le moyen par excellence de former les gens dont la société future aura besoin pour se développer et aussi comme un moyen de réduire le plus possible les inégalités.

    Et ce n'est que dans une telle perspective que les jeunes eux-mêmes pourront s'épanouir.

    Ce n'est sûrement pas en mettant sur pied un système fondé presqu' exclusivement sur l'ind

  • Michele - Inscrite 11 novembre 2011 10 h 21

    L'éducation reflect des idéaux de la société québécoise?

    Suite à la démarche démocratique entâmée par les États généraux sur l'éducation en 1995, un programme scolaire a été conçu afin d'offrir aux jeunes québécois, une éducation préoccupée par le principe d'équité des opportunités. Sur papier, c'est la mission de l 'école publique au primaire et secondaire.

    Or, en réalité de plus en plus de parents fuient le secteur public et opte pour une éducation privée, 30% des parents montréalais font ce choix. Face à un surplus de jeunes arrivant aux études supérieures, les exigences pour entrer au CEGEP et à l'université ont été augmentées. Miantenant on veut imposer une augmentation des frais de scolarité?

    En somme, alors que l'on prône officiellement une démocratisation de l'éducation, les mieux nantis s'accordent des privilèges, on resserre les exigences pour accéder aux études supérieures et on augmente les frais de scolarité. Quelle est la logigue, équité sur papier et élitisme en réalité?

    La Commission Royale d'enquête, le rapport Parent, remonte à 1963. Il est peut-être temps de revoir tout le système éducatif à l'intérieur d'un cadre formel afin de se doter d'un système éducatif équitable, si c'est vraiment encore une valeur à la quelle tienne les Québécois? En tout les cas, il me semble fort questionnable qu'un seul Parti politique prenne une telle décision.