Occupons Wall Street - Grand bol d'air

Il y a les protestations ponctuelles contre un événement précis: le déclenchement d'une guerre, des projets nuisibles à l'environnement, des mesures politiques... Le but est clair et l'action se tient dans l'urgence du moment. C'est un modèle connu. À Montréal seulement, il y a 1500 manifestations par année, selon le service de police.

Et il y a le ras-le-bol qui s'exprime un matin, sans tambour ni trompette, et qu'on associe dès lors à un mouvement spontané. Il en est plutôt l'envers: il en faut du temps pour qu'un malaise social ressorte au grand jour! Les germes du mouvement «Occupons Wall Street», dont on attribue la genèse au magazine canadien

Adbusters, ont été semés dans les années 1990, comme le rappelle aujourd'hui notre journaliste Brian Myles. Une réaction qui s'est d'abord développée à la marge, pour contester l'économisme qui commençait alors à s'afficher et qui est depuis devenu l'unique paradigme de nos sociétés.

Ce modèle éclate maintenant de partout: crise il y a, et les gens protestent. D'un pays à l'autre, d'un manifestant à l'autre, les revendications varient. Mais c'est faire fausse route de se moquer de ces disparités. Ce qui compte, c'est la trame de fond et elle est commune à tous: les gens se sentent dépossédés.

Ce sont les forces de l'argent qui mènent le jeu politique, social, financier et qui pervertissent la démocratie: les spéculateurs qui font chanter l'Europe, les lobbys qui font la pluie et le beau temps à Washington, les spécialistes des magouilles qui se mettent de l'argent plein les poches sans se faire attraper au Québec... Et les institutions ne savent plus contrôler ces profiteurs.

De tout cela, les citoyens en ont marre. Ils réagissent avec cynisme, mais le cynisme est trop moche et lassant pour devenir un nouveau mode du vivre-ensemble. Il faut un jour passer à une autre étape. On y arrive.

On ne sait pas encore comment les Québécois répondront aujourd'hui au mouvement «Occupons Wall Street» qui a cours dans quelque 70 pays. Le chômage ici, particulièrement chez les jeunes, n'atteint pas les mêmes proportions qu'aux États-Unis ou en Europe, et le Canada résiste mieux à la crise qu'ailleurs. L'envie de brasser la cage est dès lors moins irrépressible. Cela peut faire la différence sur la capacité de rassemblement.

Mais il faut voir au-delà de ce samedi et constater qu'en dépit de leur confort personnel, bien des Québécois voient aussi le mur dans lequel nous fonçons et ont décidé de sonner l'alarme. Le film République de Hugo Latulippe, présenté ce soir, en est un exemple, l'opération Balai de Génération d'idées qui aura lieu mardi devant l'Assemblée nationale en est un autre. Le coeur de l'enjeu est pour le moment bien simple: on veut de l'air! Celui qui emportera les profiteurs et les gestionnaires à la petite semaine. Celui qui fera circuler au grand jour les idées qui circulent en sous-main.

Ce vent de fraîcheur est nécessaire. Après, il devra toutefois trouver à se poser dans les institutions tant décriées aujourd'hui, notamment ces partis politiques mal-aimés et pourtant indispensables pour concrétiser les changements souhaités plutôt que de seulement en rêver.

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13 commentaires
  • grace - Inscrit 15 octobre 2011 01 h 27

    Indignation- Duo innovation et responsabilisation- Fin du statu quo

    Madame Boileau,

    Votre analyse est juste.
    L'indignation varie d'un pays et d'une région à l'autre. Il y a cependant une constance, un ras-le-bol des manières de faire et des pensées des dernières décennies, ainsi qu'un dépassement du cynisme envers les élites politiques, financières, etc.
    Dans les journées et les mois à venir, on cherchera à mesurer en nombre de villes et de participants ces diverses indignations. En avance ? En recul ?
    Néanmoins c'est de l'indignation., un cri du coeur.
    Dans les indignations, on sent un appel de ces gens a davantage de responsabilisations, de redevabilité, de transparence et d'équité.
    Outre les appels à la responsabilisation, on sent également un appel à faire les choses autrement, à penser autrement, à vouloir une qualité de vie passé avec les caractéristiques d'un avenir. Bref, une qualité de vie avec une plus value, une qualité d'avenir.

    Ces indignations nous interpellent à l'égard de l'avenir.
    Qui sera la pour les réprésenter ? Qui seront ces futurs élus de nos parlements, assemblées, dietes ?

    Il faudra bien un jour dépasser les indignations et se lever pour batir cet avenir. Batir dans l'innovation de nouveaux modèles politiques et économiques, batir également dans la responsabilisation.

    Beaucoup à faire donc.
    Mais maintenant l'indignation se dévoile, auparavant elle était assise devant écran de multiples moyens de communication.
    Les changements viendront. Oui ils viendront.J'ai maintenant confiance qu'ils viendront.

