Assemblée nationale - Rien ne change

Ce vote qui aura lieu cet après-midi dans le cadre d'une journée de l'opposition est un piège trop grossier pour que des députes libéraux y tombent. Même si certains d'entre eux pouvaient être tentés de briser la ligne de parti, l'enjeu est trop grand. Ce vote n'est pas une motion de censure, mais moralement son résultat serait interprété comme tel, tant le gouvernement a fait de son refus d'une telle commission d'enquête un absolu. Devant une telle perspective, qui est bien réelle compte tenu de la faible majorité du gouvernement, les rares députés qui entretiennent des états d'âme rentreront vite dans le rang.

S'il n'y avait pas cette perspective d'une défaite de leur gouvernement, il y a bien quelques députés libéraux qui pourraient être tentés de joindre leurs voix à celles qui réclament une commission d'enquête. Difficile d'imaginer en effet que tous sont sourds et aveugles à une opinion publique presque unanimement révoltée par les révélations presque quotidiennes sur la collusion érigée en système dans l'industrie de la construction, comme l'a confirmé le rapport de Jacques Duchesneau qui, dans une entrevue au Devoir hier matin, insistait sur sa gravité.

Le député Pierre Paradis, l'une de ces rares exceptions, confiait ainsi dans une entrevue au Devoir en début de semaine s'interroger quant à l'attitude à adopter devant la pression de l'opinion publique. Il posait cette question fondamentale quant au rôle du député eu égard au débat sur la collusion: «Est-ce que je suis la courroie de transmission des volontés de Québec envers mon comté ou est-ce que je suis la courroie des volontés de mon comté envers Québec?» Il n'a évidemment pas répondu à la question.

Un Pierre Paradis se sentirait libre d'écouter ses commettants si la pratique du vote libre était bien balisée. De cela on est encore loin. Le vote libre est un jeu qui se joue à deux. Il faudrait que le gouvernement accepte de se soumettre aux volontés de l'Assemblée nationale plutôt que de soumettre celle-ci à ses volontés. Car que vaudrait l'adoption d'une motion invitant le gouvernement à déclencher une enquête publique sur l'industrie de la construction si celui-ci n'a pas l'obligation de s'y plier?

Penser que cela pourrait arriver dans le contexte actuel serait se bercer d'illusions. Il fallait voir hier le gouvernement et l'opposition camper sur leurs positions lors de la période des questions à l'Assemblée nationale. La polarisation du débat est encore plus vive qu'elle ne l'était le printemps dernier. Tous les partis ont en tête une seule chose: les prochaines élections, dont l'enjeu principal sera la question de la confiance envers les élus. Il y a pour le Parti québécois des gains à faire en menant une guérilla contre le gouvernement sur la question de la collusion dans l'industrie de la construction. Sur la défensive, le gouvernement Charest n'a d'autres cartes à jouer, à défaut de céder sur la tenue d'une enquête, que celle du gouvernement responsable qui s'occupe d'économie et cherche à mettre en prison des bandits... à condition d'y arriver avant les prochaines élections. Dans ce contexte, prétendre «faire de la politique autrement» relève de pieuses intentions que l'on se gardera de mettre en pratique. Le climat ne changera pas au Salon bleu.

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