Protection de la jeunesse - Les enfants du silence

Difficile de faire la fête à des statistiques déclinant la violence faite aux enfants. Mais l'on comprend la Direction de la protection de la jeunesse, à qui revient le labeur d'extirper les bonnes nouvelles d'un bilan complet de maltraitance, d'insister sur la lumière, lorsqu'il y en a. Ainsi faut-il voir sous l'augmentation de 8 % des signalements la fin possible du cycle de l'indifférence.

En effet, pour ces enfants du silence, quelqu'un doit faire à leur place le récit de leur détresse, à défaut de quoi ils restent enchaînés à leur malheur. Trop petits, apeurés, honteux, troublés, ils restent doublement emmurés: dans un quotidien de souffrances d'abord, et puis ensuite dans leur incapacité à s'en libérer par la parole. La Loi, on l'oublie parfois, a prévu des dispositifs pour que les grands se fassent porte-voix des plus petits. Elle oblige notamment tous les citoyens à signaler des situations de sévices physiques et sexuels dont sont victimes des enfants. Cette obligation se heurte toutefois à une frontière invisible, mais résistante, celle de l'insouciance, dont nos sociétés se sont faites les habiles maîtresses.

Les directeurs de la protection de la jeunesse (DPJ) expliquent en partie cette année la hausse de signalements (8,2 %) par une sensibilité accrue de la population. La collectivité a enfin compris que mieux valait parfois ne pas se mêler de ses affaires!

La violence faite aux enfants prend la détestable forme de sévices corporels, de négligence, de sévices sexuels, de blessures psychologiques. Elle reste le principal et troublant facteur d'intervention des DPJ. Mais leur dernier bilan insiste aussi sur tous ces signalements non retenus, car la sécurité et le développement de l'enfant n'étaient pas compromis — 57 % des signalements.

Dans ces zones grises, des familles crient leur immense besoin d'aide, et on les dirige vers les ressources susceptibles de mieux les soutenir. Ainsi, dans des hôpitaux comme le CHU Sainte-Justine, on a mis en place un programme de prévention périnatal destiné aux nouveaux parents, et dans lequel tout un chapitre d'intervention est axé sur les pleurs du nourrisson. Pourquoi? Parce qu'il est démontré que la majorité des adultes ne savent pas que le simple fait de secouer un bébé peut provoquer des séquelles permanentes et même entraîner le décès (le fameux syndrome du bébé secoué, SBS).

Un pour cent des mauvais traitements infligés aux enfants sont des histoires de SBS; et 95 % sont causés par les pleurs du nourrisson. Bébé braillard, parent exaspéré. Sur fond de détresse familiale et d'accumulation de problèmes, ce mélange peut mener à une tragédie.

Éradiquer la violence est une vue de l'esprit, certes. Mais on peut bien afficher aussi un certain optimisme et espérer détruire quelques cycles? Celui de l'indifférence, encore et toujours, car le bien-être des enfants est une responsabilité collective. Et celui de la violence, car chaque fois que l'on couve un enfant, c'est un futur parent que l'on protège de lui-même.

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machouinard@ledevoir.com

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3 commentaires
  • Carole Dionne - Inscrite 4 octobre 2011 01 h 33

    MOI, JE NE COMPRENDS PAS

    Concernant la jeune fille qui est décédée à Québec, on avait pourtant appelé LA CADRE. Aujourd'hui, une des employées concernée a démissionné, une est en maladie depuis cet incident mais la cadre est toujours en fonction. Donc les cadres au gouvernement ne sont jamais responsable de rien. C'est pourtant cette cadre qui n'a pas voulu envoyer la jeune fille à l'urgence. Qu'ont fait ses supérieurs? Rien, ils sont comme elles, des IRRESPONSABLES. Ça c'est la fonction publique d'aujourd'hui. Plein de cadres mais aucun responsable.

  • tohi1938 - Inscrit 4 octobre 2011 09 h 30

    Étude tronquée?

    C'est bien beau d'accumuler des pourcentages, mais servent-ils à quelque chose si l'on n'a pas établi un profil des parents incriminés, et des délateurs, et des signalements non-fondés afin de pouvoir agir sur les causes au lieu de se lamenter sur les conséquences?
    La question fondamentale est bien plus de faire de l'éducation préventive et de tenter de rassurer les apprentis-parents qui peuvent perdre la tête faute de connaissances simples comme tente de le faire Ste-Justine.

  • Nelson - Inscrit 4 octobre 2011 16 h 45

    La Protection de la Jeunesse de Québec et la DPJ sont les meilleurs au monde, mais son budget doit être augmenté de 30%.

    Comme dans les hôpitaux, l'éducation, les centres d'accueil pour les aînés, les malades mentaux, les toxicomanes, les ONG, l'accueil e intégration des immigrants, etc.

    Mais nous manquons d'argent, parce-que trop de collusion-corruption, trop des privilèges pour les riches, et trop de sans coeur sans Patrie que déménagent nos industries et boulots ailleurs.

    Les Centres Jeunesse et la DPJ font du travail immense et dévoué, comme les hôpitaux et les enseignants.
    Ils sont des métiers de vocation et d'aide aux autres, et les gens que travaillent dans ça sont exceptionnelles.

    Accidents arrivent, surtout dans un climat de surcharge et pénurie de personnel, et la clientèle est tellement à risque que le pire peut arriver n'importe quand.

    Un 15% des jeunes de la DPJ ont des problèmes mentaux, mais les hôpitaux manquent de place et les pédo-psychiatres sont très rares.

    La pauvreté économique qu'amène avec elle la pauvreté affective, émotive, moral, éducative, parentale, et met en partant les enfants de gens pauvres en danger.

    Ainsi, 80% des ''enfants de la DPJ'' viennent des quartiers pauvres et des milieux familiaux que vivent de l'aide sociale.

    La prévention est donc difficile ou impossible....néo-libéralisme oblige, un partie important des sociétés vivent dans la vrai pauvreté.