    Avant de prendre connaissance de votre texte, j'ai jeté un coup d'oeil sur des photos de ces indignés...Madame Boileau, ils sont jeunes... Que ces mouvements avancent ou reculent...ils sont jeunes...Terrible constat pour le statu quo et ceux qui désirent le conserver.
    Le statu quo est maintenant difficile à maintenir et à justifier.

    P.S. Je vous ai critiqué après le 2 mai, mais je dois admettre que vous avez souvent des analyses justes.

  • Ginette Bertrand - Inscrite 15 octobre 2011 02 h 07

    le cynisme est trop moche et lassant pour devenir un nouveau mode du vivre-ensemble

    Tout est là.
    Bravo pour cet éditorial, qui est en soi, lui-même un grand bol d'air.
    Et bravo au journal Le Devoir d'accorder une très large place au mouvement d'aujourd'hui que je suivrai avec le plus vif intérêt.

  • Daniel Hémond - Inscrit 15 octobre 2011 03 h 32

    NON!

    Tant et aussi longtemps que les gouvernements ne feront pas les changements indispensables à noitre démocratie
    A) Vote proportionnel
    B) Éliminer le secret politicien ( tout doit être public)
    C) Éliminer les lobbys
    D) Possibilité de destitution d'un élu indigne

    JE NE VOTERAI PLUS

    C'EST NON!
    Nous devons refuser de donner carte blanche à des gens comme Charest, Marois et tous les autres cachottiers qui croient que l'Assemblée Nationale leur appartient
    L'ASSEMBLÉE-NATIONALE APPARTIENT AU PEUPLE QUÉBÉCOIS
    Vous en avez la garde. Soyez-en digne.
    Daniel Hémond

  • Gaston Bourdages - Abonné 15 octobre 2011 05 h 35

    Mercis Madame Boileau de vous tenir ainsi...

    ...debout! Une habitude de comportement de votre part? Je ne sais dire, vous «connaissant» depuis si peu. Oui, vent de fraîcheur. Votre confrère Lanctôt, Jacques de son prénom, y est allé lui aussi d'une réflexion dérangeante. Réflexion disponible sur: http://fr.canoe.ca/infos/chroniques/jacqueslanctot
    Je suis un tantinet en désaccord avec vous lorsque vous écrivez:«Ce sont les FORCES de l'argent qui mènent le jeu politique, social, financier...»
    Ce sont NOUS, êtres humains, qui conférons à l'argent toutes ces forces que vous mentionnez. L'argent en soi ne possède aucune force. Il s'agit d'une matière inerte à QUI MOI je puis accorder, donner du pouvoir. Si l'argent et surtout son utilisation en est rendue comme étant une fin en soi...il est arrivé ce qui arrive avec tous ces drames. Je m'y connais. J'y ai contribué et j'y ai expérimenté, à fort juste titre et justice, prison et pénitenciers.
    Lorsque je vois Dame...sic...IMPUNITÉ se pavaner à travers tous ces personnages aux comportements corrompus, je fais, puissiez-vous m'excuser....Eurk! Pour «épouser», à regrets, une expression fort répandue: «...c'est écoeurant...!»
    D'un simple citoyen debout parmi la foule,
    Gaston Bourdages,
    Simple citoyen - écrivain publié «en devenir»
    Saint-Valérien de Rimouski
    www.unpublic.gastonbourdages.com
    P.S. Je regrette de ne pouvoir me rendre à Mtl aujourd'hui. Le «dieu» argent me fait faux bond...

  • Gilles Théberge - Abonné 15 octobre 2011 10 h 21

    Patate

    il est certes rafraîchissant de voir que l'indignation s'exprime et s'étend.

    Le sentiment est mérité, à la fois pour ceux qui ont les poches tellement pleines que leur fond de culotte traine par terre, et aussi par ceux qui les ont laissé faire en regardant ailleur, c'est-à-dire en faisant semblant de s'endigner.

    Le problème c'est que cette protestation tourne à vide et tournera court à plus ou moins longue échéance si elle demeure sans but concret d'une part, et parce que d'autre part elle n'est ni encadrée ni dirigée dans une direction précise.

    Mais le pire peut aussi survenir et cela pourrait aussi porter les germes d'une révolte plus grande. Certains ont prédit depuis quelques temps l'émergence d'une guerre civile aux USA.

    Dur à croire tout de même bien que cela pourrait se produire si les pouvoirs politiques ne font rien ou trop peu trop tard. Apparemment c'est le cas dans le moment. À part les menaces d'appeler les videurs, qu'a dit le politique...?

    Quant à nous Québécois, nous avons pourtant toutes les bonnes raisons de protester avec le gouvernement pourri de JJ Charest, et pourtant... Alors sortir pour aller protester contre Wall Street...