Libération de Shalit - Ajustements en série

Il aura fallu cinq ans et quatre mois de négociations rompues un jour, relancées la semaine d'après, avant que plus de 400 Palestiniens et le soldat israélien Gilad Shalit soient libérés. Selon les termes de l'entente, un autre contingent de plus de 500 Palestiniens retournera à Gaza et en Cisjordanie d'ici deux mois. De cet échange, on retient tout d'abord l'incroyable proportion — 1000 contre 1 — qui d'ores et déjà a suscité certaines inquiétudes en Israël. En effet, à Tel-Aviv et dans les environs on craint que l'énorme concession consentie par le cabinet de Benjamin Nétanyahou n'encourage le Hamas à préparer d'autres enlèvements de soldats. Chose certaine, le Hamas a obtenu ce qu'il avait demandé dans les jours suivant le kidnapping de Shalit, soit 1000 contre 1.

L'énormité de cette équation s'est accompagnée d'une autre énormité: le nombre d'intermédiaires. Ont participé aux discussions: des diplomates espagnols, le patron du pupitre Moyen-Orient des services de renseignement allemands, des représentants du Qatar, un entremetteur israélien acoquiné avec un entremetteur palestinien, on fait l'impasse sur certains autres pour mieux retenir l'intervention la plus riche parce que la plus révélatrice d'une inflexion politique de la part du Hamas en cours de route. Laquelle? L'activisme des Égyptiens. Dans les derniers mois, ces derniers ont dominé, côté arabe, les pourparlers.

L'inflexion évoquée est largement attribuable au printemps arabe ainsi qu'au regain de popularité marquée de Mahmoud Abbas, le frère ennemi du Hamas, depuis qu'il a demandé aux membres de l'ONU de reconnaître l'État palestinien. Craignant que cette popularité ne ramène le Hamas dans la catégorie des formations politiques non pertinentes, ses dirigeants se sont attelés à l'accélération des dialogues avec les représentants israéliens dans l'espoir que la conclusion de ces derniers stoppe l'élan de sympathie des Palestiniens à l'égard d'Abbas. Et maintenant le printemps arabe.

On sait que la Syrie et l'Iran sont les seuls États à aider militairement et financièrement le Hamas. On observe que depuis des mois le président Bachar al-Assad, un alaouite, donc cousin en religion des chiites iraniens, massacre les sunnites syriens, frères en religion des sunnites palestiniens. On constate enfin qu'en Égypte il y a une montée en puissance des Frères musulmans sans que les nouveaux maîtres du pays trouvent à y redire. Et alors? En lorgnant de manière appuyée vers Le Caire plutôt que vers Damas, à la faveur des négociations sur les prisonniers, les patrons du Hamas ont fait le pari qu'ils parviendraient ainsi à s'émanciper de la tutelle Syrie-Iran. Et d'une. Et de deux: qu'ils récupéreraient de la crédibilité perdue aux yeux de Palestiniens révoltés par la brutalité d'Assad. Bref, l'affaire Shalit, si l'on peut la nommer ainsi, a produit son lot de réajustements géopolitiques.

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