Infrastructures - Relations publiques

C'est un acte de foi que le maire de Montréal exige de ses citoyens. Douze infrastructures obtiennent la cote «état critique», dont certaines à un niveau très élevé, mais Gérald Tremblay joue encore la carte du grand calme. Sous cette cuirasse de politicien, espérons que demeure un brin de nervosité, car c'est de là que l'action jaillira.

Ce n'est pas dans le dossier des infrastructures que le maire Tremblay affiche sa pire performance, loin de là. Ce qui n'empêche pas d'associer l'annonce d'hier à une gigantesque opération de relations publiques visant à apaiser les citoyens (cible ratée) et convaincre les gouvernements d'offrir leur soutien.

La recette publicitaire d'hier était truffée de quelques formules vedettes.

  • La transparence. Que voilà l'expression à la mode. Le nouveau ministre des Transports, Pierre Moreau, ne jure lui aussi que par une nouvelle culture de la communication, mais il tarde à dévoiler les rapports d'inspection exigés. Le maire de Montréal a bien publié hier une portion des fiches techniques issues des rapports d'inspection, le tout tiré d'un «échantillonnage représentatif». Une mise à jour très partielle et déjà connue: le vérificateur général de la Ville de Montréal avait pointé cet été les mêmes 12 structures en état critique et les mêmes 44 déficientes.
  • L'état critique. C'est lorsqu'il a confié emprunter lui-même le viaduc Rockland tous les jours — quatrième sur la liste des pires ouvrages à Montréal, dans un état critique — que le maire s'est fait le plus rassurant hier. Pour le reste, comment rouler l'âme en paix quand on sait que ces ouvrages cotés 107, 155, 167, et qu'on juge «critiques» lorsque leur cote excède 80, demeurent ouverts à la circulation? Le viaduc de la Concorde, les déboires du pont Champlain, l'effondrement d'une portion de l'autoroute Ville-Marie, tout cela n'est-il pas survenu dans un réseau jugé sécuritaire?
  • La tension utile. Montréal a récemment évalué qu'il lui faudrait 82 millions par année pendant dix ans pour que 85 % des actifs soient en «bon» état. La part du programme triennal d'immobilisations destinée à l'entretien et à la réfection des ponts et tunnels sera rehaussée, mais il manque toujours à Montréal 200 millions de dollars. Pour convaincre ses vis-à-vis provincial et fédéral de l'aider, le maire dit bénéficier de la «tension utile» qu'ont créée les commotions récentes de type Ville-Marie qui s'égrène. Mais le drame de Laval en 2005, avec ses cinq morts et ses six blessés, n'avait-il pas déjà causé toute la «tension utile» nécessaire pour des infrastructures en bon état?
  • Une question de perception. Tout cela, afin que la «perception» de la sécurité des structures montréalaises soit bonne, juge le maire. Il faut relire le rapport du vérificateur pour aller au-delà des perceptions et tabler sur des faits: les investissements consentis depuis 2008 sont insuffisants, ce qui a contribué à la détérioration; Montréal n'a ni les effectifs ni les données indispensables pour mener à des rapports d'inspection exhaustifs; il n'existe pas de programme d'entretien préventif structuré. En matière de sécurité, les perceptions ne sont que chimères. Nous voulons plutôt du béton.

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machouinard@ledevoir.com
6 commentaires
  • Roland Berger - Inscrit 15 septembre 2011 07 h 45

    L'intérêt de qui ?

    Il est à se demander quels individus voient leur intérêt dans la détérioration des infrastructures, voire le déclin global de Montréal ?
    Roland Berger

  • Philippe Perrier - Abonné 15 septembre 2011 08 h 55

    Une commission d’enquête publique svp!

    Qui a construit des infrastructures qui devaient durer 100 ans, mais qui finalement ne durent que 40 ans? Le temps d’une carrière et hop les coupables ne peuvent être accusés, ils sont malades ou au cimetière. De quelle allégeance étaient-ils ces déstabilisateurs de nation? Des monarchistes? Des oligarques? Des fédéralistes? Ou toutes ces réponses. Avant d’investir dans le béton, une commission d’enquête publique svp!

  • France Marcotte - Abonnée 15 septembre 2011 09 h 05

    Scénario

    Supposons qu'on se fâche pour vrai là.
    Grâce à Twitter ou whatever, on prend d'assaut l'Hôtel de ville, on en chasse la racaille (donc on vide les lieux).
    On appelle le premier ministre pour lui annoncer que la cellule "foule" de Québec marche sur le Parlement à moins qu'on y revienne là-dedans à la raison, c'est-à-dire, en toute simplicité, en faisant concorder les dépenses avec les besoins et les revenus avec les richesses, sinon, tout le monde dehors, point à la ligne.
    Une fois tout le monde dehors (ce qui devrait s'imposer), vue la haute scolarité de plusieurs citoyens du Québec, on nomme un comité des sages formés de gens de coeur et de savoir de tous les sexes, pour remettre tout simplement, pratiquement, de l'ordre dans la cabane, c'est-à dire, les vêtements pas percés d'un bord, les bas percés au panier...
    Ensuite, tout naturelement ensuite, on songe à des partis politiques.

  • Pierre Samuel - Inscrit 15 septembre 2011 11 h 06

    Un extraterrestre peut-il réagir???

    «...mais Gérald Tremblay joue encore la carte du grand calme.» Pourtant, Mme Chouinard, vous savez pertinemment que l'ineffable Gérald n'a jamais «joué», ne «joue» et ne «jouera» jamais aucune «carte»...il en est incapable puisqu'il n'est tout simplement pas «là»!

  • Gilles Delisle - Abonné 16 septembre 2011 07 h 43

    Rappellons-nous: Octobre 1970!

    Dans les années 70, il y avait un maire à Montréal qui gouvernait seul, et qui se moquait de la démocratie. A Québec, on avait un premier ministre et un gouvernement qui était déjà corrompu, complaisant avec un premier ministre fédéral qui se foutait du Québec et de sa population! Arriva les événements malheureux que l'on connait! Le peuple en a eu assez!