Pauline Marois - Rien de réglé

Cette crise est facile à diagnostiquer, n'étant rien d'autre que le remake d'un film de 1987 dont la vedette était Pierre Marc Johnson, qui venait de succéder à René Lévesque. Il avait adopté une politique d'«affirmation nationale» en attendant que la conjoncture redevienne propice à la souveraineté, politique qui fut perçue comme une remise en cause de l'option souverainiste.

Il y eut révolte des députés, démission de M. Johnson et arrivée d'un sauveur en la personne de Jacques Parizeau.

Pour les mêmes raisons que Pierre Marc Johnson, madame Marois a fait adopter ce printemps par ses militants une politique de «gouvernance souverainiste». La même cause produisant les mêmes effets, elle fait face depuis à une fronde. Heureusement pour elle, les contestataires ont quitté le caucus des députés pour mener leur combat à l'extérieur des rangs du parti. Cela étant, elle a pu mieux résister que M. Johnson; néanmoins, le ver est dans la pomme.

L'épisode de cette semaine est le plus sérieux à survenir depuis la démission des Beaudoin, Lapointe, Curzi et Aussant. Les réunions du caucus furent longues et difficiles. La chef péquiste aura dû convaincre un par un ses députés de lui faire confiance. Et de faire confiance au temps, car elle est convaincue de pouvoir démontrer à la face de tout le Québec qu'elle est la seule solution de rechange à Jean Charest.

Le temps, elle n'en a toutefois pas beaucoup, car la mesure de sa capacité à gagner les prochaines élections est prise à chaque sondage. Or des sondages, il y en a presque chaque semaine, qui démontrent que son ex-collègue François Legault écrasera le Parti québécois avec sa Coalition pour l'avenir du Québec. Ou, pire pour elle, que Gilles Duceppe à la tête du Parti québécois battrait, comme le montrait en septembre un sondage CROP-La Presse, sans coup férir Jean Charest et, pourquoi pas, François Legault. Si les trois ou quatre prochains coups de sonde ne montrent aucune amélioration de la position de la chef péquiste, l'inquiétude regagnera les rangs du caucus car, pour les députés qui restent, l'enjeu premier est leur réélection. À raison, une majorité est convaincue que, dans l'état actuel des choses, une défaite humiliante les attend tous.

Rien n'est donc réglé pour Pauline Marois, qui est prisonnière de sa stratégie qui consiste à asseoir son autorité sur un parti qui en a de moins en moins auprès de ses militants et des électeurs. Même certains de ses députés cherchent ouvertement de nouvelles voies, comme Stéphane Bergeron qui met en avant l'idée d'une coalition souverainiste et progressiste pour affronter François Legault et Jean Charest. L'idée plaît à certains, dont Québec solidaire. Elle sourit même, peut-on croire, à Jacques Parizeau, qui était du lancement cette semaine du livre de la cochef de Québec solidaire, Françoise David.

Cette idée déplaît toutefois à la chef péquiste. Ce serait une erreur de sa part de, tout au moins, ne pas l'explorer. L'impasse dans laquelle elle se trouve sur le plan électoral exige de trouver des alliés. Ce serait à la fois faire preuve de réalisme et d'audace que de prendre une telle initiative. Une façon de manifester ses qualités de rassembleuse dont elle dit qu'elles font sa force.

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