Éthique d'affaires - Les escrocs respectables

Malgré ce qu'en pense le premier ministre Charest, le rapport de l'Unité anticollusion confirme sans détour que la corruption, la fraude et le favoritisme sont érigés en système dans l'une des plus importantes industries du Québec. Les escrocs sont des ingénieurs, des entrepreneurs, des fonctionnaires et même des politiciens. Une élite qui refuse encore d'admettre qu'elle a dépassé les bornes en sacrifiant ses principes sur l'autel du pouvoir et de l'argent.

Impossible de croire que le premier ministre Jean Charest n'a pas lu le rapport de l'Unité anticollusion du ministère des Transports et qu'il s'est contenté des manchettes des journaux, comme il l'affirmait hier. Tout aussi peu crédible est son affirmation selon laquelle ce rapport ne pouvait être rendu public parce qu'il est destiné aux seuls enquêteurs de l'Unité permanente anticorruption. Car tout dans ce rapport, du style à la construction pédagogique, en passant par l'absence d'identification des responsables, tout laisse croire que le document n'a pas été rédigé exclusivement pour des enquêteurs policiers déjà au fait de la question, mais aussi pour un large public.

Le premier ministre persiste et signe: malgré les conclusions accablantes de ce rapport, il n'y aura pas d'enquête publique sur l'industrie de la construction. Il s'obstine à agir comme si le problème allait se régler de lui-même, dès lors que les forces policières traduiront des individus devant les tribunaux. Malheureusement, étant donné la complexité des dossiers et l'omerta qui règne dans ce milieu, ces enquêtes ne conduiront qu'à quelques accusations et à quelques jugements de culpabilité. Or il faudra beaucoup plus pour éradiquer la gangrène morale qui ronge une importante faction de nos élites politiques et d'affaires.

Comment le premier ministre peut-il ignorer que ce mal qui est devenu la norme à la haute direction de firmes aussi respectables que le génie-conseil se répand dans d'autres secteurs, tels le conseil en informatique, le droit municipal, les relations publiques et la fourniture d'équipements à vocation publique?

Monsieur le Premier Ministre, il est de votre devoir de vous attaquer avec détermination à la fraude, mais aussi à la crise morale qui frappe le monde politique et celui des affaires du Québec.

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Si le problème qui affecte l'industrie de la construction trouve ses origines dans une suite de négligences et de mauvais choix politiques, les premiers coupables n'en restent pas moins les acteurs du secteur privé qui se sont servis à pleines mains dans les coffres de l'État. Une crise des valeurs très profonde atteint aujourd'hui une partie du monde des affaires québécois, qui, de son côté, ne semble même pas avoir conscience qu'une faute a été commise.

Comment expliquer que la quasi-totalité des grandes firmes de génie-conseil, qui doivent pourtant leur succès à l'État, en soient venues à trouver légitime de comploter pour frauder quotidiennement celui qui les nourrit?

Comment expliquer que les dirigeants de ces mêmes firmes bafouent sans scrupule leur code d'éthique en se jouant des lois par pure cupidité?

Comment expliquer encore que ces mêmes hommes d'affaires ne trouvent rien de mal à soudoyer des politiciens? Serait-ce qu'avec l'expérience acquise dans le tiers-monde, où le trafic d'influence est monnaie courante, nos valeureux «coopérants» en sont venus à trouver banal et sans conséquence d'escroquer les pouvoirs publics?

Que s'est-il donc passé pour que ces élites du Québec moderne perdent à ce point le sens des valeurs morales dans la conduite de leurs affaires, et ce, sans que personne autour d'eux le leur reproche? Madame, Monsieur, saviez-vous que l'être avec qui vous partagez votre vie est un escroc coiffé du chapeau de bâtisseur?

Le roi est nu! Et si sa photo n'est pas encore parue à la une des journaux, menottes aux poings, ce n'est peut-être qu'une question de temps.

Cette crise morale qui traverse l'industrie de la construction et le monde politique est devenue l'affaire de tous, médias, directeur général des élections, vérificateur général, système judiciaire, policiers, politiciens... et milieu des affaires, qui doit prendre conscience à son tour des risques que fait peser l'effritement des principes moraux d'honnêteté et d'intégrité parmi les siens. Car, dans nos sociétés modernes, le progrès économique repose largement sur la paix sociale et la confiance du peuple envers ses élites.
 
29 commentaires
  • Denis Miron - Inscrit 17 septembre 2011 07 h 21

    Gouvernance criminelle?

    Pourquoi, le monde syndical ne se concerte pas plus pour proposer à leurs membres une action concrète de mobilisation en vue d’une grève générale pour faire tomber ce gouvernement infiltré au service de la mafia du privé de sens moral..
    Suite au rapport Duchesneau, la thèse des quelques pommes pourries ne tient absolument plus la route. La «ré-ingénierie de l’état» nous dévoile de plus en plus sa véritable signification, et surtout au MTQ, où l’expertise en matière de génie civil et de technique a été transféré en grande partie vers le privé (de sens moral) de façon systémique. En tenant mordicus à la thèse de la pomme pourrie, c’est vers celui qui a les deux mains sur le volant de l’état que tout l’attention publique se tourne de nouveau, celui qui nous a dit que sa priorité était «L’économie d’abord», mais d’abord pour qui? La mafia?
    Charest maintient l’octroie de 200 million$ pour la construction de l’amphithéâtre de Québec mais s’apprête à couper en éducation et en santé faisant passer le divertissement devant les besoins de son peuple pour ne pas dire devant des nécessités.

  • François Dugal - Inscrit 17 septembre 2011 09 h 14

    La justice

    M. Sansfaçon, n'oubliez jamais que la justice appartient aux riches.
    La cjasse dirigeante va s'en tirer une fois de plus; la nominations des juges, ça vous rappelle quelque chose?

  • Pierre Bernier - Abonné 17 septembre 2011 09 h 23

    Assez, c'est assez !

    La confiance a par nature la propriété de quitter comme un cheval au galop les entités ou les individus qui l'ont trompée.
    Elle ne revient, éventuellement, qu'à pieds et d'un pas lent.

    Le temps est venu d'arrêter la monture, et la « charrette » tonitruante remplie de fêtards qui l'excitent, mettre le pied à terre et choisir la route droite la plus courte pour assurer le retour.

  • Patrick M. Gouin - Inscrit 17 septembre 2011 10 h 04

    L'absence totale du sens éthique...

    Charest nous rappelle ses longs états de service en politique. Il est vrai qu'ils sont longs. D'ailleurs, dans son parcours il n'y que la politique dans son CV. Malgré cela il n'a rien appris.
    Rappelons-nous de son écart de conduite en 1990 auprès d'un juge lorsqu'il était ministre fédéral.
    Comment un avocat de formation n'a-t-il pas vu l'impair dans cette affaire? Il n'a rien appris depuis.
    Tant que c'est payant et surtout que l'on ne se fait pas prendre, tout va. Belle éthique en effet.

  • Denis Miron - Inscrit 17 septembre 2011 10 h 06

    Correction M. Dugal...

    Le droit appartient aux riches mais pas la justice (social).
    Le ministère du droit des riches concorderait certainement mieux avec la réalité que celui du ministère de la justice dans un contexte où tout devient marchandise. Tous les Charest s'en bastarachent