Emploi - Pente dangereuse

Deux ans après une crise qui a touché plus durement l'Ontario que n'importe quelle autre région du pays, le taux de chômage y est encore plus élevé qu'au Québec et que dans l'ensemble du pays. Mais si on jette un oeil sur un autre indicateur très important, le «taux d'emploi» chez les 15-65 ans, on constate que le pourcentage d'Ontariens qui occupent un job aujourd'hui est remonté à 61,3 % alors qu'il a diminué à 60 % chez nous. À elle seule, cette petite différence de 1,5 % appliquée au Québec ajouterait 99 000 emplois, ce qui n'est pas rien!

À cause de l'incertitude qui règne sur la scène mondiale, à cause surtout de l'anémie qui affecte toujours l'économie américaine, les entreprises canadiennes hésitent à embaucher et, malheureusement, elles hésitent aussi à investir malgré la panoplie de crédits d'impôt, un dollar fort et des dizaines de milliards de liquidités improductives.

Cette prudence, ou cette peur du risque, accentue le ralentissement en cours. N'eût été le marché immobilier qui continue d'évoluer sans filet sur un fil suspendu haut dans les airs, les consommateurs eux-mêmes auraient succombé au climat de morosité mondial. Fragile, dites-vous?

Personne ne sait ce que nous réservent les prochains mois, mais plusieurs indices laissent croire que nous sommes déjà dans la tourmente. Pour la Banque du Canada, la reprise sera plus lente et plus longue que prévu, et ce, même si les pays européens parviennent à ajuster leurs violons puisque nombre de prêteurs encaisseront de lourdes pertes.

Si les financières canadiennes ne sont pas directement touchées, certaines, comme les compagnies d'assurances, le sont tout de même à cause de la mauvaise performance des marchés et des taux d'intérêt très bas. Ainsi en est-il des Sun Life, Manuvie et autres Financière Power dont les titres en Bourse sont malmenés parce qu'elles éprouvent des difficultés à faire face à leurs engagements actuariels envers les détenteurs de rentes et de polices d'assurance.

Mais plus inquiétante est cette division de plus en plus marquée du pays en deux groupes de provinces, celui des producteurs de pétrole et celui réunissant les autres. Plus le temps passe, plus le «marché» s'occupe de redéfinir les termes de la fédération sans qu'Ottawa manifeste d'inquiétude.

Encore le mois dernier, l'Alberta a enregistré des taux d'emploi de 70 % et de chômage de 5,1 %, alors que la Saskatchewan affichait un taux de chômage de 4,1 %. Bien, mais si la vision d'avenir que les conservateurs ont de ce pays en est une de fournisseur de ressources brutes pour les États-Unis, la Chine et l'Inde, il faudrait leur rappeler que le parcours à suivre pour construire une économie du savoir est passablement plus complexe.

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