Procès Shafia - D’abord la peur

Le procès Shafia, qui met en scène la terrible mort de quatre femmes retrouvées dans l’écluse de Kingston Mills, doit durer des semaines: on ne s’attendait donc pas à ce qu’il soit aussi éprouvant dès la première journée. Il faudra voir ce que les avocats de la défense auront à répondre à la preuve pour le moment troublante déposée par la Couronne. En attendant, c’est déjà tout un pan de vie qui compose l’horrible ordinaire de bien des femmes qui nous est dévoilé

L’islam radical, ce ne sont pas seulement ces prêcheurs qui viennent provoquer l’Occident avec leurs propos incendiaires sur les femmes et l’homosexualité. Ceux-là, qui œuvrent sur la place publique, peuvent, comme on l’a vu la semaine dernière face à deux extrémistes de passage à Montréal, soit être dénoncés, comme l’a fait l’Assemblée nationale, soit se faire fermer la porte, ainsi que l’a décidé le collège Vanier, lieu envisagé de la conférence projetée.

Le radicalisme le plus dangereux, c’est plutôt celui qui se vit en famille et que, dans notre sacralisation de la différence, on ne veut pas voir. Non, être musulman au Québec n’est pas l’équivalent d’être intégriste. Mais les intégristes existent, même dans les belles demeures de Saint-Léonard, Laval, Brossard... Sous les apparences de la réussite économique, comme celle des Shafia, il peut se cacher des affrontements familiaux terribles et beaucoup, beaucoup de peur. De celle dont n’a pas voulu entendre parler la commission Bouchard-Taylor, qui n’a identifié comme radicales que certaines féministes québécoises! de celle que nos sociétés, en manque de repères, ne savent pas comment traiter.

Le cas Shafia est à cet égard riche d’enseignements. Les trois filles et la première femme de Mohammad Shafia ont laissé bien des traces de leurs souffrances et de leur bataille pour échapper à l’emprise du père. L’école le savait, des travailleurs sociaux aussi. Mais, selon ce qui se dégage pour le moment, les services sociaux ont répondu aux plaintes déposées en interrogeant les adolescentes en présence de leurs parents. C’était là ne rien comprendre de la dynamique familiale, ne pas mesurer le courage qu’il avait déjà fallu à de toutes jeunes filles pour simplement se manifester.

La toute-puissance paternelle qui a pour socle la religion a disparu depuis belle lurette du Québec, et on en a perdu la pleine mesure. Contrôler? Au point de retirer sa fille de l’école pendant un an parce qu’elle fréquente un garçon? Cela reste impensable, jusqu’à ce que la tragédie frappe. De même, on veut tellement banaliser le port du voile que lorsqu’une ado moderne, comme tentait de l’être Sahar Shafia, 17 ans, revoit une travailleuse sociale avec tout à coup un hijab sur la tête, cela n’allume aucun signal d’alarme...

Notre naïveté et nos bons sentiments n’aident en rien toutes celles qui, en ce moment même, se battent derrière des portes closes. Quatre femmes mortes dans une voiture au fond de l’eau nous obligent à ouvrir les yeux.

***

jboileau@ledevoir.com

LE COURRIER DES IDÉES

Recevez chaque fin de semaine nos meilleurs textes d’opinion de la semaine par courriel. Inscrivez-vous, c’est gratuit!


En vous inscrivant, vous acceptez de recevoir les communications du Devoir par courriel.

18 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 24 octobre 2011 08 h 15

    Deux épouses

    Comment le père est-il parvenu à faire rentrer ses deux épouses alors que la polygamie est interdite au Canada?

  • Michele - Inscrite 24 octobre 2011 08 h 21

    Interdiction de porter le voile jusqu'à 18 ans

    Peut-être faudrait-il penser une loi afin de protéger les enfants québécois de pression culturelle? Cela serait possible, en interdisant le port de signes ostensibles jusqu'à l'âge de la majorité. De plus, il faudrait suivre les familles vivant un choc des valeurs afin de pouvoir d'abord les aider e tensuite intervenir de manière efficace si la situation famililale se dégrade.

  • Marie-France Legault - Inscrit 24 octobre 2011 08 h 33

    Je ne comprends pas

    que la Fédération des Femmes du Québec ne conteste jamais les pratiques criminelles envers les femmes...elle est étrangement MUETTE....
    elle ne remplie pas son rôle...elle est un organisme fantôme, endormie au gaz....

    Les femmes qu'elles soient afghanes, iraniennes, égyptiennes ont besoin de NOTRE support....la SOLIDARITÉ entre femmes doit exister...pas seulement la solidarité syndicale...

    ne vivons pas enfermée dans notre TRIBU québécoise, ouvrons nos yeux, contestons la lapidaiton, les coups de fouet, le meurtre d'honneur....

    Soyons vigilants! Un meurtre est un meurtre quelles que soient les raisons pour le justifier...

    Ceux qui ont tué les QUATRE femmes sont des meurtriers et leur honneur n'a rien à voir dans ce crime crapuleux...c'est une aberration, un fanatisme aveugle, une barbarie indigne de ceux qui se disent des êtres humains...

  • Pierre-R. Desrosiers - Inscrit 24 octobre 2011 08 h 41

    Hérouxville

    Le code de conduite de Hérouxville interdisait de lapider ou de brûler les femmes. Si ça se trouve, les Shafia mâles en ont conclu que rien n'empêchait de les noyer. Les voies de Dieu sont impénétrables.

    Pierre Desrosiers
    Val David

  • Charles F. Labrecque - Inscrit 24 octobre 2011 09 h 35

    Religion

    Cette action malheureuse nous oblige de refaire nos devoir puisque nous les québécois en majorité ont été éduqués selon les principes les plus sévères de l'église catholique selon les quel tout catholique ne doit douter des actions posés par l'église sous peine de péché mortel point à la ligne. Or aujourd'hui encore ce principe incrusté dans nos pensés se reflet dans nos actions de tout les jours.
    C'est pourquoi, que vous trouvez les québécois bien naïf, et vous avez raison. Cependant il faudra bien qu'un jour, après une éducation bien orientée les québécois comprendrons que toutes les religions quelle qu'elles soient sont dangereuses si elles n'acceptent pas la critiques.