Démission de Papandréou - Le dépit

Après l'Irlande, le Portugal et l'Espagne, voilà que les plans d'aide assortis de mesures d'austérité et d'une indifférence absolue pour la croissance ont poussé le premier ministre grec, Georges Papandréou, à la démission. Comparativement à l'abandon, par exemple, de l'Espagnol José Zapatero, le départ du chef du gouvernement grec est propre à susciter son lot de dépit tant il dévoile les vices démocratiques confectionnés à la faveur de la crise de l'euro par les pays qui partagent l'euro. Ce départ divulgue également une perversion: la Commission européenne, présidée par le frileux, politiquement parlant, José Barroso, a favorisé une addition et une concentration des pouvoirs sans précédent dans l'histoire récente de l'UE. Au profit de qui? L'Allemagne d'abord, la France ensuite.

On dit et on répète, avec raison d'ailleurs, que l'idée de Papandréou d'organiser un référendum a de fait précipité sa chute. On ne soulignera jamais assez que le énième chapelet de privations imposé dans la foulée du dernier plan d'aide l'a mis dans l'obligation d'avancer cette idée. Il avait le devoir démocratique de soumettre au peuple grec l'adoption ou le rejet d'un cocktail dont la recette emprunte à la saignée. Pour s'en convaincre, il suffira d'évoquer les conséquences socio-économiques constatées depuis que les tartuffes du groupe euro se sont penchés au chevet de la Grèce.

Au cours de la présente année, le taux de suicide a augmenté de 40 %. Au cours de la présente année, le nombre de personnes ayant contracté le VIH à la suite des compressions ordonnées dans le réseau de la santé est en hausse de 52 %. L'organisme Médecins du monde, qui s'était installé à Athènes pour soigner les migrants, a stoppé cette mission pour la reconcentrer sur des milliers et des milliers de Grecs pauvres. L'exil de jeunes diplômés vers Londres, Berlin et Paris a atteint des records. Le centre des sans-abri de la capitale a distribué 30 % de repas en plus qu'en 2010. Dans une étude récente, la London School of Economics, qu'on ne peut accuser de déviance gauchiste, assure que «les pauvres ont clairement contribué dans une plus grande proportion de leur revenu à l'effort fiscal». Quoi d'autre? L'Église orthodoxe et le clan des armateurs, grâce aux paradis fiscaux, ne paient pas d'impôts. Bonjour les dégâts!

Cela étant, le dernier épisode politique écrit par Papandréou en tant que premier ministre a mis en relief une faille énorme. Grâce à lui, c'est le cas de le dire, les députés européens ont découvert, éberlués, que les balises inscrites dans le traité de Lisbonne en ce qui a trait aux dossiers économico-politiques étaient ténues, extrêmement faibles. On se souviendra que le traité en question a été pour ainsi dire imposé après qu'une majorité de Hollandais et Français eurent dit non au projet de constitution. Bref, ce chapitre en dit long, très long, sur les carences démocratiques qui rythment la vie de l'UE depuis lors. La force de frappe déployée la semaine dernière par Merkel et Sarkozy, dit «Merkozy», le confirme.

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4 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 8 novembre 2011 05 h 52

    Idéologie, quand tu nous tient...

    S'il y a une chose qui serait commune aux idéologues souverainistes, indépendantistes ou associationistes, c'est la mauvaise description, quand ce n'est pas la détestation, de l'Union europoéenne qui pourtanrt évolue, lentement peut-être, mais sûrement vers un système fédéral. Ils transpose sur le plan international leur rejet du système canadien. Pourtant l'évidence est là.
    Bref rappel: L'UE a une Cour suprême; un Parlement de 736 députés élus tous les cinq ans par les électeurs des 27 États membres de l'Union au nom de ses 500 millions de citoyens; une Commission qui joue le rôle de Gouvernement; un siège à l'ONU; un ministère des Affaires étrangères (appelé Service européen pour l'action extérieure) qui définit et applique une politique étrangère commune, et qui gère des Ambassades (appelées Délégations) dans tous les pays du Monde.
    L'UE a tous les attributs d'un pays autonome. Elle peut négocier et signer des traités au nom de tous et qui engagent chaque pays membres. L'UE est seule membre, au nom des 27 dans la consotium de la Station spatiale internationale de même que dans plusieurs Organisations internationales dont l,Organisation mondiale du commerce.
    Les citoyens des 27 pays mebrers ont désormais la nationalité européenne, un passeport européen, un permis de conduire européen, et 16 pays ont abandonné leur monnaie, parfois millénaire, pour adopter l'euro.
    Cette construction n'est pas encore totalement achevée, mais ses institutions et son orientation ont tout de l'esprit fédéral. Loin d'être le seul, l'ancien président de la France, Valérie Giscard d'Estaing l'affirmait haut et fort, dès 2002.

  • Gilbert Talbot - Abonné 8 novembre 2011 09 h 43

    Merci monsieur Truffaut pour ces informations

    Votre édito n'est pas seulement une honnête prise de position, mais de plus elle s'appuie sur des informations qui circulent peu sur la tragédie réelle de ce petit pays, historiquement si grand pour tous les Occidentaux. En vous lisant, on dirait un pays du tiers monde tellement sa désolation est grande.

  • Bernard Terreault - Abonné 8 novembre 2011 10 h 19

    @Georges Paquet

    L'essence même des pouvoirs d'un parlement dans tous les systèmes démocratiques, de quelque tradition qu'il s'inspire (américaine, française, britannique), est le pouvoir de voter le budget et de lever des impôts et des taxes ("no taxation without representation"). Or le "Parlement" européen ne lève aucun impôt européen : la Communauté européenne dont le budget est bien limité dépend des transferts que lui font les états nationaux. Tout l'essentiel, éducation, santé, défense est dépensé par les états nationaux avec des fonds votés par ces parlements nationaux. De plus, les votes onusiens et autres décisions sur la guerre en Irak, ou sur la Palestine ou sur toute autre question l'ont abondamment illustré, il n'y a a absolument aucune politique étrangère commune. Chaque état se comporte selon ce qu'il perçoit comme son intérêt au sens le plus étroit. D'ailleurs l'électeur ne s'y trompe pas, il participe peu aux élections européennes, les campagnes ne font aucun bruit dans les médias et les élus européens sont inconnus du public. A l'exception des "Six" originaux (France, Allemagne, Italie et "Bénélux"), tous les autres pays, la G.-B. la première, n'ont joint la Communauté que par opportunisme pour en tirer quelque chose en y contribuant le moins possible.

  • Catherine Paquet - Abonnée 8 novembre 2011 18 h 33

    Bernard Terreault et les préjugés

    M. Terreault correspond en tout point à ceux quie l'idéologie aveugle. De plus, il fait un procès d'intention à ceux qui ont décidé de joindre l'Union européenne, les traitants d'opportunistes et de rechigneux sur le principe de solidarité. Tout le contraire de ce que les derniers mois nous ont démontré. Des chefs d'État, des responsables d'institutions financières et des gestionnaires qui se consultent et font l'impossible pour aider la Grèce et bientôt l'italie à faire face à leurs obligations financières.