Finances fédérales - Ottawa se calme

Pour la troisième fois, c'est en dehors du Parlement que le ministre des Finances canadien, Jim Flaherty, a livré sa mise à jour budgétaire de mi-année. Faut-il croire que le jeu démocratique cède le pas à la partisanerie quand les nouvelles ne sont pas très bonnes?

Quoi qu'il en soit, c'est devant la Chambre de commerce de Calgary au lieu de la Chambre des communes que M. Flaherty a confirmé qu'Ottawa ne reviendrait pas à l'équilibre budgétaire en 2014-2015 comme promis par le premier ministre, mais un an plus tard, peut-être même deux.

Bien sûr, c'est la conjoncture qui force Ottawa à revenir à ses prévisions d'avant les élections. Et cela, pour autant qu'il parvienne à trouver les 4 milliards de dollars de compressions qui devaient permettre de devancer l'objectif d'une année.

Pour éviter de nuire à la croissance, le ministre réduit de moitié la hausse des cotisations d'assurance-emploi qui devait entrer en vigueur en janvier prochain et reconduit le programme de travail partagé tout en le bonifiant. C'est bien peu, et il aurait mieux valu ne pas augmenter les cotisations alors que l'emploi se contracte, mais de la part de ce gouvernement, c'est la solution du moins pire!

C'est donc dire que le déficit fédéral, qui est de 31 milliards cette année, diminuera à 26,4 milliards l'an prochain, puis à 15 milliards l'année suivante et à 3,5 milliards en 2014-2015, avant de repasser du côté positif la cinquième année seulement. Quant à la dette nette, qui est de 34 % du PIB à l'heure actuelle, elle devrait quand même baisser à 30 % du PIB dans cinq ans, un niveau très acceptable au regard de celui des pays de l'OCDE.

Il faut dire qu'à la différence des provinces qui ajoutent à leur dette toutes leurs dépenses en infrastructures, Ottawa inclut les sommes qu'il verse aux provinces à cette fin dans ses dépenses de l'année courante. Cela a pour conséquence de gonfler son déficit courant en période de récession, mais quand celui-ci tombe à zéro, la dette diminue rapidement, contrairement à celles des provinces qui continuent d'augmenter même après l'atteinte de déficit nul.

En reportant l'équilibre budgétaire d'une année, le gouvernement conservateur se montre moins doctrinaire que par le passé. Certains diront que la souplesse dont il fait preuve est un signe de faiblesse, qu'il aurait dû maintenir 2014-2015 comme cible et en profiter pour réduire la taille de l'État fédéral. Cette approche aurait exigé des compressions récurrentes d'au moins 8 milliards par année, soit le double de ce qui est envisagé... et qui pose déjà problème. D'autant plus que la caisse d'assurance-emploi n'est plus la machine à boucher les trous qu'elle était du temps des libéraux!

À moins de revoir à la baisse le niveau actuel des transferts aux individus et aux provinces, l'exercice de coupes à la tronçonneuse n'est réaliste que dans la tête des gérants d'estrade de la droite doctrinaire. Un gouvernement qui réduit le fardeau des entreprises au point de se vanter d'offrir un taux d'imposition pour les investissements «nettement moins élevé que tout autre pays du G7» serait très mal venu de s'attaquer aux services essentiels à sa population!

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