Expulsion d'une Mexicaine - Le choix de Paola

Paola Ortiz aura coulé au moins cinq ans de sa vie au Canada. De vie paisible et douce? Sans doute pas, puisque cette Mexicaine visée par un avis d'expulsion a compris depuis un moment que sa triste histoire ne cadrait pas avec la bureaucratie rigide de nos services d'immigration. Avait-elle jamais imaginé devoir laisser ici ses bambins de deux et quatre ans? Sans doute pas.

C'est pourtant ce qu'elle s'était résignée à faire hier matin, alors qu'elle était soumise à un avis d'expulsion délivré par la Cour fédérale. Victime d'un malaise, elle n'est pas montée à bord de l'avion qui devait la retourner au Mexique, mais le cauchemar n'est pas terminé: une nouvelle date lui sera ordonnée aujourd'hui. Hormis l'intervention rêvée d'un ministre — dans le cabinet Harper qui n'a pas fait la part belle aux réfugiés —, il ne lui reste plus aucun recours.

Le Canada n'a jamais été ébranlé par le récit de Mme Ortiz. Elle a fui le Mexique en 2006 pour échapper aux sévices physiques et sexuels d'un conjoint violent, un officier de la police fédérale mexicaine. À trois reprises, elle a échappé de justesse à l'expulsion. Mais cette semaine, un refus additionnel l'a menée à l'aéroport Trudeau. Cela a donné lieu à des scènes d'une tristesse infinie.

Ces histoires qui remplissent les classeurs d'Immigration Canada sont de véritables drames humains. Ici, une dame à la santé mentale chancelante, avec une petite fille de quatre ans atteinte d'un problème de surdité et un garçonnet de deux ans autiste. Elle dit avoir été toujours victime de violence, d'abord dans sa propre famille, puis aux mains de son époux.

Puis, survient l'espoir d'une nouvelle vie. C'est l'arrivée au Canada, et malgré les embûches bureaucratiques, la venue d'un bébé, puis d'un second. Elle se marie avec un Québécois et espère son statut de résidence permanente. Québec autorise le certificat de sélection, mais il n'a pas le dernier mot — et un poids qui pèse très peu dans la balance... Pendant ce temps, le Canada lui refuse le statut de réfugiée. Les deux systèmes évoluent en parallèle, sans se croiser: choquante aberration. Mme Ortiz devra recommencer sa demande de résidence à partir du Mexique dans l'espoir de revenir un jour — quand? — au Canada, rejoindre son mari et ses enfants, tous trois Canadiens.

Cette histoire n'a rien d'unique. Elle fut médiatisée, voilà tout. Combien d'autres Paola Ortiz sont retournées d'où elles viennent sans qu'on le sache jamais? De combien de ces anonymes rejetés se soucie-t-on après l'expulsion? La violence conjugale que craint Mme Ortiz subit le contrecoup de la banalisation. On imagine à tort que le Mexique saura absolument la protéger, alors qu'en réalité, on peut craindre que rien ne soit fait pour elle.

Au-delà de la mère, deux enfants voient leur avenir chaviré pour cause de bureaucratie inhumaine. Paola Ortiz a fait pour eux le choix impossible, qu'aucun parent ne veut effectuer: elle leur offre la sécurité au Canada plutôt que la peur au Mexique. Mais ce sera sans elle.

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machouinard@ledevoir.com

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15 commentaires
  • Rodrigue Tremblay - Inscrit 21 septembre 2011 06 h 50

    «bureaucratie rigide de nos services d'immigration»

    Ayoye! La dame a passé 5 ans ici illégalement. Elle a eu droit à la gamme complète de nos programmes sociaux.
    -elle a eu droit à un avocat de l'aide juridique payé par les contribuables (ce que 90% des Québécois n'ont pas droit)
    -elle a eu droit à l'aide-sociale.
    -elle a eu droit à l'assurance-maladie. Ces deux accouchements ont été payés par les contribuables (au moins 5k chaque)
    -elle a le droit à toutes les allocations familiales
    -ses enfants handicapés ont droit à tous les suivis médicaux.

    Cette dame a couté une petite fortune aux contribuables. Tout ca parce que la bureaucratie canadienne est prisonnière de toutes les chartes.

  • - Inscrit 21 septembre 2011 07 h 11

    Résidence canadienne

    Le fait d'avoir un conjoint canadien ou résident permanent ou des enfants canadiens ne vous donne aucun droit de résidence, ni d'acquisition de la citoyenneté.

    Ce n'est pas un fait caché mais la loi. Doit-on en débattre certainement.

  • Manon G - Abonnée 21 septembre 2011 09 h 04

    Déshumanisation

    « Cette femme a coûté une petite fortune aux contribuables...»

    Que nous sommes devenus mesquins. Aucun égard, aucune pitié pour la souffrance de cette femme (et de bien d'autres). Bien casés dans nos luxueuses maisons et nos quartiers tranquilles nous ne voulons surtout pas voir que la misère existe et qu'elle n'est pas pour les chiens. C'est à désespérer de l'humanité.

    Merci tout de même à vous Madame Chouinard. Aujourd'hui, dans cette société du « Veau d'or » et du chacun pour soi, prendre publiquement la défense des plus faibles relève d'un courage certain.

  • Helpaul - Abonnée 21 septembre 2011 09 h 11

    @Rodrigue Tremblay

    Votre réaction ne surprend pas, au contraire, on s'y attend...
    Il reste que c'est a vomir.... surtout quand on lit les journaux au-dela des grands titres et qu'on a une idée des conditions de vie au Mexique particulierement de puis l'élection de Calderon.

  • jam - Inscrit 21 septembre 2011 09 h 25

    Étroitesse d'esprit

    L'étroitesse d'esprit de M. Tremblay est patente, je ne sais pas à quoi madame Ortiz a eu droit ou non et je ne crois pas que M. Tremblay ait fait une enquête scientifique pour le savoir, il ne se contente que de reproduire des clichés et des stéréotypes grossiers. Une chose est certaine elle n'a pas eu droit à assez, tout comme l'ensemble des être humains qui vivent sur notre territoire. La question n'est pas de savoir ce à quoi ont droit les réfugiéEs cela ne sert qu'à nous diviser encore plus. Les droits sociaux ne sont pas question d'origine ni de frontière, ils devraient être universels.

    Les riches et les dirigeants de ce pays s'en mettent tous les jours davantage dans les poches en exploitant, en volant et en profitant. Les réçents évènements de la construction, les dons aux grosses banques et aux grosses entreprises sont des exemples flagrants de cet enrichissement des classes supérieurs aux détriments des travailleurs, des travailleuses et des plus pauvres. Pendant ce temps, on a droit de lire les propos grossiers et les inepties d'un monsieur Tremblay qui considère à tort que c'est Madame Ortiz la grande profiteuse! «Une petite fortune aux contribuables» Bien sur, laissez moi rire!

    «Les enfants handicapés ont droit à tous les services médicaux» Sachez Tremblay que ces enfants, bien que ne portant pas le nom de Tremblay sont des Canadien et de Québecois. Sur cette terre d'immigration, sur cette terre qui ne doit son peuplement qu'à l'immigration ils sont tous deux, autant citoyen que vous.

    Je me demandais comment des fonctionnaires et des bureaucrates de l'immigration pouvaient arriver à dormir le soir, après avoir expulsé une dame comme Paola Ortiz et transformé deux jeunes en orphelins... eh bien ils n'ont qu'à recruter parmi les différents M Trembaly de cette province. Parmi ces trop nombreuses personnes dont la xenophobie aveugle le sens critique!