Placement dans la construction - Outrancier

La FTQ et le Conseil provincial des métiers de la construction font valoir des questions de lien de confiance pour rejeter le projet de loi 33 éliminant le placement syndical dans l'industrie de la construction. C'est au contraire parce que la confiance n'y est plus que le statu quo n'a plus sa place. Et c'est leur faute.

Il y a des limites à se moquer des gens: la désertion faussement spontanée des chantiers, l'intimidation qui s'affiche ouvertement devant les journalistes et qui est pourtant niée par les matamores qui y ont recours, les dirigeants syndicaux qui jouent les innocents, les incidents répétés et dont on essaie de nous faire croire qu'ils sont isolés ou exagérés ou «non fondés», comme on l'a encore entendu hier.

Ce scénario dure depuis des décennies, raconté dès 1975 par le rapport de la commission Cliche. Des sommets de corruption et de dureté avaient alors été atteints, mais par la suite, l'intimidation n'a jamais disparu, recensée dans des rapports, des décisions judiciaires, des reportages, des témoignages... Mais personne ne se plaint, les chantiers fonctionnent, et l'industrie est prospère, rétorquent la FTQ et le Conseil provincial des métiers de la construction.

Oui, il y a des gens qui font de bonnes affaires et qui les contrôlent avec fermeté. Mais toujours de façon honnête, intègre, transparente, respectueuse des travailleurs? Non, et ceci est intenable dans le Québec de 2011, qui n'accepte plus les pouvoirs des petits potentats, même quand ils viennent du monde syndical.

La ministre du Travail, Lise Thériault, a clairement remis les pendules à l'heure hier, en commission parlementaire, quand elle a eu devant elle le Conseil provincial. Un ménage est nécessaire, et ménage il y aura, point. Elle a raison. Et si la FTQ et le Conseil provincial se demandent sérieusement pourquoi, leur réaction outrancière depuis le dépôt du projet de loi 33, parfait reflet du climat de travail qui leur est associé, nous en donne la réponse.

Le projet de loi 33 n'est pas parfait, loin s'en faut. Il n'y a d'ailleurs pas que la FTQ et le Conseil provincial qui lui prédisent un échec monumental, certains experts aussi, au prétexte que des changements dans le système de placement ont déjà été envisagés mais que c'était bien compliqué à mettre en oeuvre...

Alors, il faut ajuster plutôt que rejeter. Car pendant qu'on nous étourdit avec le passé, on refuse de voir que, dans le système actuel, les femmes, les immigrants ont moins accès aux chantiers, en proportion, qu'en Alberta ou en Ontario; que des régions entières sont sous la coupe de certains individus; que les «contacts» ou la bonne affiliation syndicale ont plus d'importance que les compétences; que des travailleurs comme des employeurs sont soumis à une omerta inadmissible et à la peur. Les centrales concernées ne peuvent faire face à ces réalités car elles font partie du problème.

Le projet de loi confie le système de référence des travailleurs à la Commission de la construction du Québec (CCQ). Des craintes ont été exprimées quant à la viabilité de cette façon de faire (fiabilité des systèmes informatiques, qualité de l'information transmise, nécessité d'un contact humain entre employeurs et syndiqués), mais des solutions et des propositions de collaboration ont aussi été faites qui nous sortent du statu quo.

«Je sais pertinemment que certaines parties ont juste envie que la Commission de la construction du Québec se cogne sur le mur et échoue», notait lundi, en commission parlementaire, sa p.-d.g., Diane Lemieux. Cet échec-là serait un recul. Le gouvernement doit aller de l'avant.
17 commentaires
  • Eriik Viens - Inscrit 26 octobre 2011 06 h 16

    Frapper où ça fait mal

    Les syndicats de la construction sont allés trop loin! Ils contribuent à faire descendre l'image du mouvement syndical au Québec. De la même façon que le gouvernement leur fera mal en jouant dans leur portefeuille, je ferai de même à plus petite échelle; je cesse mes cotisation REER au fond FTQ.

    Je donnerai la chance à une autre institution de faire des sous avec mes sous!

  • Luc Boyer - Inscrit 26 octobre 2011 07 h 52

    La Gaspésia.

    Les coûts faramineux engloutis dans l'aventure de la Gaspésia, je suis curieux et je veux voir la relation de cause à effet en lien avec ce modus vivendi du placement syndical. Un peu de concret s-v-p. Là, est le bât qui blesse, là est le ridicule qui nous tue. Se faire voler, là se trouve le plus humiliant. Là il y a un gant à relever. Et j'appelle se faire voler, tout ce temps payé sans production que ce système engendra.

  • François Ricard l'inconnu - Inscrit 26 octobre 2011 07 h 55

    Serait-ce un affrontement voulu?

    A Paris, M. Charest déclare que le projet de loi sera adopté tel quel.
    La semaine passée, Mme Thériault dit que le projet de loi doit être adopté dans sa forme actuelle.
    Et l'on convoque les centrales syndicales à venir témoigner en commission parlementaire. Pourquoi si tout est coulé dans le béton?
    Par cette confrontation volontairement recherchée, le PLQ voulait-il détourner l'attention? Détourner notre regard d'une pseudo commission d'enquête justement dans la construction? Veut-il trouver une raison pour une élection précipitée?
    Il me semble qu'il y a anguille sous roche.

  • Nicole Lamarre - Inscrit 26 octobre 2011 08 h 31

    Placement syndical

    Dans mon milieu quand tu veux un emploi tu fais parvenir ton CV à l'employeur et non au syndicat.
    Les contracteurs qui font les durs quand on négocie des petits contrats de rénovation avec eux et qui s'écrassent devant un syndicat. Difficile à comprendre. Pourquoi on en est rendu là? Peut-être justement que ces contracteurs n'ont pas été capable de respecter leurs employés.

  • Jean-Claude Archetto - Inscrit 26 octobre 2011 08 h 33

    Machiavel Charest rides again !

    On peut en effet questionner le "timing" de ce projet de loi qui entend mettre au pas les syndicats de la construction alors que la collusion et la corruption y règnent comme nous l'a appris le rapport Duchesneau.

    Un gouvernement responsable mettrait sur pied une vraie CEP ,passerait des lois avec des dents pour punir les entreprises et les firmes d'ingénieurs fautives et reverrait le placement syndical , dans un tout cohérent.

    Avec Charest d'escouade Marteau en unité anti-collusion, anti-corruption, en nouvelles embauches d'ingénieurs au ministère des transports ,en CEP bidon,avec la loi 33, on y va de "patchage" pour éviter d'aller au coeur du problème et d'en voir l'ensemble.

    Pour ce qui est du fond de formation 190 millions que ce sont donnés les syndiqués , il n'y a aucune légétimité à en en détourner les actifs . Après avoir vu des gouvernements faire main basse sur la caisse d'assurance emploi et les surplus de la SSAQ pour en augmenter par la suite les cotisations , sous prétexte de sous-financement, ils font bien de se méfier.

    Ça s'appelle du détournement de fonds une pratique poursuivie au criminel chez les entreprises privées mais pratiquée sans gêne par des gouvernements sans aucune éthique qui passent des lois pour escroquer leurs propres citoyens.